Janet Yellen

samedi 6 septembre 2008
par  Serge d’Agostino

Yoann, spécialiste du contact avec les Nobel, méritait bien d’inaugurer cette nouvelle rubrique. Il a contacté l’économiste Janet Yellen de l’Université de Berkeley, Présidente de la Federal Reserve de Californie, à San Francisco.

Janet Yellen a répondu le 13 août 2008

1 : The economics universe seems very masculine. For example, the Nobel has never been awarded to a woman-economist. What is your opinion on this matter ?

First, there is no question that women are underrepresented in economics. This situation is changing, but only slowly. I believe that the causes of this underrepresentation are deep—the situation is similar to that in many scientific fields. Economics is highly mathematical, and the underrepresentation in part reflects the underachievement of women in math and science more generally. Moreover, fields like economics in which there are a relatively small number of women tend not to be particularly welcoming or supportive to women who do enter the field. One factor which promotes success is good mentoring. Another is opportunities for coauthorship.

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Research by CSWEP(the American Economic Association’s Committee on the Status of Women in the Economics Profession) shows that women are less likely to receive good mentoring and to find collaborators. This probably is due to the fact that there are so few other women, and women may be better at relating to the issues experienced by other women in the field. Much has been written on the obstacles facing women in scientific fields and I think much of this applies to economics. Things are changing, however. I believe that the representation of women in graduate programs in economics is rising and many more women are being appointed to faculty positions at top institutions. The pace of promotion to higher levels remains disappointingly low, perhaps because of difficulties that women particularly have in reconciling the demands of tenure track jobs with family life. Personally, I have been fortunate because I had wonderful mentors at all stages of my career and I am married to an economist [1] who has not only been a "mentor" to me, but also a longtime coauthor.

2 : I have read one of your papers about inequalities in the United States and I understood that you very strongly lay stress on the need to reduce them by increasing investment in education. More generally, I would like to know your views on State’s intervention in the market economy. Apart from education, on what should it focus this spending ? And what tax policy should be implemented or not implemented ? I would be delighted if you would give me a broad outline because I am well aware that what I am asking you, in fact requires lengthy explanations.

There are many potential points to be made and I am afraid that I am unable to respond in great detail. In addition to investments in education (there are questions here about what level of education is most deserving of additional resources), I strongly favor spending to expand the social safety net in the United States. As I note in the speech to which you refer, government spending on social services is extremely low in the United States relative to most advanced industrial countries such as France. Health care is a prominent example. The United States is one of the few advanced countries where so many individuals are completely uninsured. On tax policy, I first feel that it is necessary for the government in coming years to raise more revenue. Current budget deficits are large and, worse, will grow unsustainably over time without both substantial budget cuts and additional tax revenue. Moreover, additional revenue will clearly be necessary to address education and health care. I am not an expert in tax policy and I try to avoid weighing in with detailed opinions on this topic because I serve in the Federal Reserve, which is an independent agency of the government with its own critical responsibilities. That said, I have long been in favor of a general approach that could be described as "tax bads not goods." I am thinking in particular of energy use giving rise to climate change and other forms of pollution as a "bad" and work and saving as "goods". Thus, I would be inclined toward a more aggressive policy to combat global warming that would include a carbon tax, with the revenue used to address healthcare and other budget needs.

Traduction

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1 : L’économie est un univers qui semble très masculin. Par exemple le prix Nobel n’a jamais été décerné à une économiste. Quel est votre avis sur ce sujet ?

Tout d’abord il est indéniable que les femmes sont sous-représentées en économie. Cette situation change, mais seulement doucement. Je pense que les causes de cette sous-représentation sont profondes – la situation est identique dans beaucoup d’autres domaines scientifiques. L’économie est extrêmement mathématique et cette sous-représentation reflète en partie le peu de réussite des femmes en maths et dans les sciences plus généralement. De plus, les domaines, comme l’économie, dans lesquels il y a relativement peu de femmes n’ont pas particulièrement tendance à être accueillants et à fournir un soutien aux femmes qui entrent dans ce domaine. Un des facteurs, qui est à la clé du succès, est l’aide d’un mentor. Un second est la possibilité d’être co-auteur. Une recherche du Comité d’Association Economique Américain pour le Statut de la Femme (CAEASF) montre qu’il est moins probable que les femmes reçoivent l’aide d’un mentor et trouvent des collaborateurs. Cela est probablement dû au fait qu’il y a moins de femmes et il est possible que les femmes entretiennent de meilleures relations sur des sujets traités par d’autres femmes dans le domaine en question. Beaucoup de choses ont été écrites sur les obstacles rencontrés par les femmes dans les travaux scientifiques et je pense que cela s’applique en économie. Les choses changent cependant. Je crois que la représentation des femmes dans les cursus de troisième cycle en économie est en augmentation et beaucoup d’autres femmes ont été nommées à des postes d’enseignement dans de grandes institutions. La vitesse de promotion vers des plus hauts postes reste malheureusement lente, peut être à cause des difficultés que les femmes uniquement ont pour concilier les exigences des postes pour lesquels la titularisation est conditionnelle et la vie de famille. Personnellement j’ai été chanceuse parce que j’ai eu des mentors formidables durant toutes les étapes de ma carrière et je suis mariée à un économiste qui n’a pas été seulement un mentor pour moi mais aussi un co-auteur pendant de longues années.

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2 : J’ai lu l’un de vos articles sur les inégalités aux Etats-Unis et j’ai compris que vous insistez fermement sur la nécessité de les réduire en augmentant les investissements dans l’éducation. Plus généralement je voudrais savoir votre point de vue sur les interventions de l’Etat dans l’économie de marché. A part l’éducation, sur quoi ces dépenses doivent-elles se concentrer ? Et quelle politique fiscale doit être mise en place ou non ? Je serais ravi que vous indiquiez quelques grandes lignes parce que j’ai bien conscience de poser là une question qui exigerait en fait de longs développements.

