écritures

 

 

Entre : LISIBLE – ILLISIBLE – VISIBLE

 

DEFINITIONS :

 

ECRIRE : Laisser une trace graphique chargée de signification, dans le but de transmettre un message.

ECRITURE PLASTIQUE : Confondre « écriture » et « peinture »

 

Le texte manuscrit dans la majorité des cas se caractérise par une superposition de champs sémantiques : verbal dans une perception-lecture immédiate, mais aussi plastique et sonore, moins apparents, mais essentiels dans l’appréhension du message.

 

REFERENCES TEXTES : (nourritures de l’imaginaire)

 

Yves MAIROT (extraits du catalogue expo. : écritures du temps présent, 1984)

« Depuis les temps les plus reculés, l’homme a manifesté le signe obsédant de laisser sur terre les traces de sa présence, les signes de son passage. Des fresques rupestres aux graffitis contemporains, ce phénomène se perpétue en revêtant des formes d’une extrême et émouvante diversité. Chaque ethnie, chaque civilisation, chaque époque a développé des systèmes graphiques spécifiques qui constituent le miroir fidèle d’une culture qui sans eux, se serait dissoute dans la nuit des temps. »

 « Depuis toujours, l’accord entre l’image et le texte s’est joué sur la complémentarité de deux démarches indispensables à l’homme parce qu’elles rendent compte des relations qu’il entretient avec l’univers. »

« A l’aube de l’an 2000, où les échanges de toutes sortes s’accélèrent et se multiplient, la culture, dans l’énorme diversité qui la définit, tend à devenir planétaire. Elle se glisse dans un espace que la télévision, le supersonique et l’ordinateur ont recomposé de toutes pièces. Elles s’accommodent moins, sans doute, de ce que nous avons fait, de la durée, des rythmes de la vie et de l’échelle des temps. Nous réconcilier aujourd’hui avec notre propre histoire semble l’une des conditions de notre survie. »

 

 

Henri MICHAUX (extraits de « Emergences-Résurgences »,  « Passages » et divers articles.)

« Je peins comme j’écris. Pour trouver, pour me retrouver, pour trouver mon propre bien que je possédais sans le savoir. Pour en avoir la surprise et même temps le plaisir de le reconnaître…

Pour prendre l’impression de « présence » partout, pour montrer (et d’abord à moi) les emmêlements, les mouvements désordonnés, l’animation extrême des « je ne sais quoi » qui remuent dans mes lointains et cherchent à prendre pied sur le rivage…. »

Pour être le buvard des innombrables passages qui en moi (et je ne dois pas être le seul) ne cessent d’affluer. »

 

« Qu’elle soit écrite ou peinte, chaque œuvre doit donc réussir simultanément la quadruple opération qui consiste à : se retirer de la réalité, lui résister (ou la déformer, la dissoudre), créer un nouveau monde, s’observer créant ce monde, pouvoir enfin explorer ce monde dont il est l’auteur ( en ayant bien sûr conservé intact son potentiel d’étonnement, de surprise face à lui). »

« Faute de mieux, je trace des sortes de pictogrammes, plutôt de trajets pictographiés, mais sans règles. Je veux que mes tracés soient le phrasé même de la vie, mais souple, mais déformable, mais sinueux. »

« J’empoigne mon pinceau…L’ampleur du geste, réclamé par les caractères qu’on voulait plus grands, avaient changé l’esprit du dessin. Au lieu de caractères, au lieu de ces « je ne sais quoi » notés, ils arrivaient lancés, ils devenaient élan, participation, entraînement. Par l’amplitude, je pouvais communiquer avec ma propre vitesse, et j’oubliais pour elle le sujet et l’impression originelle. »

 

Chantal CUSIN-BERCHE (extrait du catalogue expo. : écritures du temps présent, 1984)

« L’écriture survient à la parole, sorte d’issue au souffle, elle appréhende l’espace et par la mise en œuvre d’un matériau donne naissance à une forme qui devient Signe ou Empreinte.

