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Compte rendu de sortie - 2002 - Risques naturels

journée d’étude de l’APHG de Grenoble

Ce sont plus de 50 personnes qui ont participé à la journée d’étude de l’APHG de Grenoble sur les sociétés face aux risques naturels. Cette affluence record montre que le thème choisi cette année répondait aux préoccupations des uns et des autres pour plusieurs raisons sans doute :

-un thème porteur et souvent débattu dans d’autres lieux et conférences cette année ;

-une problématique parfaitement liée aux nouveaux programmes de Seconde ;

-les hasards de l’actualité (inondations en Europe centrale et dans le Gard) – que nous n’aurions pourtant su prévoir il y a près d’un an lorsque nous choisissions ce thème ;

-et, qui sait ? l’envie de profiter, en sortant sur le terrain l’après-midi, d’une météo enfin favorable après un été de disette … (l’afflux d’inscriptions tardives en était-il le signe ?)

Matin : Les conférences

C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés, dès 9 heures, au lycée Lesdiguières, pour des exposés théoriques qui nous ont occupés jusqu’à 12 heures 30. 

D’abord Philippe Schœneich (Université J. Fourier), notre nouveau collègue de l’IGA, familier des montagnes helvétiques, nous a précisé les notions de risque, d’aléa, liées à des causes d’ordre naturel ou technologique, et celle de vulnérabilité, toujours de nature anthropique, liée aux enjeux humains et économiques. Les stratégies mises en œuvre par les sociétés humaines face à un risque dépendent de la perception qu’elles en ont ; de leur « culture du risque ». Ainsi en est-il de la crue et de l’inondation qui étaient perçues différemment en Egypte autrefois qu’en Europe cet été. Selon le niveau de vulnérabilité face au risque, et les seuils psychologiques atteints, les sociétés élaboreront une réponse allant de l’acceptation du risque (comme une fatalité supportable) jusqu’au refus du risque qui les conduira peut-être au changement d’usage d’un espace menacé voire à son abandon, en passant par les stratégies de partage des coûts (solidarité, assurance, subventions) ou les mesures de prévention active (visant à empêcher ou modifier le phénomène naturel, ou à protéger les objets menacés). (cf. doc)*

Les pratiques sportives de plein air posent aussi le problème de cultures du risque opposées où s’affrontent des logiques différentes selon les acteurs concernés (cf. docs)*. Ainsi par exemple de nos pentes enneigées : quel est le risque « acceptable » selon qu’on est amateur de « free ride », guide de montagne, responsable des pistes en station, pouvoirs publics ou assureur ? Peut-on « interdire la montagne » enneigée ? s’est-on par exemple interrogé à la suite du décret pris par le préfet de Haute-Savoie en février 1999 (Montagnes Magazine/avril 1999 *).

Ainsi Ph. Schœneich nous a magistralement montré la diversité des approches méthodologiques de l’étude des risques naturels. Les approches naturalistes ou techniques n’en sont qu’une étape à laquelle s’ajoute nécessairement le champ des sciences sociales (étude des représentations socio-culturelles, histoire, enjeux, gestion politique du risque, etc…).

Gérard Brugnot, délégué aux risques naturels au CEMAGREF, s’est penché sur l’évolution des politiques publiques en France face aux risques. Tel le retour récurrent de certaines catastrophes, ce n’est pas sans malice qu’il a constaté le retour périodique en 1ère ligne de l’Etat et son aptitude depuis quelques décennies à légiférer plus ou moins régulièrement ; les dispositions nouvelles effaçant rarement les précédentes, cela conduit à un enchevêtrement de compétences et à un imbroglio de mesures dans lesquels le profane – et même l’élu local – peinent à se retrouver. Dispositifs de prévention, d’information, d’indemnisation, de restauration.

 Au tour des historiens René Favier et Anne-Marie Granet-Abisset (Université Pierre Mendès-France – équipe HESOP) d’évoquer leurs travaux sur les risques et catastrophes naturels : préoccupation somme toute récente au regard de l’historiographie hormis certaines études indirectes (cf. E. Le Roy Ladurie, histoire du climat depuis l’An Mil). Les répertoires bibliographiques n’ont d’ailleurs pas d’entrée spécifique pour les risques naturels. Les sources elles aussi ne se donnent que rarement de manière directe, et la recherche exige de croiser diverses séries et collections documentaires, parfois fort abondantes (ex. Eaux et Forêts) mais encore sous exploitées.

