Textes officiels

Fermer 1. Programmes

Fermer 2. Guide technique

Fermer 3. Guide du partenariat

Fermer 4.Pilotage

Fermer 5. Comment devenir enseignant en Cinéma-Audiovisuel?

Fermer 6. Fiche type cession de droit à l'image

Fermer 7. Textes législatifs sur la création, la diffusion et la publication des images

Fermer Sections cinéma Académie de Grenoble

Ressources didactiques

Fermer Actualités

Fermer Analyses filmiques

Fermer Articles

Fermer Bibliographie cinéma

Fermer Cinéma et international

Fermer Cinéma et technique

Fermer Concours et opérations en CInéma-audiovisuel

Fermer Contributions interdisciplinaires sur le cinéma

Fermer Dernières parutions

Fermer Education aux médias

Fermer La pratique cinématographique

Fermer Thématiques et problématiques cinématographiques

Pourquoi ne pas en profiter pour proposer :



Voir les propositions en attente

Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

Calendrier
Analyses filmiques - Pas de printemps pour Marnie d'Alfred Hitchcock

Pas de printemps pour Marnie
 
 
Vol cadré
Comment le plan devient-il élément du suspense ? Une image, deux plans distincts pour un split-screen « naturel », la séquence du vol de « Pas de printemps pour Marnie » est un chef-d’œuvre de mise en scène au service du suspense.
 
Bref rappel des faits. Marnie (Tippi Hedren) est une voleuse compulsive qui s’est rendue coupable d’un vol d’une dizaine de milliers de dollars chez un client de l’éditeur Mark Rutland (Sean Connery). Or, ce dernier, intrigué par le comportement de la jeune femme, n’a pas hésité à l’embaucher quand elle a postulé comme comptable dans son entreprise. Notre séquence se situe à la fin d’une journée de travail ; les employés ont quitté les bureaux ; Marnie a pris possession de la clef du tiroir contenant la combinaison du coffre-fort qu’elle s’apprête à dévaliser.

 

