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Analyses filmiques - La Grande Illusion de Jean Renoir

La Grande Illusion
 
 
La guerre en costumes de scène
Comment suggérer la guerre sans la montrer ? Comme tout genre cinématographique, le film de guerre repose sur une forme très codée. Pourtant, quand il réalise « La Grande Illusion », Jean Renoir décide de ne rien montrer des péripéties de la guerre elle-même. Notre séquence se déroule en 1916 dans le camp de Hallbach où des officiers français sont retenus prisonniers. Contraints à une inactivité parfois festive comme ici, ces derniers, obnubilés par l’idée de s’évader, n’en demeurent pas moins sur le pied de guerre.
 
Issu d’une famille de riches banquiers, Rosenthal (Dalio), qui possède aussi une maison de couture, reçoit régulièrement des colis de nourriture. C’est en l’occurrence une malle pleine de robes qu’il s’est fait envoyer pour le spectacle que les officiers, prisonniers de guerre, s’apprêtent à monter. Outre Rosenthal, cinq d’entre eux, l’acteur (Carette), l’instituteur (Dasté), Boëldieu (Fresnay), Maréchal (Gabin) et l’ingénieur (Modot), sont réunis dans une dépendance de la salle des fêtes changée pour l’occasion en atelier de couture. Il s’agit, en effet, de transformer les robes en costumes de scène.

 