L’intervention des historiens sur ce thème procède le plus souvent d’une collaboration souhaitée par les ingénieurs, techniciens et spécialistes des sciences de la Terre, de l’aménagementou de l’équipement dans le but de constituer des bases de données et systèmes d’informations les plus exhaustifs possibles, nécessaires entre autres à l’élaboration de documents officiels ou ouvrages de prévention des risques (Plans de Prévention des Risques notamment). A moins qu’il ne s’agisse, à l’occasion de quelque procédure judiciaire en recherche de responsabilité, de solliciter l’historien "afin de déterminer si les forces de la nature, quand elles ont commis des méfaits, n’avaient eu quelque complice humain imprudent ou négligent" (pour reprendre une formule de G. Brugnot dans Avalanches et risques, regards croisés d’ingénieurs et historiens, CNRS, MSH-Alpes, 2002). Quels antécédents l’histoire propose-t-elle qui pouvaient laisser supposer l’existence d’un risque ?

Les sources de l’historien seront celles des archives bien sûr, mais aussi celles de la mémoire orale, mémoire des témoins ou tradition transmise entre les générations. Dans tous les cas l’historien devra soumettre ces sources à l’analyse critique et les placer dans leur contexte : qui parle ? pourquoi ? en quelles circonstances ? à quelles fins ? Qu’est-ce qui est dit ? n’est pas dit ? pourquoi ? Ces interrogations fondent évidemment la démarche historique en général mais tout particulièrement pour un tel sujet. Quelle "vérité" accorder au récit exemplaire d’une catastrophe par un prédicateur du moyen âge dont l’objectif est d’édifier son auditoire en lui infligeant une leçon de morale chrétienne ? Resterons-nous "candides" face à la disparition dans le Mercure de France (le journal quasi "officiel" de la monarchie) de toute mention du tremblement de terre de 1658 dans les Pyrénées (l’un des plus violents que la France ait connu) alors que se négocient l’alliance et le mariage espagnols du roi et de l’infante ? Comment interpréter les 32 sources d’archives sur cet autre violent séisme de 1708 à Manosque (près du site nucléaire actuel de Cadarache) qui semble n’avoir détruit que des bâtiments monumentaux et n’aurait pas franchi le lit de la Durance sur sa rive gauche ? "amnésie sociale" évidente comme en atteste l’activité intense de (re)construction dont les archives témoignent à partir de 1710, alors qu’on estime inutile de parler du tremblement de terre, toujours très présent dans les mémoires ; chantier d’ailleurs différé d’un an au moins car, en 1709 pendant le « Grand Hiver », les petites gens ont des préoccupations plus urgentes que reconstruire.

Méfiance ou autocensure aussi lorsque, plus près de nous, des témoins enquêtés n’osent exprimer leur « savoir empirique », leurs certitudes ou croyances face aux « savoirs scientifiques et techniques » des experts qui font autorité.

Et – Séchilienne est pour cela exemplaire – comment faire cohabiter ces différents savoirs et faire accepter le risque et le départ nécessaire ? Cette question pose le délicat problème de l’instrumentalisation du risque.

 Après midi : la sortie aux « Ruines » de Séchilienne

 

C’est sous un chaud soleil de fin d’été que nous avons poursuivi, avec des interventions de Philippe Schœneich (géographe), René Favier et Agnès Bouhet (historiens), notre réflexion sur « la société face aux risques naturels » sur le terrain, à une vingtaine de km à l’Est de Grenoble, dans la vallée de la Romanche, entre Vizille et Bourg d’Oisans.