On peut envisager de nombreux points à aborder, et j’ai peur de ne pas pouvoir répondre de façon suffisamment détaillée.
Outre les investissements dans l’éducation (se pose ici la question sur le niveau d’éducation qui mérite de recevoir des ressources supplémentaires), j’approuve fermement les dépenses visant à étendre le filet de sécurité sociale aux Etats-Unis. Comme je le fais remarquer dans l’article auquel vous faites référence la part du social dans les dépenses gouvernementales aux Etats-Unis est extrêmement faible par rapport à la plupart des pays industrialisés les plus avancés comme la France. La santé en est un exemple flagrant. Les Etats-Unis sont l’un des rares pays développés où l’on trouve autant de gens qui ne bénéficient d’aucune protection. Sur la politique fiscale, je pense d’abord qu’il faut que dans les prochaines années le gouvernement augmente les recettes publiques. Les déficits budgétaires actuels sont importants, et pire encore, ils vont croître de manière insoutenable s’il n’y a ni coupes budgétaires substantielles ni recettes fiscales supplémentaires. De plus, des recettes supplémentaires seront clairement nécessaires pour s’atteler aux problèmes de l’éducation et de la santé. Je ne suis pas spécialiste de politique fiscale et j’essaie d’éviter de faire intervenir des avis trop tranchés sur ces sujets parce que je travaille à la Fed, qui est une agence indépendante du gouvernement avec ses propres responsabilités en matière de critique. Ceci dit, je prône depuis longtemps une approche générale qui pourrait être décrite comme « la taxation des mauvaises choses et non pas des bonnes ». Je considère par exemple la consommation d’énergie qui entraîne les changements climatiques et d’autres formes de pollution comme une mauvaise chose et le travail et l’économie [d’énergie] [2] comme des bonnes choses. Ainsi, j’aurais tendance à pencher pour une politique plus agressive pour combattre le réchauffement climatique qui inclurait une taxe sur les émissions de CO2, dont les recettes serviraient à régler les soins médicaux ou tout autre besoin budgétaire.


[1George Akerlof, prix Nobel d’économie en 2001 (avec Joseph Stiglitz et Michael Spence).

[2Problème de traduction : il peut aussi s’agir de l’épargne mais nous avons pensé que Yellen faisait référence au passage précédent sur les économies d’énergie et nous pensons qu’un nouveau keynésien ne considère pas nécessairement l’épargne comme un bien (ou du moins pas toujours comme un bien)


Portfolio

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Commentaires

Logo de d’agostino
mercredi 9 octobre 2013 à 18h42 - par  d’agostino

Janet Yellen devrait présider la FED à partir de janvier 2014 (après accord du Congrès américain)

Logo de Serge d'Agostino
jeudi 2 septembre 2010 à 15h50 - par  Serge d’Agostino

Depuis octobre 2010, Janet Yellen est numéro 2 (Vice-Présidente) de la Federal réserve (la Banque centrale américaine, la FED)

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La politique étrangère de la France : entre héritages et ruptures

jeudi 21 mars 2013

La politique étrangère de la France est toujours au centre de multiples enjeux nationaux et internationaux. Or, le monde a connu des bouleversements majeurs ces dernières décennies avec la décolonisation, la fin de la guerre froide, l’élargissement de l’Europe, l’essor des pays émergents, les révolutions dans le monde arabe et la cn’se économique. La politique extérieure avait souvent pris une dimension nouvelle avec le général de Gaulle. Ses successeurs ont-ils préservé, adopté ou rénové notre stratégie ?

Conseil Général, Hôtel du département 26 av Président Herriot. Valence
Jeudi 21 Mars 2013 - 20h00

CONFERENCE

jeudi 20 décembre 2012

Au cœur des débats actuels, sur le redressement productif français, sur le "patriotisme économique ", et plus largement sur les tenants et les aboutissants des échanges internationaux, Serge d’Agostino, professeur d’Analyse Economique et Historique des Sociétés Contemporaines en classe préparatoire économique et commerciale, au lycée Camille Vernet apportera des éclairages sur
« Protectionnisme ou libre échange, histoire et perspectives »

Il animera une conférence, sous l’égide des Amis du Monde Diplomatique

Le Jeudi 20 décembre 2012
De 18h30 20h30

Maison des associations
Salle Haroun Tazieff,
4 rue Saint Jean à Valence (près de la Médiathèque).

Entrée gratuite pour les étudiants.

La grande crise mondiale : où en est-on ?

jeudi 22 mars 2012

Jeudi 22 mars, à 20 heures, Pôle universitaire Latour-Maubourg (87 av. de Romans, Valence)

Dans le cadre de l’université populaire de Valence, conférence de Serge d’Agostino : LA GRANDE CRISE MONDIALE : OÙ EN EST-ON ?

Depuis 2007, le monde subit une crise économique et financière d’ampleur inédite qui ranime les vieux souvenirs de la grande dépression des années 1930.
Aujourd’hui, où en est-on ? Les déséquilibres de l’économie mondiale à l’origine de cette crise sont-ils résorbés ? Les interventions massives des états ont-elles replacé les économies nationales sur un sentier de croissance durable ? Quelles sont les victimes de cette crise ? Qui en bénéficie ? Un nouvel ordre géopolitique mondial émerge-t-il ? C’est à ce type de questions que nous tenterons de répondre.

Entrée gratuite pour les étudiants et lycéens