[1]
D.R.
Marnie pénètre dans le bureau du directeur [1]. Après une brève hésitation, elle décide de laisser la porte ouverte pour pouvoir entendre l’arrivée d’un éventuel importun. Dans ce film qui prétend rendre visibles et tangibles les pensées les plus secrètes des personnages, on remarquera le roulement des yeux et la brève interruption du geste de Marnie pour signifier le « mouvement » de sa réflexion. Comme très souvent chez Hitchcock, la mise en scène est chargée de combler le déficit de paroles des personnages. En bonne fille de la psychanalyse, la mise en scène se fait la révélatrice de ce que ceux-ci s’efforcent de dissimuler (lapsus, actes manqués, gestes inconscients, etc.). Aussi sera-t-elle d’autant plus « parlante » ici que notre séquence est presque intégralement muette !
Après un gros plan sur les mains de Marnie tournant les boutons du coffre, nous avons affaire à un plan général [2a] dont le dispositif sera repris à la fin de la séquence. On notera la grande amplitude des plans utilisés dans cette séquence comme principe actif du suspense. Ce plan général se caractérise par une parfaite fixité et une grande profondeur de champ. Il se divise en deux parties égales : le couloir à gauche, le bureau à droite. La ligne de fuite est soulignée par deux plafonniers qui attirent le regard vers le fond de l’image. Pour le moment, l’attention du spectateur est concentrée sur Marnie, surcadrée par le montant de la porte du bureau, qui vient d’ouvrir le battant gauche du coffre. Elle se retourne vers la porte, c’est-à-dire vers le spectateur qui se sent tout à coup pris en flagrant délit de voyeurisme. Soudain, entrée dans le champ de la caméra par le fond du couloir au moment même où Marnie se retourne une nouvelle fois, une femme poussant seau et serpillière vient bouleverser la nature et l’enjeu de l’image [2b] qui se dédouble pour former deux plans distincts. Scindé en deux parties, l’écran donne naissance à un split-screen « naturel » et évite ainsi le découpage de la scène en montage alterné. On assiste alors à deux actions différentes (l’une qui lave le sol, l’autre qui « nettoie » le coffre), mais vues simultanément dans le même cadre et reliées entre elles par la menace que l’une représente pour l’autre. La caméra au ras du sol (comme en planque) renforce le caractère illicite de l’effraction et accentue, par conséquent, l’impression de danger qui plane sur l’héroïne. Ici, pas de dramatisation inutile, ni de stridences musicales superfétatoires. Seul le silence des deux personnages suffit à alourdir l’atmosphère de la scène. Une scène qui se dilate et se dilue insupportablement dans le geste anodin de la femme de ménage poussant lentement son matériel. Lentement mais toujours trop rapidement au goût du spectateur qui, rallié à la cause illégale de Marnie, regarde de gauche à droite pour surveiller et comparer l’avancée du larcin par rapport à la progression du travail de la dame de service se rapprochant silencieusement et irrémédiablement de la porte du bureau. On notera, en effet, que le silence n’a pas la même valeur selon le personnage : signe de protection, voire de réussite pour Marnie qui se déchaussera bientôt pour éviter de faire du bruit, il est synonyme de danger venant de la femme de ménage. Le suspense de la scène est alors à son comble... Selon l’auteur du film et maître du genre, le suspense est l’art de tenir le spectateur en haleine en suscitant chez lui angoisse et attente (bien différente de la surprise). Ici, grâce à la structure narrative, résultat du dispositif scénographique, le spectateur possède un savoir supérieur à Marnie à laquelle il s’identifie fortement. Son savoir lui permet d’anticiper l’événement à venir (le flagrant délit) et d’en éprouver de la peur ainsi qu’un certain plaisir.
Le plan rapproché sur Marnie [3] nous renvoie alors notre tension intérieure, d’autant que celle-ci a entendu un léger bruit qui l’alerte. Contrechamp subjectif avec un classeur en amorce à droite du cadre qui dissimule Marnie [4]. Une cloison vitrée, heureuse surprise pour le spectateur qui en ignorait jusque-là l’existence, lui permet d’identifier le danger qui la menace. Un panoramique de haut en bas montre Marnie qui se déchausse alors pour pouvoir franchir silencieusement les quelques mètres (une immensité !) qui la séparent de l’escalier synonyme de liberté. La traversée de cet espace du danger est découpée en 6 plans (effet dilatoire) rythmant la marche de Marnie vers l’escalier. Un troisième insert [5] sur le soulier de Marnie sortant de sa poche vient nourrir le suspense. Une nouvelle fois, le spectateur a une avance sur le personnage qui ne se rend pas compte qu’il va se trahir. Et la catastrophe tant redoutée se produit enfin. Le soulier, tombé sur le sol en un très bref plan, provoque un bruit qui devrait révéler la présence de la voleuse [6]. La tension atteint un nouveau point culminant. Le plan, légèrement de guingois, paraît touché par le séisme que la chute de la chaussure vient de déclencher. À moins que cela ne soit le reflet du dérèglement nerveux qui menace le spectateur. Nouveau rebondissement [7] : tournant le dos à Marnie, la femme de ménage semble n’avoir rien entendu et continue de travailler tranquillement. Le plan 8 reprend le même principe du split-screen « naturel » décrit plus haut : le cadre est partagé en deux plans séparés par une poutre [8a] ; à droite, Marnie s’enfuit par l’escalier quand, dans la partie gauche de l’écran, surgit un vigile qui, accompagné par un travelling latéral [8b], se dirige vers la femme de service. Au ton élevé qu’il emploie pour lui parler, nous comprenons enfin que Marnie doit son salut à la semi-surdité de celle-là.
[2a]
D.R.
[2b]
D.R.
[3]
D.R.
[4]
D.R.
[5]
D.R.
[6]
D.R.
[7]
D.R.
[8a]
D.R.
[8b]
D.R.
Philippe Leclercq
 
 
Pas de printemps pour Marnie, un film américain d’Alfred Hitchcock (Marnie, 1964, VF), scénario de Jay Presson Allen, d’après le roman de Winston Graham, avec Tippi Hedren (Marnie), Sean Connery (Mark Rutland), Diane Baker (Lil Mainwaring).
1 h 55 min
 jeudi 23 novembre 2006, 20 h 40


© SCÉRÉN - CNDP
Actualisé en novembre 2006  - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.

Date de création : 25/01/2009 @ 21:14
Dernière modification : 25/01/2009 @ 21:14
Catégorie : Analyses filmiques
Page lue 1577 fois

Imprimer l'article Imprimer l'article


Réactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !


Rubriques académiques

PetiteFabrique-small.gif

bandeau2_violet_rayures-300x41.png

Daaf-small.gif

DAREIC-small.gif

logo-guppy-lettres-mini.gif

Contacts

Responsable de publication :
Alexandre Winkler, IA-IPR
06 78 60 96 25
alexandre.winkler@ac-grenoble.fr

Webmestre du site :
Guillaume Deheuvels, professeur en spécialité cinéma
06 83 37 81 06
guillaume.deheuvels@ac-grenoble.fr

Recherche



Rédacteur


Nombre de membres2 rédacteurs
Rédacteur en ligne : 0
Spécial !
Flux RSS
RSS
^ Haut ^