Profonde entaille glaciaire entre Belledonne et le massif du Taillefer, cette vallée qui recoupe obliquement le massif cristallin externe, présente des versants abrupts (35 à 40°) sur 1000 à 1500 m de hauteur, et une alternance de verrous étroits et de courts ombilics comme ceux de Séchilienne et de l’Ile Falcon. Le site est aujourd’hui bien connu, médiatique et surtout très étudié et surveillé depuis 1985. « Une des montagnes les plus surveillées au monde » car c’est tout un pan de montagne qui menace de s’effondrer et d’obturer la vallée en créant un barrage de 40 à 60 mètres de haut. Quel volume ? (3, 7, 25 ou 100 millions de m3 ?) Quand ? demain, dans 5 ans ou dans 50 ans ? c’est là toute l’incertitude. Ce qui est sûr (révélé par l’appareillage du versant), c’est que certaines fractures, aujourd’hui béantes (zone d’accès interdit), s’ouvrent à un rythme de plus en plus rapide (près d’un mètre en 2001) avec une accélération saisonnière lors des périodes humides (fonte des neiges au printemps).

L’exemple des Ruines illustre parfaitement la notion de vulnérabilité de la société face au risque. Toute une chaîne de processus suivrait l’éboulement du versant avec des conséquences susceptibles d’en faire une catastrophe majeure faute de parade suffisante. Ensevelissement du hameau de l’Ile Falcon (300 habitants en 1985) et coupure de la RN 91 vers l’Oisans, Briançon, l’Italie ; inondation de la plaine de Séchilienne (700 habitants) par la rétention des eaux de la Romanche derrière le barrage formé par l’éboulement ; risque de débâcle ultérieure plus ou moins brutale par rupture du barrage et lave torrentielle déferlant vers l’aval sur Vizille, le Sud de l’agglomération grenobloise et les trois plateformes industrielles chimiques (classées Seveso) de Jarrie et de Pont de Claix.    

-Laboratoire scientifique, avec l’observation et l’instrumentation du versant (balises géodésiques classiques ou GPS mesurant d’heure en heure les variations de distances depuis la rive opposée de la Romanche, extensomètres mesurant en continu au 10e de mm près l’écartement des fractures, radar de précision installé sur le versant opposé, station d’enregistrement des vibrations et des bruits, galeries de reconnaissance, station météo sur le site, avec transmission automatisée de toutes les données au CETE-Centre d’étude des techniques de l’équipement à Lyon).

-Laboratoire technique, avec diverses mesures physiques de prévention, mais reconnues aujourd’hui insuffisantes (déviation de la 

RN 91, merlon de protection, galerie hydraulique de reconnaissance en vue de dévier la Romanche sous le versant opposé).

-Laboratoire juridique : les Ruines sont à l’origine des dispositions de la "loi Barnier" (02-02-1995) permettant l’expropriation préventive des habitants à défaut d’une sécurisation possible du site.

-Laboratoire des dispositifs d’alerte : le plus important plan de secours en Europe après l’Etna (15 000 habitants à évacuer, mise en sécurité des installations et produits industriels dangereux, sachant que les experts assurent pouvoir bénéficier de signes avant-coureurs 3 jours avant la catastrophe).  

 

En milieu d’après midi, nous eûmes le plaisir d’entendre Gilles Strappazzon, maire de Saint Barthélemy de Séchilienne, (dont le discours – il s’amuse à le constater – est désormais bien rodé) nous exposer l’histoire vécue par ses administrés de cette « catastrophe annoncée » ; un véritable "séisme" (le jeu de mot est trop facile) pour sa commune dont plus du tiers de la population s’est trouvé bon gré mal gré dans l’obligation de partir. Risque majeur ; catastrophe démographique, économique et financière pour la commune ; détresse matérielle et psychologique pour de nombreux foyers. C’est avec chaleur et passion qu’il nous a fait comprendre (sinon partager) cette crise.

Mais c’est aussi sa détermination et en définitive son optimisme pour l’avenir – en dépit de cette redoutable épée de Damoclès – qu’il a su nous montrer en nous présentant le plan de redynamisation engagé sur sa commune ; ou comment sortir de la crise en faisant d’une situation de catastrophe naturelle potentielle unatout pour son développement (cf. Prisme * - Lectures ci-dessous).

 P. FOUCRAS


Quelques lectures ou sites recommandés :(extraits du dossier *)

· Sur les risques naturels en général :

-Dauphiné A. (2001). Risques et catastrophes. Observer, spatialiser, comprendre, gérer. Armand Colin, coll. U-Géographie, Paris.