Cette remontée vers l’origine nous fait retrouver les fils internes qui se cherchent, se perdent, tissent un réseau d’où apparaît une image venant de mémoire profonde, s’enrichissent de formes latentes, s’affrontent dans la trame de leurs échanges, deviennent illisibles pour retrouver une force d’intensité et de Visibilité. »

 

 

 

B. Fournier – IUFM/UJF  Valence le 15/02/2009

 

 

Le sujet de l'écriture en arts visuels  permettra d'en appréhender les composantes plastiques et de prendre la mesure de leurs potentialités expressives dans la construction du sens.

 

signes - gestes - outils - supports - médiums - mise en espace de "l'écrit"

 

seront au cœur des expérimentations

 

 

 

Proposition de travail 1:

 

Etape 1 : Construire son outil "Pinceau"

 

1 - Pinceau objet:

Chaque élève  réalisera 1 ou plusieurs instruments pinceaux , en respectant les consignes  énoncées ci-dessous : Un pinceau est généralement composé de fibres assemblées sur un manche par divers liens ou attaches .

 

 

 

2 - expérimenter

Il s’agit maintenant de  tester, d’expérimenter l’instrument, ses possibilités, ses limites.

4 éléments seront à prendre en compte: La tenue, Le geste, La quantité d’encre, et le support.

 

 

 

3 - Sélectionner, présenter, annoter les essais

 

 

Observer les différents essais, puis retenir les éléments les  plus caractéristiques significatifs de l’identité de votre instrument.

 

-    Sélectionner en effectuant des cadrages rectangulaires de petite dimension.

 

-    Présenter l’ensemble des essais alignés verticalement.

 

-    Annoter chaque essai en précisant les moyens mis  en œuvre pour sa réalisation (geste, tenue, support,… etc.)  ainsi que les évocations: sentiments émotions ou verbes d'action.

 

 

 

 

 

 

 

Etape 2 : Invention d’un alphabet imaginaire

 

Chaque élève fait une proposition dans ce cadre proposé "recherche de signes": Travail sur 2 séances, alternant temps de production et temps de mises en commun; les essais sont réalisés sur des supports papier séparés puis collés dans les cases après un choix judicieux parmi l'ensemble des productions

 

- travail graphique (crayon, feutre sur papier)

 

Recherche de signes

 

Faites des propositions de signes abstraits pouvant intervenir dans la création d’un alphabet plastique:

•        Signes abstraits basés sur l’association de lignes, points, formes simples (géométriques ou pas)

•        Rechercher une unité dans l’ensemble des propositions (elles appartiennent toutes à la même famille)

•        Chaque proposition est nettement différente de l’autre

 définir les constantes et les variables

 

 

- autre proposition avec d'autres contraintes de moyens (colombins d'argile avec empreintes sur papier de soie et tissu)

 

 

 

- D'autres propositions pourraient être faites (nœuds de ficelles, ou fils de fer, herbes pliées, cadrages sur nœuds routiers...etc.)

 

 

Etape 3 : Réalisation d’une page d’écriture

 

1 - Observation puis analyse plastique d’une page de cahier.

 

Le texte est ponctué par différents signes annexes (virgules, tirets, points d’interrogation ou d’exclamation, etc.) Sa lecture se fait généralement de gauche à droite et de haut en bas.

2 - Création d’une page d’écriture plastique.

 

En vous servant de votre instrument pinceau, et en utilisant votre alphabet imaginaire, vous composerez un texte qui devra être une proposition plastique originale, personnelle, poétique.

Vous devrez pour cela “détourner” les éléments observés et analysés ci-dessus et faire des choix:

 

 

Dans un premier temps laisser la trace du texte en utilisant votre pinceau et de l’encre de chine.

Dans un deuxième temps, introduire la couleur (peinture, pastels, feutres, crayons de couleurs), afin d’affirmer la structure du texte et le sens de lecture, et mettre en valeur l’identité des signes et du texte.

