Yoann et les Nobel : Robert Aumann

mercredi 9 avril 2008
par  Serge d’Agostino

4e Nobel pour Yoann.
Robert Aumann de l’Université Hébraïque de Jérusalem
est un spécialiste de la théorie des jeux dont les applications en économie mais aussi dans d’autres domaines (la stratégie militaire par exemple) sont nombreuses. En 2005, il reçoit le prix Nobel d’économie, avec l’américain Thomas Schelling.

Bon ! On connait la règle du jeu : questions puis réponses. C’est tout !

Robert Aumann a répondu le 03/04/2008

In an interview conducted by S . Hart in 2005, you said : " Game theory says nothing about whether the “rational” way is morally or ethically right. It just says what rational - self-interested - entities will do, not what they “should” do, ethically speaking. If we want a better world, we had better pay attention to where rational incentives lead." Are you saying that game theory can not incorporate an ethical dimension ? Why is it that this ethical dimension could not affect the choice of strategy players ? Can you enlighten me on this point by taking a concrete example please ?

Although fundamentally, Game Theory is ethically neutral, as explained in the passage quoted by you, there are several ways in which it *IS* related to ethics.

1. If a person’s goals (utility functions) have an ethical component, then s/he will "play the game" to further those goals.

2. Ethical norms often have roots in game-theoretic considerations. For example, altruism is associated with Nash equilibria of the repeated game, even when the underlying goals are egotistic.

3. People who design the "games we play," like lawmakers, may have ethical objectives ; in that case they can design the games so that people who play them will advance the ethical objectives, even though the players themselves are egotistically motivated. For example, a legislature can pass a law that provides heavy punishments for cheating, which will motivate people to be honest for selfish reasons (to avoid punishment).

Aumann_Nobel

Traduction

Dans un entretien conduit par S. Hart en 2005, vous avez déclaré : « la théorie des jeux ne dit rien quant à savoir si un comportement « rationnel » est moralement ou éthiquement acceptable. Elle dit simplement ce que les acteurs rationnels - motivés par leurs propres intérêts - font habituellement, et non pas ce qu’ils « devraient » faire, éthiquement parlant. Si nous voulons un monde meilleur, nous ferions mieux de regarder plus attentivement où mènent les incitation rationnelles ». Voulez-vous dire que la théorie des jeux ne peut pas intégrer une dimension éthique ? Pourquoi cette dimension éthique ne peut pas intervenir dans le choix des stratégies d’acteurs ? Pouvez-vous m’éclairer sur ce point, en prenant un exemple concret ?

Bien que la théorie des jeux soit fondamentalement neutre en terme d’éthique, comme c’est expliqué dans le passage que vous mentionnez, de nombreux aspects s’apparentent cependant à l’éthique.

1. Si les buts d’une personne (déterminés en fonction de leur utilité [1]) ont une dimension éthique, cette personne « jouera le jeu » afin servir ses objectifs.

2. Les normes éthiques prennent souvent leurs racines dans des considérations faisant référence à la théorie des jeux. Par exemple, l’altruisme est associé à « l’équilibre de Nash » [2] lors de répétition d’expérience (NdT : en théorie des jeux : jeux répétés), même si les buts sous-jacents sont égoïstes.

3. Il se peut que les personnes qui conçoivent « les jeux que nous jouons », comme les législateurs, aient des objectifs éthiques ; dans ce cas, elles peuvent concevoir les règles du jeu de telle sorte que les gens qui jouent ce jeu, mettront en avant des objectifs éthiques, bien que ces joueurs soient eux-mêmes motivés par des intérêts égoïstes. Par exemple, un corps législatif peut faire adopter une loi qui sanctionne lourdement l’escroquerie, ce qui motivera les gens à être honnêtes pour des raisons personnelles (afin d’éviter les sanctions).

Aumann

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[1La traduction exacte serait : fonctions d’utilité. En économie, une fonction d’utilité est une relation qui fait dépendre la satisfaction (l’utilité) ressentie par un agent économique, d’un ensemble de biens qu’il consomme.

[2Un équilibre de Nash (du nom de John Nash, prix Nobel d’économie en 1994) est une situation telle que la stratégie de chaque joueur est optimale compte tenu de celle des autres joueurs. Dès lors, aucun d’entre eux n’a intérêt à modifier sa stratégie. La référence aux jeux répétés signifie que les interactions entre joueurs qui aboutissent à un équilibre de Nash sont ensuite renouvelées pour aboutir à un nouvel équilibre, etc.


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