-Veyret Y. (2001). Géographie des risques naturels. La Doc. Photo. n° 8023. Paris. La Documentation Française.

-Besson L. (1996). Les risques naturels en montagne. Traitement, prévention et surveillance. Grenoble, Artès-Publialp.
(avec un développement sur les Ruines de Séchilienne.)

-Beck U. (2001). La société du risque. Sur la voie d’une autre modernité. Collection Alto. Paris, Aubier.

-Favier R. (s/d) (2002). Les pouvoirs publics face aux risques naturels dans l’histoire. CNRS-MSH-Alpes, Grenoble.  http://www.msh-alpes.prd.fr/Publications/Pouvoirshistoire.htm
(introduction d’E. Le Roy Ladurie.)

-Favier R. et Granet-Abisset A.M. (2000). Histoire et mémoire des risques naturels. CNRS-MSH-Alpes, Grenoble.  http://www.msh-alpes.prd.fr/Publications/Pouvoirshistoire.htm


-G. Brugnot et Granet-Abisset A.M. (s/d) (2002). Avalanches et risques, regards croisés d’ingénieurs et historiens, CNRS-MSH-Alpes, Grenoble. http://www.msh-alpes.prd.fr/Publications/Avalanches.htm
 

-Pfister C. (2002). Le jour d’après. Surmonter les catastrophes naturelles : le cas de la Suisse entre 1500 et 2000. Berne, Haupt.

 

ð Sur le risque dans les sports de montagne :

-Bonhème P. et Fatras A. (1999). Frisson en altitude, contentieux en plaine. Alpes magazine, n° 56.

-Corneloup J. (1994). Le risque dans les pratiques d’escalade. Espace et sociétés, n° 77.

-Descamps P. et Davier L. (1999). Interdire la montagne est irresponsable. Montagnes Magazine, n° 224. *

Et des sites internet :

-http://www.unil.ch/igul/suivre=> recherche=> géographie physique => risques naturels.
Site Risques naturels et société. Comporte une bibliographie thématique sur les aspects Sciences humaines des risques
naturels (y.c. littérature, BD et cinéma).

-http://www.cemagref.frou

-http://www.grenoble.cemagref.fr/grenoble/etgr/etna.htmlCemagref, division "Erosion Torrentielle, Neige et Avalanche"

-http://www.prim.net/Prévention des risques majeurs.

-http://www.irma-grenoble.com/Institut des Risques Majeurs.

-http://www.legifrance.gouv.frDroit français.

-http://www.risqnat.net/

 

· Sur les Ruines de Séchilienne :

-Séchilienne : au-delà du risque. Prisme, Journal des services de l’Etat en Isère, n° 12, juillet 2001. Préfecture de l’Isère.

-Carcano E. (2002). Séchilienne. Des vies en ruines. Une cicatrice à ciel ouvert. Alpes magazine, n° 77.

-Chardon M. (1987). Géomorphologie et risques naturels, l’éboulement de Séchilienne et ses enseignements.
Revue de Géographie Alpine
75(3).

-Daumas J. (1993). Séchilienne, la situation s’aggrave, l’échéance approche. Les Affiches de Grenoble et du Dauphiné, n° 3614.

-Martin P. (1998). Ces risques que l’on dit naturels. Aix-en-Provence, Edisud.

-Cahiers de Travaux Dirigés d’Histoire et de Géographie, 2de. Fiche géo n° 18. Hatier, 2001.
L’exploitation pédagogique de cet exemple proposée par nos collègues S. Bourgeat, C. Bras, P. Foucras …
(version élèves ou version profs-corrigée.)

Et des sites internet :

-http://www.irma-grenoble.com/news/risque-info/janv-2001/observ.risque.htm
ouhttp://www.irma-grenoble.com/news/actualite/sechilienne.htm

-http://www.geol-alpes.com/x belledonne/ belledonne lieux/mt sec.html(le Mont Sec domine le site.)


Date de création : 05.12.2006 @ 5:26 PM
Dernière modification : 09.02.2010 @ 10:15 PM
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