Yoann et les Nobel : Kenneth Arrow

dimanche 13 avril 2008
par  Serge d’Agostino

On s’habitue à tout ? Pas du tout ! Un autre Nobel d’économie, Kenneth Arrow (« nobelisé » en 1972) de l’Université de Stanford (Californie), répond à Yoann.
Et on voudrait bien en lire d’autres.

Réponses de K. Arrow, le 10 avril 2008

1 : The current situation seems to awaken fears on the possibility of a major global crisis. Some say that this scenario is unlikely because of the progress of economic science that has helped to forge the tools to master the major crisis. Do you share that view ?

It is true that the immediate cause of the current crisis in the United States and some other countries is the creation of mortgage-backed securities. These would not have been possible before the theoretical development of modern financial instruments such as options and warrants and, in turn, these were influenced by the idea of securities as state-dependent payoffs. These were held by many to be good because they permitted a wider distribution of risks.

On the other hand, another line of modern economic theory has been the stress on asymmetric information, the notion of trades between parties where one has less knowledge than the other. In the traditional model of mortgage lending, the bank (the lender) had a good deal of local knowledge. In the modern world, the originator of the mortgage resells it as collateral for a loan backed by many mortgages, so that the ultimate purchaser has much less information. Most of us did not think this problem important because the buyers of the mortgage-based securities were investment banks, hedge funds, and rich people, whom we expected to be sophisticated. Further, a new service of securities rating was supposed to communicate risks. Evidently, these all failed. There turned out to be a conflict between two different branches of modern economics, that emphasizing wider distribution of risks and more complete risk markets and that emphasizing the inefficiencies due to asymmetric information.

2 : On another level, I asked Michael Spence what is for him a "good economist." What would be your answer to such a question ?

I don’t know that I can give a good answer to the second question. There are many kinds of economists, and they do different things. Some are well acquainted with a large variety of data, some deal with general principles, which have to be applied to specific problems by others, and some have judgment rather than technical knowledge and are useful for policy and forecasting. The only criterion is that an economist should be serious and capable at what he or she is doing.

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Traduction

1 : La situation actuelle semble susciter des craintes sur la possibilité d’une crise mondiale majeure. Certains disent que ce scénario est peu probable en raison des progrès de la science économique, qui ont contribué à forger les outils nécessaires pour maîtriser la crise majeure. Partagez-vous cet avis ?

Il est vrai que la cause immédiate de la crise actuelle aux Etats-Unis et dans beaucoup d’autres pays est la création de titres adossés à des créances hypothécaires [1]. Cela n’aurait pas été possible avant le développement des analyses théoriques dans le domaine des instruments financiers modernes tels que les options et les warrants [2] (ou bons de souscription), inspirés quant à eux, par l’idée que le rendement des titres était garanti par l’Etat. Tout cela était estimé parfaitement sain par beaucoup parce qu’on permettait une plus grande répartition des risques.

D’autre part, un autre aspect de la théorie économique contemporaine insiste sur l’asymétrie de l’information, c’est à dire une situation d’échange entre parties où l’une a moins d’information que l’autre. Dans le modèle traditionnel de prêts immobiliers hypothécaires, la banque (le prêteur) disposait d’un grand nombre d’informations au niveau local. Dans le monde moderne, les banques qui accordent des prêts hypothécaires les revendent comme gages d’un prêt adossé à plusieurs autres prêts hypothécaires, si bien que le dernier acquéreur dispose de nettement moins d’informations [3]. La plupart d’entre nous ne considéraient pas ce problème important puisque les acheteurs de titres basés sur des prêts hypothécaires étaient des banques d’affaires, des fonds d’investissement et des personnes riches que nous pensions bien informées. De plus, un nouveau service d’évaluation des titres était supposé informer sur les risques. Evidemment, tout échoua. Il s’avéra qu’il y avait un conflit entre deux branches différentes de l’économie moderne. L’une souligne la répartition plus large des risques ainsi qu’une meilleure gestion de ces derniers [4], l’autre met l’accent sur l’inefficience générée par l’asymétrie de l’information.

2 : Sur un autre plan, j’ai demandé à Michael Spence (voir sur le site), ce qu’est pour lui un "bon économiste." Quelle serait votre réponse à une telle question ?

Je ne sais pas si je peux donner une bonne réponse à la seconde question. Il y a de nombreuses sortes d’économistes, et ils font des choses différentes. Certains maîtrisent une grande variété de données, certains traitent de principes généraux qui doivent être appliqués à des problèmes précis par d’autres ; et d’autres encore donnent des avis plutôt que des connaissances techniques et sont plus utiles en politique et pour formuler des prévisions. Le seul critère [valable] est qu’un économiste doit être sérieux et compétent dans ce qu’il ou elle fait.

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[1Créances hypothécaires : crédits accordés pour acheter un logement qui sert de garantie ; en cas de défaillance de l’emprunteur, le logement est saisi. La traduction de mortgage-backed securities serait créances hypothécaires titrisées. Voir ci-dessous titrisation

[2Une option est un droit que l’on acquiert ; il permet d’acheter ou de vendre une quantité déterminée d’une marchandise, d’une devise ou d’un titre à un prix donné à une date future déterminée. Un warrant est un droit que l’on acquiert ; il permet d’acheter ou de vendre une action à un prix et pendant une période déterminée.

[3Il s’agit du processus de titrisation.

[4La traduction n’est pas littérale mais traduit le sens des propos d’Arrow qui fait référence aux marchés complets du risque dont il n’est pas possible ici d’expliquer les fondements.


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