Deirdre McCloskey

samedi 4 avril 2009
par  Serge d’Agostino

L’américaine Deirdre McCloskey est professeur d’économie, d’histoire, d’anglais et de communication à Chicago (University of Illinois). Dans l’un de ses derniers livres, elle s’intéresse au capitalisme, une économie de marché dont le fonctionnement repose sur les vertus bourgeoises.

Deirdre McCloskey a répondu le 21 mars 2009

1 : The world of economics seems to be a male world. For example, the Nobel prize has never been awarded to a woman-economist. What is your opinion on the issue ?

The old scandal is that Joan Robinson was not given the prize. It hangs like a bad smell over the whole procedure ! The Swedes should give the first prize to a woman for the field of feminist economics (Nancy Folbre, for example). But I doubt they will. They are obsessed with Boy Stuff. Women tend to do work in economics that is not oriented towards formal cuteness-elegance, which is what most of the prizes have been. Women in other words tend to be interested in science as a study of the world.

2 : If I am not mistaken, you are a libertarian economist. So, don’t you think Obama’s bailing out and nationalizing banks or dealing with the health care system could prove harmful in the long term ? Isn’t it in contradiction with such traditional values of the United States of America as freedom and individual initiative ?

Yes, I am a libertarian, and in my ideal world the government would close down. But in the meantime - the argument can be rigorously defended in a second-best context - Obama is my man, and his policies are reasonable and good.

Deirdre

3. If I have understood well, your contention is that capitalism has the seed of morality embedded in it. Don’t you think that the domination of finance in the economy these last twenty years, has led the middle-class ethics astray to the point that capitalism has become harmful to mankind ? And is the crisis an opportunity to contrive a new form of capitalism, one which would turn out to be more responsible/thoughtful and conform to your analysis ?

That’s a good point, and one possible source of a lowering of ethical standards in business that some people detect. Another source is the teachings of economists, especially in schools of business and in the press. Yes, you are right (you "have reason" as you francophones put it) : the crisis is a good occasion to rethink ethics in business. I’m working with a Swedish group on just this.

Traduction

1. Le monde de l’économie semble être un monde masculin. Par exemple, le prix Nobel d’économie n’a jamais été remis à une femme. Qu’en pensez-vous ?

On n’a pas décerné ce prix à Joan Robinson : le scandale ne date pas d’hier ; il plane sur l’ensemble de la procédure qui entoure l’attribution du Nobel comme une mauvaise effluve. Les Suédois [ndt : allusion au jury qui décerne le Nobel] devraient décerner le premier prix à une femme dans le domaine de l’économie féministe [1] (à Nancy Folbre par exemple). Mais je doute qu’ils le fassent. Ils ne pensent qu’aux hommes. Alors qu’en économie, les femmes ont tendance à effectuer un travail qui n’est pas axé sur des critères formels d’élégance et de charme [ndt : au sens de « officiellement reconnus ou attendus »], auxquels répondent la plupart de ceux qui ont reçu le prix. En d’autres termes les femmes ont tendance à s’intéresser à la science comme étude du monde.

2 : Si je ne m’abuse, vous êtes une économiste libertarienne. Alors ne pensez-vous pas que le plan de sauvetage et de nationalisation des banques ainsi que la réforme du système de santé défendus par le président Obama pourraient s’avérer dangereux à long terme ? Ne vont-ils pas à l’encontre de valeurs américaines traditionnelles comme la liberté et l’initiative individuelle ?

MacCloskey

Oui je suis libertarienne et dans mon monde idéal il n’y aurait plus de gouvernement du tout. Mais en attendant (et on peut rigoureusement défendre cet argument comme un second choix) Obama est l’homme de la situation, ses politiques sont raisonnables et bonnes.

3. Si j’ai bien compris, ce que vous soutenez, c’est que le capitalisme contient en son sein les germes de la morale. Ne pensez-vous pas que l’économie dominée par la finance ces 20 dernières années a dévoyé l’éthique des classes moyennes au point de faire du capitalisme un danger pour l’homme ? Et la crise n’est-elle pas une occasion d’imaginer une nouvelle forme de capitalisme qui s’avèrerait plus responsable ou réfléchi et conforme à votre analyse ?

C’est juste, et c’est l’une des causes possibles du recul des valeurs éthiques dans les affaires que certaines personnes ressentent. Une autre cause en est ce qu’enseignent les économistes, en particulier dans les écoles de commerce et dans la presse. Oui, vous avez raison : la crise est une bonne occasion de repenser l’éthique des affaires. Actuellement j travaille précisément sur cette question avec un groupe d’économistes suédois.


[1Secteur de l’économie qui s’intéresse explicitement à l’impact des relations entre les agents économiques de sexe masculin et féminin sur les familles, les entreprises et les marchés. Elle étudie la façon dont les différences entre les sexes affectent les résultats économiques ‘d’après le Bureau international du travail). Voir aussi, http://en.wikipedia.org/wiki/Feminist_economics


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