Monter une résidence d’artiste

Parmi les projets en Éducation Artistique et Culturelle (EAC), les résidences d’artiste sont l’une des formes d’action culturelle les plus recherchées tant par le milieu scolaire que par les artistes eux-mêmes. Les résidences artistiques sont en effet l’occasion pour l’intervenant et l’équipe éducative de penser un projet EAC sur un temps long, ce qui constitue un luxe non-négligeable.

Les résidences d’artistes sont aussi les formes d’action culturelle les plus exigeantes à mettre en place, qui demandent un investissement humain et financier conséquent de la part des équipes éducatives. Les dossiers se préparent en amont des appels à projets EAC et nécessitent un accompagnement pédagogique et artistique de l’établissement.

 

Résidences d’artiste : mission ou création ?

La « résidence d’artiste » est une notion importée du milieu culturel.
A l’origine, cela désigne l’octroi pour un artiste d’une aide à la création artistique tant financière (rémunération) que logistique (lieu de résidence ou de création) sur une durée de quelques semaines. Il s’agit alors de résidence de création, soumise à un cahier des charges strict impliquant notamment que 70% du temps de présence de l’artiste sur le territoire soit dévolu à sa création : durant ce temps, l’artiste travaille exclusivement à son œuvre (écriture de texte, compositions plastiques, répétitions en plateau, mise en scène, etc.).  Il doit en revanche employer 30% de son temps de présence à des actions de médiation : rencontres, répétitions publiques, ateliers, etc.

Les projets d’Éducation Artistique et  Culturelle promeuvent une autre forme de résidence artistique, dite résidence de mission. Dans ce cas précis, l’artiste engagé sur un territoire ou dans un établissement a pour objectif principal d’aller à la rencontre des publics et de développer des actions de médiation de toutes sortes : ateliers pratiques, rencontres scolaires, etc.
Dans ce type de résidence, il importe de ne pas transformer l’artiste en simple intervenant professionnel ; il s’agit ainsi de veiller à ce que l’expérience de l’artiste en milieu scolaire vienne aussi nourrir son œuvre personnelle, en ménageant des temps d’infusion dans son calendrier. Sans fixer de répartition stricte du temps de travail, il convient de favoriser dans la résidence de mission des moments de création pour l’artiste (entre 20 et 30% de son temps par exemple).

Lorsqu’un établissement souhaite s’engager dans une résidence d’artiste, il doit s’interroger en premier lieu sur le format de résidence qu’il désire pour ses élèves : création ou mission.
Les deux approches sont intéressantes mais n’offrent pas les mêmes possibilités.
Elles ne relèvent pas non plus des mêmes modalités de financement :

  • Résidence de création : structures culturelles, DRAC (pôle création), CNL, etc.
  • Résidence de mission : collectivités territoriales (Région, départements), Education nationale, DRAC (pôle Action culturelle), etc.

 

La résidence artistique : un projet d’établissement.

Les résidences d’artiste ne sont pas des projets EAC comme les autres.
Par le nombre d’heures d’intervention affectées au projet, les financements nécessaires et la coordination locale, la résidence bouleverse la vie d’un établissement et nécessite des personnels investis et déjà habitués à un travail en partenariat avec un artiste.

Au cœur de la logique de résidence artistique, se trouve la notion de rayonnement.
Une année de résidence artistique doit être l’occasion pour une équipe éducative de travailler en synergie sur un projet commun et partagé. Une résidence d’artiste en milieu scolaire ne peut pas bénéficier in fine à un ou deux classes seulement. Il ne s’agit pas non plus de penser la résidence sur un niveau scolaire exclusivement, mais d’envisager toutes les passerelles possibles entre des classes, des niveaux, des publics, en prenant  appui sur l’univers esthétique de l’artiste résident.

Toutes les classes ne travailleront pas de la même manière avec l’artiste. Ce dernier par exemple ne mènera pas des ateliers de pratique artistique avec chaque classe ou chaque élève. Mais il s’agit de réfléchir à des formes de diffusion variées, avec des classes directement touchées par les interventions artistiques et des classes « satellites ».

Parmi les formes possibles d’intervention, on peut notamment mentionner :

  • Classes de pratique artistique
  • Classes en rencontre artistique
  • Classes de spectateurs
  • Classes de suivi de création
  • Classes de suivi de résidence
  • Classes en charge de la valorisation et de la communication autour de la résidence
  • Etc.

Quelle que soit la forme de résidence artistique choisie, le projet, pour l’établissement scolaire, demeure une démarche d’établissement et interdisciplinaire.

D’un point de vue financier, il est possible qu’une résidence artistique entraîne une réorientation des lignes budgétaires habituelles vers le projet déposé. Ainsi si un collège bénéficie habituellement d’un atelier théâtre (hors temps scolaire avec intervenant artistique), il est légitime l’année où ce même collège demande une résidence artistique avec une compagnie théâtrale, que les artistes en résidence interviennent aussi dans l’atelier. Le budget de ce dernier vient donc abonder le budget général de la résidence pour un an.

La résidence artistique a également un coût budgétaire pour l’établissement scolaire qu’il s’agit de bien considérer lors du dépôt du dossier. Cette participation relève souvent des frais de restauration des artistes ou l’hébergement, à travers une prise en charge des repas à la cantine ou une mise à disposition gratuite (hors charges) de l’hébergement lorsque cela est possible.
La charge de travail que représente la coordination locale de la résidence par les équipes éducatives mérite également d’être prise en considération par le chef d’établissement.