espaces  limites

microcosmes - macrocosmes

 

 

Proposition de travail :

 

1- repères généraux

 

 

Définitions :

 

Territoire : Espace soumis à des lois propres, régi par une organisation interne ; zone définie par une identité (Politique, économique, religieuse, culturelle, sociale…)

 

Frontière : Ligne séparant 2 états ; limite de 2 territoires.

Elle fonctionne selon le cas et selon la conjoncture, comme barrière ou passage, ligne de défense ou zone de refuge, douane protectrice ou zone franche, périphérie ou zone privilégiée de coopération, espace pionnier ou zone de migration permanente.

La frontière était autrefois, et demeure toujours, le reflet d’un rapport de forces, (politiques, économiques, culturelles, sociales)

  

 

 

2-  Proposition de progression cycle 3:

 

a- situations inductrices: 3 au choix

 

Situation 1: La ligne comme limite; ligne de séparation de deux espaces plan.

 

Exercices sur la division de l'espace d'une feuille de papier (espace plan rectangulaire,) en 2 parties: (possibilité d'utiliser un feutre dans un premier temps, puis une paire de ciseaux; jeu de manipulation des deux parties.

La mise en commun permettra de mettre en évidence l'identité de la limite, les notions de relief, premier plan arrière plan, paysage éventuellement, à partir de quelques opérations simples: tracer, déchirer, plier, découper, installer sur un support contrasté.

Format maximum 15 cm dans la plus grande dimension.

 

        

 

Situation 2: prises de vue photographiques:

 

Cadrages sur des fragments de sols ou murs mettant en évidence deux espaces plastiques contrastés et une ligne de séparation ligne frontière, la mise en commun permettra de nommer les notions en jeu dans les rapports de contraste, de comprendre comment leur utilisation permet de donner l'idée de profondeur, de jouer avec la notion d'échelle et de perte de repères (microcosmes ou macrocosmes) enfin de travailler sur l'évocation des différents espaces.

 

 

   

 

Situation 3: travail de cadrages sur des productions plastiques gestuelles ou un travail sur la tache.

 

  

 

 

 

b- prolongement réinvestissement des acquis

 

Situation 1: expérimentation sur les matières, textures, matériaux

 

Pâtes et textures: collections de recettes

 

 

Situation 2:

 

Demande:

Chaque production sera une confrontation de DEUX TERRITOIRES plastiques, ayant chacun une identité marquée de VALEUR, COULEUR, MATIERE, STRUCTURE, (travail sur une opposition.)

Renforcer leurs caractères sur la zone FRONTIERE (ligne, limite…)

 

Contraintes :

o                    Travail en bas relief (matériaux de base libres, alimentaires ou non, à transformer, associer, assembler ; base de colle pour rendre solide)

o                    Format libre : 30 cm maximum dans la plus grande dimension

o                    Proposez éventuellement une série (même famille) de 3 productions ou plus, si le temps le permet.

o                 Proposer des titres, textes, en vous appuyant sur les évocations, les sensations, en lien avec les reliefs, les couleurs, les mouvements, la lumière et l’espace suggéré

 

 

       

 

 

Contrainte supplémentaire: mettre en évidence un rapport de tension entre les deux territoires; la limite, frontière est alors définie par l'équilibre des forces en présence, zone de tension.

 

 

 

 

Critères d’évaluation :

 

o                    Respect du sujet : mettre en évidence deux territoires (travail sur une opposition renforcée sur la ligne frontière

o                    Force expressive, pouvoir d’évocation

o                    Singularité

o                    Richesse plastique

o                    Cohérence de l’ensemble

 

 

 

 

 

 

Bernard Fournier – Formateur arts visuels - IUFM de Valence

 

 

 

 

Gaston BACHELARD «LA TERRE ET LES REVERIES DE LA VOLONTE ; la pâte»

 

«...le travail de la pâte, hors le contrôle des yeux, se trouve ainsi travailler en quelque manière de l'intérieur, comme la vie. Le modeleur, quand on le suit dans son rêve même, donne l'impression d'avoir dépassé la région des signes pour épouser une volonté de signifier. Il ne reproduit pas, au sens imitatif du terme, il produit. Il manifeste un pouvoir créant. »

«C'est dans le modelage d'un limon primitif que la genèse trouve ses convictions. En somme, le vrai modeleur sent pour ainsi dire s'animer sous ses doigts, dans la pâte, un désir d'être modelé, un désir de naître à la forme. Un feu, une vie, un souffle est en puissance dans l'argile froide, inerte, lourde. La glaise, la cire ont une puissance de formes. »

 

 

Pullulement de la matière, effet de fourmilière, grouillement informel qui précède toute introduction à la vie…

Au travers de ses Matériologies, Texturologies, DUBUFFET s’attache, dès les années 50, à transformer le tableau en terrain de culture : sable, goudron, colles diverses, vernis, pigments…etc.

 

Jean DUBUFFET : extraits de « l’homme du commun à l’ouvrage »

 

Dépayser

 

Entraîner avec force l’esprit hors des sillons ou il chemine habituellement, l’emporter dans un monde où cessent de jouer les mécanismes des habitudes, où les taies des habitudes se déchirent, et de manière que tout apparaît chargé de significations nouvelles, fourmillant d’échos, de résonances, d’harmoniques, là est l’action de l’oeuvre d’art. Commotionnées par ce choc reçu, hérissées par ce dépaysement comme un porc-épic attaqué qui dresse toutes ses épines, toutes les facultés de l’esprit s’éveillent, toutes ses cloches se mettent à sonner.

 

Célébration du sol

 

Où vont nos regards dans l’immense part de notre temps que nous ne les contrôlons pas?

 

Peut-être que je ne suis pas seul à aimer fort le sol.

Ce que nous aimons vraiment fort, ce qui forme la base et les racines de notre être, c’est le plus généralement ce que nous ne regardons jamais, où la connivence est très profonde.

 

Ma prédilection ne va pas à des sols pittoresques, luxueusement ravinés ou historiés ; je n’ai pas le goût des choses exceptionnelles ; c’est de banalité que je suis avide. La chaussée la plus dénuée de tout accident et de toute particularité; n’importe quel plancher sale ou terre nue poussiéreuse, auxquels nul n’aurait l’idée de porter son regard, délibérément du moins, sont pour moi nappes d’ivresse et de jubilation.

 

Rien que des morceaux de sol de peu d’étendue et vus perpendiculairement

 

Ce que ces tableaux me fournissent encore c’est une paix. Paix tonique et ardente, plan d’exaltation sereine comme celle des méditations asiatiques. Grande paix des tapis, plaines nues et vides, silencieuses étendues ininterrompues dont rien ne vient altérer l’homogénéité, la continuité. J’aime les amples mondes homogènes sans jalons ni limites comme sont la mer, les hautes neiges, les déserts et steppes; j’aspire à des peintures qui m’en procurent l’équivalence. Que les aires de terrain qui s’y trouvent évoquées soient aux dimensions d’une serviette ou tout au plus d’un lit ne me trouble pas à cet égard. Ou plutôt si augmente mon trouble, par le vertige que m’occasionne l’équivoque de la dimension - le même souffle des grands espaces exhalé par si petit site qui devient vaste comme toute une étoilerie d’été. La notion même de dimension y chavire et s’y abolit.