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Analyses filmiques - Octobre d'Eisenstein

Octobre
 
 
La révolution d’Eisenstein
Qu’est-ce qu’un film de propagande ? Œuvre réalisée pour commémorer le dixième anniversaire d’Octobre 1917, le film d’Eisenstein reflète la représentation que les bolcheviks souhaitent laisser de la révolution au moment précis où Staline est en train d’asseoir son pouvoir dans le parti. L’analyse d’« Octobre » doit donc traiter de pair une double dimension esthétique et historique en rendant compte à la fois des moyens cinématographiques et de la portée politique de l’œuvre. Exemple avec la séquence sur Kerenski et la statue de Napoléon.
 
Cette séquence, moins classique que la scène d’ouverture sur la destruction de la statue d’Alexandre III ou celle de l’ouverture du pont sur la Neva, est emblématique des deux niveaux d’analyse. On y retrouve toute la richesse formelle du cinéma d’Eisenstein et elle a, dans l’économie générale du film, le rôle stratégique de montrer l’alternative à la prise de pouvoir par les bolcheviks : le retour d’un pouvoir de type tsariste en Russie. À ce titre, elle est bien au cœur des contradictions d’ Octobre.
La séquence se situe après les manifestations réprimées par le gouvernement provisoire en juillet 1917. Historiquement, elle correspond au bref moment où Kerenski semble avoir confirmé son pouvoir après l’éviction des bolcheviks et avant la tentative de coup d’État du général Kornilov. Formellement, deux plans en extérieurs la délimitent nettement : au début, un plan sur la fumée d’un bivouac de bolcheviks en fuite ; à la fin, un plan de fumée d’une sirène d’usine annonçant l’attaque de Kornilov. Elle est filmée en intérieurs et pivote sur le face-à-face entre Kerenski et la statue de Napoléon. On n’étudiera ici que le début.

 

[1]
D.R.
Une ambition. Plan rapproché poitrine [1]. Deux cartons ont précédé ce plan : « Alexandre Kerenski », « Alexandre IV ? », suggérant la continuité entre les tsars et le chef du gouvernement provisoire. Le père de Nicolas II était en effet Alexandre III, celui-là même dont la destruction de la statue ouvre le film.
L’avancée du front provoque un jeu d’ombres sur les yeux et le bas du visage donnant une expression inquiétante et hagarde au personnage, renforcée encore par le roulement des yeux. Annoncée dans le plan précédent par un motif d’échiquier sur une bretelle, la référence au Docteur Mabuse (1922) de Fritz Lang est ici implicite et structure la séquence. Le sujet est au centre de l’image, mais on voit discrètement amorcée le motif plastique de l’arc, récurrent dans les plans suivants.
Le doute. Plan d’ensemble de la pièce [2]. Le décor est ici omniprésent, le sujet est repoussé dans le coin droit de l’image, dans un environnement de courbes et d’arcs de cercle. Les deux défenses d’éléphant et la cheminée en ogive forment un trône gothique et guerrier. L’opposition formelle entre le gros plan précédent et ce plan d’ensemble rend compte du conflit intérieur du personnage, envahi par les courbes contradictoires de la pièce.
L’heure du choix. Kerenski s’est levé et a accompli pour la première fois un mouvement dans le cadre. Il atteint un bureau et saisit une feuille : c’est le décret rétablissant la peine de mort sur le front, mesure abolie par la révolution de février [3]. À nouveau son regard prend une expression hallucinée. La feuille blanche répond à la pâleur de son visage.
Le rubicon. Kerenski signe le décret. [4]. Une des défenses d’éléphant semble épouser la courbure de son épaule.
Toujours plus haut. Plongée sur Kerenski montant les marches d’un escalier. [5]. Il a la main droite sur la poitrine, première allusion à Napoléon. L’effet de plongée de la caméra écrase la prétention du personnage à s’élever et à se hisser jusqu’au mythe napoléonien. La montée est croisée avec les plans des visages de deux hauts officiers, ministres de la Guerre et de la Marine, qui l’accompagnent de leurs regards fascinés tandis qu’il gravit les marches.
Un napoléon aux petits pieds. Arrivée au milieu de l’escalier, la caméra change d’angle mais reste en légère plongée. Les bras croisés, Kerenski contemple le vide [6] et fait face à la statue de Napoléon qui en surgit et semble le jauger d’un air ironique [7]. L’intrusion métaphorique de la statue de l’Empereur peut se lire à différents niveaux. Explicitement, elle suggère, tout en montrant sa vanité, la comparaison entre les deux personnages. Comme en France, la prise du pouvoir par un chef militaire marquerait la fin de la révolution. Cette comparaison fait écho à l’imaginaire des bolcheviks qui, à l’instar de Lénine, ne cesse de comparer leur révolution à la Révolution française et légitiment leur prise du pouvoir par la nécessité d’éviter un coup d’État militaire.
Le procédé utilisé par Eisenstein est aussi une technique proprement léniniste et stalinienne : elle conduit à diaboliser l’adversaire pour justifier son élimination. Ce procédé s’appuie plastiquement sur la référence expressionniste à Fritz Lang : Kerenski devient un Docteur Mabuse, un joueur vaniteux et inconséquent que l’histoire ne tardera pas à emporter.
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D.R.
[3]
D.R.
[4]
D.R.
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D.R.
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D.R.
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D.R.
Pierre Ramognino
(d’après Téléscope, 15 novembre 1997)
 
 
Octobre, un film soviétique de Serguei M. Eiseinstein (Oktyabr, 1927, noir et blanc, muet), en collaboration avec Grigori Alexandrov, d’après le roman de John Reed, avec Vassili Nikandrov (Lénine), Vladimir Popov (Kerenski).
1 h 40 min
 1re diffusion : jeudi 23 mars 2006, 20 h 50


© SCÉRÉN - CNDP
Créé en mars 2006  - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.

Date de création : 25/01/2009 @ 21:31
Dernière modification : 25/01/2009 @ 21:31
Catégorie : Analyses filmiques
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