L’OBJET ET SON DOUBLE

 

 jeux d'ombres et de lumières

Préambule

 

« L’art joue bien de ruse, de double sens. Il multiplie les paramètres, les ouvertures, les points de fuite, les échappées. ….la pensée voyage, en sort fraîche. Elle y prend un autre rythme, un nouvel élan comme en terre inconnue »

 

"Toute production artistique peut se définir comme écart par rapport à la réalité extérieure aussi bien que par rapport à d’autres référents. L’œuvre la plus illusionniste n’est pas la réalité et aucune référence ne s’approprie sans transformation. Il ne s’agit pas d’enseigner l’écart comme contenu ou comme comportement, mais d’en faire découvrir la valeur expressive selon les moyens ou l’instrumentation choisis.

 

Tenter de représenter, c’est toujours négocier un espace par rapport à un autre espace ; par exemple, négocier l’espace de la réalité extérieure par rapport à l’espace du support dont je dispose. Les transformations qui s’opèrent, y compris dans une volonté d’appropriation, ne sont pas à considérer comme un manque ou une perte, elles sont inévitables.

Il s’agit en conséquence de faire comprendre aux élèves que les transformations qui se produisent par rapport à un référent quel qu’il soit, fût-il imaginaire, sont au cœur du travail des arts plastiques et la condition même de la création artistique. Il est important que les élèves prennent conscience de ce fait afin de ne pas se dévaloriser dans leur quête du réalisme, alors souvent déçue, et de découvrir que ce fait, au lieu d’être considéré comme une insuffisance, est une source d’expression.

Non seulement toute représentation implique nécessairement un écart par le recours à un code de représentation mais les moyens de représentation eux-mêmes sont sources d’écarts. Que l’on change de qualité de support ou d’instrument et le résultat du travail s’en trouve changé par une perception différente, même avec une volonté de répétition identique. Or, les paramètres liés au travail d’arts plastiques sont quasiment infinis, c’est dire que le champ des transformations l’est aussi. C’est ce vaste registre de possibilités qu’il s’agit d’explorer pour faire comprendre la richesse potentielle d’expression et pour faire comprendre la notion de singularité de toute œuvre."

 

 

Dans l’enseignement, il s’agit de discerner, à travers la notion d’écart, ce qui relève chez l’élève d’un acte pauvre et stéréotypé ou d’un effet expressif où peuvent se conjuguer intention et maîtrise des moyens.

Diverses modalités de représentation de l’espace, abordées d’une manière simple : le changement d’instruments, la variété des supports et des matériaux, constitueront un champ d’expérience à travers lequel les élèves mesureront les possibilités et les limites qu’offre l’ensemble des moyens de représentation. Ce n’est pas par un cours que la notion d’écart, où se loge la question de la représentation, peut se traiter, mais par un travail qui porte sur le cycle. Là aussi, les œuvres artistiques viendront appuyer la stratégie de l’enseignant.

 

 

 

 

Proposition de travail pratique :

 

(Image, reflet, écho, double, projection, illusion, continuité/rupture, distorsion, écart)

 

Objectif : Vivre les différentes étapes d’une démarche de création  pour en comprendre les enjeux techniques, plastiques et artistiques.

 

ETAPE 1 : Expérimentation

 

Préalable :

o        Elle requiert une attitude prospective dynamique (recherche par une succession d’essais)

o        Elle implique ouverture d’esprit et curiosité (aller vers l’inconnu, oser, prendre des risques mesurés)

o        Elle admet l’erreur comme source d’évolution ; l’erreur est féconde lorsqu’elle ne se confond pas avec l’errance ; l’erreur balise       notre ignorance.

o        Elle requiert un regard attentif, en éveil, un regard évaluateur.

o        Elle implique une méthodologie.

 

Contenu :

 

Collecter des images 2D d’un objet du quotidien, banal, par projection de l’ombre portée sur un support papier.

Jouer avec l’écart entre l’objet référent et son image : expérimentez, en faisant varier les paramètres (source lumineuse, positionnement de l’objet, positionnement du support, en recherchant LA SINGULARITE, L’EXPRESSIVITE, LE POUVOIR DE SUGGESTION des formes révélées)

Les objets du quotidien:

 

 

Le référent pourrait-être le corps humain:   expérimentation cycle 1

 

 

 

1 objet 3D - une image 2D

                 classes de 4em - collège

 

1 objet 3D - Plusieurs images 2D

 Formation continue 1er degré

Traces réalisées sur du papier journal, puis l'ensemble est recouvert d'une couche d'huile de lin.

 

Trier, choisir et présenter sa collection

 4, 5 images maximum, dont une photo de l’objet référent

 

       FC 1er degré

 

Contraintes :

  • DE TEMPS : 2 séances de 45mn pour le travail de collectage.

  • DE MOYENS 

Ø       Médiums : peinture noire, encre de chine.

Ø       Supports : plans, papiers ou cartons, format maximum demi raisin

Ø       Sources lumineuses à disposition

Ø       Outils : pinceaux et lampes électriques

  • DE METHODOLOGIE :

Le travail peut se faire par groupes de 2 (éventuellement)

Vous devez vous fixer des règles :

Réaliser des essais en isolant les différentes propositions et en faisant varier à chaque fois 1 ou 2  paramètres.

 

 

ETAPE 2 : réinvestissement, prolongement

 

A partir des images obtenues : formes simples noires sur un support plan blanc (2D)

  • Imaginer (croquis annotés) une construction 3D à partir de cette projection et qui jouerait de nouveau sur les distorsions possibles, au moins aussi importantes que celles installées entre le référent initial et la première image.
  • Imaginez une élévation, un développement dans l’espace : une structure
  • Imaginez des matériaux
  • Imaginez des couleurs
  • Construisez cette structure par un assemblage d’objets de récupération (transformés ou non) par une mise en cohérence de fragments.

    

          Classes de 4em collège (ateliers)

 

 

Références artistiques :

Littéraires: Platon - "le mythe de la caverne"

 

Arts Plastiques:

 

 

Dali, Le devenir géologique, 1933 Christian Boltanski, Leçons de Ténèbres, Chapelle de la Salpêtrière, Paris, 1986 Christian Boltanski, Théâtre d'ombres, 1984  Francis Bacon Cornelia Parker, Résidus d'une explosion, abri de jardin, fragments suspendus autour d'une ampoule électrique, 1991

 

 

Bernard Fournier - formateur arts visuels - IUFM de Grenoble, Site de Valence - expérimentations classes de collège (4em), Formation continue 1er degré