 

 

 

 

 

 

 

 

Proposition de travail 2:

"Page d'écriture" (variante)

 

 

1.       MISE EN EVIDENCE DES ELEMENTS ET PARAMETRES  intervenant dans le travail.

 

Vous disposez de 3 minutes pour faire une « page d’écriture » sur le thème proposé (support et format imposé).

Listez tous les paramètres intervenants dans l’identité plastique du document que vous venez de réaliser.

-          Le support : forme, format, couleurs, matière (sèche, humide, obtenues par actions physiques…etc.

-          Les outils : origine, utilisation

-          Les médiums

-          La posture, Les gestes : rapides lents, nerveux, mous…etc.

-          Les graphismes/signes : formes, couleurs, matières, organisation (superpositions, juxtapositions, alternance…)

-          La structure de l’ensemble.

 

 

2.       REALISER 3 OU 4 SERIES de VARIATIONS « Pages d’écriture(s) » à partir de votre 1er travail.

 

·            Chaque SERIE sera caractérisée par un choix de constantes (paramètres communs) qui seront combinées à des variables ; ex. :

-          constantes : outils, signes, organisation

-          variables (autant de propositions que de variables) : supports (matières, couleurs).

 

·         Vous réaliserez ces SERIES sous formes d’expérimentations :

L’expérimentation requiert une attitude prospectrice, impliquant : CURIOSITE, OBSERVATION, IMAGINATION, ANALYSE, EVALUATION. Vous devez « OSER » faire des essais, au risque de rater.

Ne pas hésiter à mener plusieurs essais en même temps.

 

·         Chaque proposition sera réalisée dans un format identique carré ou rectangulaire (20cm maximum dans la plus grande dimension, 1cm maximum d'épaisseur)

 

 

 

 

 

 

3.       SELECTION DES ESSAIS

 

Exercez votre regard esthétique ; retenez les propositions les plus riches plastiquement, les plus singulières, les plus significatives d’un écart par rapport à l’objet initial.

 

4.        PRESENTATION ORGANISATION des séries

 

Faire des choix précis quant’ à l’organisation de vos différentes propositions. Prévoir une mise en scène des éléments, impliquant rigueur et cohérence avec le sujet.

 

 

 

 

 

     5.        REINVESTISSEMENT:

"de la page au cahier d'écriture) proposition 1 - PE1 2007/08

 

 

 

Organisation sur 3 pages selon un tableau à double entrée (verticale et horizontale)

- verticalement : de haut en bas selon 3 parties: signes en relief - signes dans le plan - signes en creux

 

- horizontalement: selon les 3 pages présentées:

noir/gris, noir/blanc, blanc/blanc

Illisible - visible - lisible

 

 

 

 

 

proposition 2 - PE1 2007/08

 

 

6.     REFERENCES AU CHAMP ARTISTIQUE

 

(voir bas de page)

 

 

 

 

Proposition de travail 3:

"de l'écriture du nom, à la signature, au signe identificateur"

 

1.  Ecrire son nom

 

2.  Laisser la trace de sa SIGNATURE:

Elle permet de nous identifier; elle est unique. Elle ne supporte aucune reprise, hésitation. Sa singularité est révélée à la fois par la qualité du geste, de votre geste et par son développement dans l’espace du support, à travers 3 contraintes importantes: SPONTANEITE, RAPIDITE, AUTOMATISME GESTUEL

Elle reprend les lettres (en totalité ou en partie) contenues dans l’écriture de votre nom, éventuellement l’initiale de votre prénom

Son développement est linéaire.

 

 

3.    SIGNATURE investie, chargée d’une émotion ou d’un sentiment au choix :

Révolte - violence/tendresse, liberté/oppression, joie/tristesse, angoisse, colère…etc.

Travail sur la transformation d’un développement graphique initial spontané, dans un but expressif précis, mettant en jeu la qualité de la TRACE donc du geste.

Réflexion sur la préparation du geste, sur la concentration.

