Régionale APHG
Quoi de Neuf ?

Fermer 50 ans après les accords d'Evian

Fermer Animations pédagogiques

Fermer Bon à savoir

Fermer IXe Agoras

Fermer Université de Savoie : colloques, journées d'études

Fermer dernière minute

Fermer dernières infos officielles

Fermer rencontre débats expos

Sorties / Culture
IXe Agoras - René FAVIER Les Alpes, au coeur de l'histoire :défis de la montagne, pari de l'innovation

 

 

 

« Les Alpes au cœur de l’histoire. Défis de la montagne et pari de l’innovation »

 

Il n’y a qu’un apparent paradoxe à lier les territoires de montagne aux réflexions sur l’innovation. De longue date, la montagne, les Alpes en particulier, ont offert aux géographes comme aux historiens des terrains d’expérimentation particuliers.


Ainsi en a-t-il été dès le début du 20e siècle pour Raoul Blanchard, le père de la géographie alpine. « Homme des plaines, je me sentais un peu désarmé devant les Alpes. J’étais prêt à les aimer ; que dis-je, je les aimais déjà, mais je ne les comprenais guère »1. Sa thèse sur la Flandre ne le prédisposait en effet guère à s’intéresser aux Alpes françaises, si ce n’est qu’il y vit tout de suite un terrain d’expérimentation de la nouvelle géographie vidalienne. Comme pour tous les élèves de cette école, l’espace physique devait être fondateur de toutes les formes d’organisations territoriales. Cet engagement le conduisit à être un acteur majeur d’une double innovation.

Alors que commençaient à émerger une réflexion politique sur l’aménagement territorial, il fut l’un des grands inventeurs de la région des Alpes françaises, une région « électrogène » allant du Léman jusqu’à Nice, dont les contours furent esquissés à la fin de Première Guerre mondiale par le ministre en charge de la reconstruction, Etienne Clémentel.

Il fut aussi un ardent propagandiste de l’innovation pédagogique pour l’enseignement de la « vraie géographie » : « Une de mes premières préoccupations a été de faire accepter la vraie géographie, celle que nous avait révélée Vidal de la Blache, dans les enseignements du secondaire ». Pour le secondaire, « je n’avais qu’un moyen d’action : l’interrogation de géographie au baccalauréat. J’en usais férocement. Lorsqu’un candidat témoignait d’une ignorance crasse ou d’un manque total de compréhension, en lui collant une sale note je le priais de faire savoir à son professeur qu’il ferait bien de se mettre au courant ». Pour diffuser la bonne parole dans le primaire, il fréquenta les écoles normales et y organisa des conférences « pour commenter la conception nouvelle de la géographie, et essayer d’indiquer ce qu’il fallait faire ou ne pas faire ». Mieux ! Appelé à participer au jury de l’agrégation d’histoire en 1907, à un moment où on « avait décidé en haut lieu que l’agrégation devait accentuer son caractère pédagogique », il chercha à y imposer la « vraie géographie » à ses collègues historiens Albert Malet, Victor Langois et Gustave Glotz. Et il exprima son ravissement d’avoir empêché un candidat d’être cacique de la promotion à cause d’une leçon qu’il jugea manquée. Parmi les historiens, ce candidat n’était pourtant sans doute pas le plus mauvais géographe puisqu’il s’appelait Marc Bloch !


 

Plus généralement, on ne saurait ignorer que les Alpes furent par essence des terres d’innovation. C’est bien à tort qu’elles ont pu être perçues longtemps comme des espaces marginaux, voire périphériques aux pôles d’innovation. Et Fernand Braudel avait tort quand il décrivait les Alpes dans La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe 2 comme un monde marginal : « La montagne ordinairement est un monde à l’écart des civilisations, créations des villes et des bas pays. Son histoire, c’est de ne pas en avoir » !

 

En réalité, de longues dates, ces territoires de montagne ont su développer des mécanismes originaux d’adaptation et d’innovations quelles soient d’ordre économique, social ou culturel (pluriactivité, gestion adaptée des ressources par exemple), ou être des espaces d’invention et d’expérimentation pour le tourisme, l’industrie, la gestion des risques ou la création des premiers espaces protégés.

 

Durant les dernières décennies, les territoires de montagne ont été confrontés à de nouvelles contraintes tant internes qu’externes qui ont remis en cause, à divers degrés, leur structuration et leur fonctionnement et pèsent sur leurs évolutions actuelles et leur avenir. Deux grandes questions se posent notamment : celles des mutations socio-économiques (transformations et crise économiques, bouleversements démographiques, accroissement des mobilités, modifications des pratiques touristiques, des usages du sol, etc.) qui sont devenus des enjeux en termes de durabilité ; celles des bouleversements environnementaux planétaires, déclinés ici aux échelles locales, avec leurs implications sur les ressources en eau et sur les paysages.


L’ensemble de ces questions constitue désormais des champs de réflexion majeurs pour la communauté scientifique, singulièrement des historiens comme des géographes. Quand la montagne aussi a une histoire !2, Tel fut notamment le titre donné en hommage à Jean-François Bergier, promoteur d’une véritable réappropriation des espaces alpins par de la communauté des historiens à partir des années 1970 et fondateur de l’Association internationale d’histoire des Alpes (http://www.arc.usi.ch/index/aisa.htm). Depuis quelques années, les concepts d’« innovation » et « montagne » sont devenus des ferments de réflexions interdisciplinaires majeurs, très en prise avec les attentes des acteurs sociaux. Ainsi, en 2010, l’association Euromontana (Association européenne pour la coopération des territoires de montagne) a-t-elle organisé à Lillehammer ses 7e Assises européennes de la montagne sur le thème : « Les régions européennes de la montagne : un souffle de l’innovation ». Le club des CCI de montagne consacré en 2011 ses 4es biennales de la montagne au thème : « L’innovation en montagne ». Et plus récemment encore, dans le cadre des Investissement d’avenir, la création du laboratoire d’excellence ITEM (Innovations et Territoires de Montagne) a permis de fédérer dans le sillon alpin une ample communauté scientifique pour tenter de répondre aux défis du 21e siècle (http://www.labexitem.fr/). C’est dire aux lecteurs l’actualité des questions abordées dans cet ouvrage !

René FAVIER
Professeur d’histoire moderne
Université Pierre Mendès France – Grenoble 2
LARHRA (Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes) – UMR CNRS 5190

1

R. Blanchard, Je découvre l’Université. Douai, Lille, Grenoble, Paris, Fayard, 1962, p. 105.

 

 

 

 

2

M. Körner et F. Walter, Quand la montagne aussi a une histoire, Bern-Stuttgart-Wien, Haupt, 1996.

 

 

 

 


 


Date de création : 13.06.2012 @ 1:41 PM
Dernière modification : 13.06.2012 @ 1:41 PM
Catégorie : IXe Agoras


Imprimer l'article Imprimer l'article

 
Réactions à cet article

 
Consulter l'agenda
Pour nous joindre
Fréquentation

   visiteurs

   visiteur en ligne

Webmaster + Infos
^ Haut ^