[1]
D.R.
Notre séquence s’ouvre et se clôt par un double mouvement de fermeture de porte. D’un côté, le soldat allemand Zach-Arthur compte les prisonniers et lance un « Amusez-vous bien ! » en français qui souligne la complicité amicale qu’il entretient avec ceux qu’il doit garder [1]. De l’autre, attiré par le bruit, l’homme en faction derrière la porte entre à nouveau dans la pièce [7b]. D’un point de vue dramatique, son geste rappelle que si l’ambiance de la scène est au divertissement, les hommes présents dans la pièce sont bien des prisonniers, comptés, surveillés, enfermés. D’un point de vue scénographique, chacun se trouve dans son camp. Côté caméra (côté du spectateur, c’est-à-dire de notre côté) : les prisonniers français, pour le moment vaincus. De l’autre côté de la frontière symbolisée par la porte, les geôliers allemands, pour l’instant victorieux. Ce dispositif est d’autant plus important à signaler que notre séquence est immédiatement suivie par l’annonce de la prise du fort de Douaumont par les forces allemandes.
À l’autre extrémité de la pièce, une fenêtre par laquelle Boëldieu observe les recrues allemandes en train de s’exercer dans la cour du camp [2]. Sa remarque est amère et ironique, contrastant avec le comique de l’acteur coiffé d’un bicorne à la fin du plan 1 : « D’un côté, des enfants qui jouent aux soldats ; de l’autre, des soldats qui jouent comme des enfants. » Elle renforce la notion de théâtralité de la scène. Le motif de la fenêtre est ici capital (comme toujours chez Renoir : cf. « Les fenêtres chez Jean Renoir » de Jean Douchet, in Trafic, n° 24, hiver 1997), car il permet de lier l’idée de jeu, et par conséquent celle du théâtre, de l’illusion, et enfin l’aspiration à un imaginaire, un ailleurs, un monde meilleur. C’est bien sûr le geste de la tête de Boëldieu, d’abord tournée vers l’extérieur puis vers l’intérieur, qui met parfaitement en évidence ce rapport complexe.
Trois hommes s’activent à la confection des costumes (l’acteur, l’ingénieur et Rosenthal) pendant que Boëldieu, Maréchal et l’instituteur restent inactifs [3]. Ce plan d’ensemble frontal (avec la fenêtre en fond) évoque une scène de théâtre à l’italienne, la caméra occupant la place du spectateur. « Je ne serais pas fâché de savoir ce qui se passe chez moi » : cette réplique, lancée par l’instituteur, constitue le point de départ d’une discussion où chacun expose ses raisons, parfois surprenantes, de s’évader. Une idée d’évasion qui sera scandée, de fait, tout au long de la séquence par le motif de la fenêtre et le thème du théâtre.
Alors que la conversation est émaillée de quelques remarques sournoises (« Rosenthal, vous qui êtes sportif... », « vieille noblesse bretonne »), Maréchal et Boëldieu sont tous deux rassemblés dans le cadre serré de l’image [4a]. Comme si l’homme du peuple et l’aristocrate (notons les expressions des visages) étaient également concernés par la vague d’antisémitisme quotidien qui frappe la France durant les années 1930. Rosenthal, quant à lui, n’y voit pas malice et énumère naïvement ses biens familiaux qui sont autant de raisons de s’évader [4b]. Il offre ainsi aux autres (et aux spectateurs) l’image du juif répandue par la propagande antisémite. Les plans suivants sont déclinés sur le même mode oratoire mâtiné d’ironie : Maréchal s’étonne ostensiblement que l’instituteur soit « végétarien ». Incompréhension ou mépris de Maréchal à l’égard de ce qui est différent, le fait est qu’il se montre un brin persifleur.
Alors que la scène glisse dans le vaudeville (l’instituteur raconte l’infidélité de sa femme, conséquence indirecte de son régime végétarien !), la séquence revient en plan rapproché sur l’ingénieur [5a] qui, au son d’une musique militaire (fifres, grosse caisse, trombones), s’exclame : « Ça a tout de même de l’allure ! » Contrairement au découpage des plans précédents qui a eu pour effet d’atomiser brièvement le groupe, le travelling arrière agrandit le cadre au milieu duquel la joyeuse équipe se trouve à nouveau réunie [5b]. Au diapason de la musique militaire qui serre les cœurs de ces hommes prisonniers, le surcadrage (cadre de la fenêtre dans le cadre de l’écran) amplifie l’émotion qui naît à la vue de ce groupe recomposé, synonyme de camaraderie et de solidarité nonobstant les différences. Notons encore que le motif de la fenêtre ne remplit pas la même fonction émancipatrice (évasion réelle ou imaginaire) que tout à l’heure, elle a ici un rôle esthétique permettant de théâtraliser la formation du groupe.
Un mouvement latéral partant de Rosenthal balaie les visages de l’instituteur, de Boëldieu, de l’ingénieur et de Maréchal. Chacun y va de son commentaire personnel à propos du « spectacle » (hors champ) auquel ils assistent. La musique a maintenant fait place au bruit des bottes frappées sur le sol. Le visage grave de Maréchal [6] renvoie la manœuvre militaire à sa réalité concrète : bruits de pas, bruits de guerre. Le folklore de la musique militaire (évocatrice de l’ordre) est oublié, seule reste l’idée de la destruction et de la mort.
En un mouvement inverse du plan 5, puisqu’il est en travelling avant, le spectateur découvre que le fer à repasser de l’acteur a brûlé son pantalon [7a]. La comédie (la pantalonnade !) est de retour, chassant des esprits l’idée chagrine de la guerre. Retour également du soldat Zach-Arthur qui stigmatise du doigt l’agitation de l’acteur mais aussi, sans le savoir, l’idée folle de s’échapper alors que la musique militaire amplifiée sonne plus fortement le rappel à l’ordre. La séquence se clôt donc sur la porte fermée par l’Allemand, et avec elle l’idée de liberté et d’évasion. Pour l’instant, du moins...
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[5b]
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[7b]
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Philippe Leclercq
 
 
La Grande Illusion, un film de Jean Renoir (1937, noir et blanc), scénario de Charles Spaak et Jean Renoir, avec Jean Gabin (le lieutenant Maréchal), Erich von Stroheim (le commandant von Rauffenstein), Pierre Fresnay (le capitaine de Boëldieu), Marcel Dalio (Rosenthal), Julien Carette (l’acteur), Dita Parlo (la paysanne allemande).
1 h 49 min
 1re diffusion : dimanche 11 juin 2006, 15 h 40


© SCÉRÉN - CNDP
Créé en juin 2006  - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.

Date de création : 25/01/2009 @ 21:45
Dernière modification : 25/01/2009 @ 21:45
Catégorie : Analyses filmiques
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