Développement linéaire

 

 

 

4.    SIGNE exprimant l’émotion retenue en 2

C’est un signe ABSTRAIT, issu du dessin n0 2, retenant de celui-ci les directions, les qualités plastiques des traits, essentiels à l’expression de cette émotion.

Sa lecture est GLOBALE, (non plus de gauche à droite) il implique une prise en compte de l'organisation des graphismes dans et par rapport au format du support (relation à l'espace)

 

 

 

TECHNIQUE : Encre de chine noire ou peinture, ou goudron, pinceau ou brosse.

Références culturelles : Hans Hartung, Soulages, Franz Kline, Tapiès….

 

 

 

 

Proposition de travail 4:

"messages secrets"

 

En arts visuels, et plus globalement dans une approche mettant en jeu une démarche de création, il sera question de détournement, contournement des repères normés, conventionnels.. les territoires de prédilection de l’art sont les marges, les espaces limites, les zones de tension.

 

 

Temps 1: entre présence et absence

-   Chacun reçoit une enveloppe contenant 3 petits papiers sur lesquels il écrira 3 mots personnels secrets, puis il fermera l'enveloppe.

 

 

-   Demande: Rendre illisible, l’écriture d’un mot intime, par le jeu d’opérations plastiques : « reproduire, isoler, associer, transformer »

-   Chacun fait X propositions différentes dans un temps donné : 1H

Contraintes : outils et médiums conventionnels imposés, supports conventionnels de format maximum imposés… stratégies à prendre en compte : le Geste et les opérations plastiques.

 

 

 

 

 

Temps 2 : mise en commun des stratégies, observation des propositions, et mise en évidence des approches plastiques et artistiques : les stratégies plastiques mises en œuvre permettent-elles de donner du sens au travail (sens du mot et de sa mise en scène plastique)

 

Temps 3 : reprise des travaux et évolutions : enrichir le travail plastique : introduction de nouveaux paramètres : expérimentations avec des outils différents, des médiums différents, des supports différents (formats matières, couleurs structures…)

 

 

 

 

 

 

 

 

Temps 4 : Réinvestir : développement de projets personnels en fonction des diverses expérimentations sur grands formats, et supports de récupération en vue d’une installation spectaculaire dans la cour (installations au sol, en suspension…. )

 

 

 

 

 

 

Temps 5 : liens avec les références artistiques et culturelles

 

 

Jeux de signes : KLEE, TOMLIN, KEITH HARING, MESSAGER, BOLTANSKI, TAPIES

Gestes : KLINE, POLLOCK, MICHAUX, WOLS, ALECHINSKY, JORN, MITCHELL

Organisation : KLEE, POLLOCK (all-over), ROUAN

 

Klee, Légende du Nil, 1937 Christian Boltanski, Sucres taillés, 1970 Giuseppe Capogrossi 1957 Henri Michaux, ST (Narration), 1927. Michaux-lithographie Joan Miro, Danse de personnages et d'oiseaux, 1968 Christian Dotremont, Logopgramme, Toujours reste à mon rêve, 1975 Antoni Tapiès, Graphismes, 1958-60 disque de Phaïstos Edward Ruscha, HEY, 1969

 

Série (support-surface) : CANE, JACCARD, BURAGLIO, VIALLAT, FAVIER, PAGES

Outils : ALECHINSKY, POLLOCK, FONTANA, SOULAGE

 

Site:

http://classes.bnf.fr/dossiecr/index.htm

http://classes.bnf.fr/dossisup/index.htm

http://classes.bnf.fr/page/index.htm

http://expositions.bnf.fr/chine/index.htm

 

Références littéraires:

R. Kipling: "La première lettre", "Comment s'est fait l'alphabet"

Coco Téxèdre, "Jeux d'écriture" collection arts visuels - éditions scéren, CRDP Poitou-Charentes

 

 

 

Bernard. Fournier – Formateur arts visuels - IUFM/UJF  Valence le 15/02/2009