Yoann et les Nobel : Lawrence Klein

samedi 19 avril 2008
par  Serge d’Agostino

Le keynésien Lawrence Klein (Université de Pennsylvanie), Prix Nobel 1980, répond à Yoann.

Réponse de Lawrence Klein, le 16 avril 2008

In 1946, you wrote The Keynesian Revolution. Are you still a Keynesian and why ? Moreover, does your theoretical approach to economic phenomena lead you to a pessimistic or optimistic diagnosis on the global economic situation in the coming years ?

Yes, I am still a Keynesian economist. I wrote The Keynesian Revolution as a doctoral dissertation in 1944 and published it in 1946. Of course ideas evolve as one grows old, and I adapt Keynesian thinking to the issues and institutions of today, specializing in the econometrics of Keynesian thinking, in spite of the reaction of Keynes to Jan Tinbergen’s ideas and methodology. I admire Tinbergen’s work, and Keynes did not properly understand its significance.

I made some amendments to The Keynesian Revolution in a second edition, but I am most pleased to work every day to make that type of analysis even better. Chinese economics catches my interest now, and I am certainly pleased that China now shows an interest in The Keynesian Revolution. They are translating my book, that originated as a dissertation in 1944, into Chinese, and I hope that they benefit from its availability now.

Opposing schools of thought, especially those that foolishly depend on “the magic of the market” and little else, should realize the magnitude of the economic mess that they have created in the United States and elsewhere by bundling residential mortgages into “securitized” packages, whose economic risk they cannot properly measure. Application of Keynesian medicine for the US economy after the 2001 attack on the World Trade Center in New York would have us, and the world, in a far better position now. The people who planned the invasion of Iraq should have studied Keynes’ How to Pay for the War, but they failed badly, without doing their homework on their own non-Keynesian economics.

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Traduction

En 1946, vous avez écrit The Keynesian Revolution. Etes-vous toujours un keynésien et pourquoi ? Par ailleurs, votre approche théorique des phénomènes économiques vous mène-t-elle à un diagnostic pessimiste ou optimiste sur la situation économique mondiale dans les années à venir ?

Oui, je suis encore un économiste keynésien. J’ai écrit The Keynesian Revolution pour ma thèse de doctorat en 1944 et elle a été publiée en 1946. Bien sûr, les idées évoluent avec l’âge, et j’ai adapté la pensée keynésienne aux enjeux et aux institutions d’aujourd’hui, en m’intéressant plus particulièrement à la dimension économétrique de la pensée keynésienne, en dépit de la réaction de Keynes à propos des idées et de la méthodologie de Jan Tinbergen. [1]J’admire le travail de Tinbergen, et Keynes n’ a pas bien compris toute son importance.
J’ai apporté quelques modifications à The Keynesian Revolution dans une deuxième édition, mais je suis très heureux de travailler tous les jours à améliorer toujours plus ce type d’analyse. L’économie chinoise m’intéresse aujourd’hui, et je suis vraiment heureux que les Chinois affichent maintenant leur intérêt pour The Keynesian Revolution. Ils traduisent mon livre, qui était à l’origine une thèse de doctorat en 1944, en chinois, et j’espère qu’ils bénéficieront de son existence dorénavant.

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Des écoles de pensée opposées, surtout celles qui s’appuient bêtement sur « la magie du marché » et sur pas grand chose d’autre, doivent se rendre compte de l’ampleur du désordre économique qu’elles ont créé aux États-Unis et ailleurs en insérant des prêts hypothécaires dans des paquets « titrisés » [2] , dont on a du mal à mesurer le risque économique. L’application de la thérapie keynésienne à l’économie américaine après l’attaque de 2001 contre le World Trade Center à New York, nous aurait, et le monde aussi, mis dans une bien meilleure position maintenant. Les personnes qui ont planifié l’invasion de l’Irak auraient dû étudier le livre de Keynes How to Pay for the War [3]
, mais sans les recherches nécessaires sur leur propre théorie économique non-keynésienne, leur échec est sévère.

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[1A la fin des années 1930, Tinbergen a élaboré plusieurs modèles d’analyse des cycles fondés sur des systèmes d’équations afin de dégager le poids explicatif de différentes variables. Cette démarche a été critiquée par Keynes qui se méfiait de la mathématisation de l’économie incapable, selon lui, de prendre en compte le caractère changeant des comportements des agents économiques. Sur Tinbergen, on peut consulter : http://alternatives-internationales.fr/jan-tinbergen—1903-1994-_fr_art_222_27867.html

[2Sur la titrisation, consulter par exemple, http://fr.wikipedia.org/wiki/Titrisation

[3Edité en 1940. Keynes y expose ses vues sur la gestion d’une économie inflationniste et de plein emploi. Pour cela, il applique les outils d’analyse qu’il a forgé en 1936 pour mieux comprendre une économie de déflation et de sous-emploi.


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lundi 4 novembre 2013 à 09h38 - par  serge d’agostino

Lawrence Klein est décédé le 20 octobre 2013

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