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Sorties / Culture
IXe Agoras - François Lefebvre : atelier "généalogie"
 APHG Agoras de Grenoble 2010.
Atelier GENEALOGIE. 

François Lefebvre 

Une seule notice parue sur ce sujet dans la revue H&G n° 289 avril 1982 J. Barel La généalogie à l’école p 910-912

 

« On ne chante juste que dans les branches de son arbre généalogique » Max Jacob

Sources

La mémoire familiale : le généalogiste grand commençant débute par l’expertise des femmes âgées, grands-tantes et cousines oubliées dans les maisons de retraite, octogénaires ou nonagénaires, conservatrices avisées indispensables pour identifier les plus anciennes photos des albums hérités, raconter les récits familiaux, montrer les tissus, les objets et indiquer les lieux où ont vécu les ancêtres, à la recherche du temps perdu.

P. Joutard L’enquête orale 1974. A. Muxel La mémoire familiale 1991

 

Les papiers de famille : les documents patrimoniaux essentiels.

Le faire-part de décès, fréquent en 1880-1914, énumère et classe l’ensemble des vivants d’une famille par liens de parenté avec le défunt. Il permet de reconstituer l’écheveau d’une famille. Imprimé, affiché, publié dans la presse, nombreuses collections dans les bibliothèques municipales. La Bibliothèque Généalogique de Paris conserve 300000 faire-part de décès.

Adresse bibgen 

 

Le livret de famille, remis à tous les couples mariés après le 5/4/1884, renseigne sur les conjoints : lieu et date du mariage, noms, prénoms, date et lieu de naissance, filiation, profession, nationalité, contrat de mariage et sur leurs enfants. Le document le plus précieux.

 

Les autres documents, petit vademecum : les collections de photographies avec identification des personnes, les faire-part de naissance, mariage, certificat de bonne vie et mœurs, conseil de famille, papiers personnels religieux, certificats de baptême, mariage, inhumation, extraits de registres de catholicité, bibles et annales familiales, images pieuses nominatives, les papiers scolaires, livrets, diplômes, brevets, le certificat d’études primaires (de 1874 à 1990), papiers militaires, livret, certificat de bonne conduite, carte d’ancien combattant ou d’invalidité, papiers professionnels, livret ouvrier(après 1803 et surtout 1852-1880), passeport intérieur, copies d’actes notariés (propriété, mariage, testament), titres de concession funéraire, inscriptions… des tiroirs aux greniers, une mine de précieux documents à exhumer, lire et exploiter.

Le dépouillement minutieux de tous ces fragments fournit les premières pièces du puzzle généalogique.

 

Les cimetières en France sont créés/translatés après 1804 pour les 30 grandes villes et après 1843 pour les autres communes. Depuis un siècle et demi, le doublement de la population française et la pression foncière périurbaine ont fait disparaître des pierres tombales gravées. Les épitaphiers ou relevés des inscriptions sont urgents à réaliser. Glane individuelle et mieux relevé systématique des inscriptions des cimetières, initié par la Fédération Française de Généalogie depuis 1995.Ces relevés sont déposés en mairies et archives et sur le site francegenweb. M. Lassère Villes et cimetières en France 1997

 

Les archives municipales et départementales : types de documents nominatifs et filiatifs : Annuaire depuis environ 1880, pour les villes, par noms et par professions (bibliothèque des archives départementales)

Liste électorale, depuis 1848 suffrage universel masculin, renseignements normalisés en 1852 : nom, prénoms, (surnom), lieu et date de naissance, domicile, profession, pour les femmes à partir de 1945, nom de jeune fille et d’épouse, révision annuelle, refonte triennale, (AD série M). La loi interdit la consultation de l’état-civil de moins de 75 ans, mais autorise la communication sans délai des listes électorales.

 

Conscrits et soldats ; depuis 1800, tout homme est recensé par le maire et le préfet, et si conscrit par l’armée ; registres matricules militaires depuis 1867 : état-civil, signalement physique, taille en mm, formes du front, nez, visage, couleur des cheveux, yeux, cicatrices, renseignements divers, degré d’instruction, carrière militaire. E.Leroy-Ladurie et alii Anthropologie du conscrit français 1975.

 

Recensement : liste nominative de recensement depuis 1836, renseignements individuels nom, prénoms, âge (19°s.), année de naissance (20°s.), état-civil, profession, adresse, nationalité, lieu de naissance, situation dans le ménage, et en 1851 religion et infirmités (AD série M ou Mi). Grand intérêt : série quinquennale 1836 à 1936, reconstitution et suivi des structures familiales, lecture aisée, source à croiser avec les deux suivantes.

 

Table décennale de l’état-civil depuis 1792, l’outil de base pour trouver un acte non localisé non daté, permet de balayer aux archives départementales toutes les communes d’un département sur un siècle et demi. Recherche très rapide d’un patronyme.

 

L’état-civil : depuis 1792 Naissances Mariages Décès et divorces (de 1792 à 1816 et après 1884), les mentions marginales de l’état-civil (mariage 1897, décès 1945 en marge des actes de naissance), les registres paroissiaux Baptêmes Mariages Sépultures depuis 1539. En mairies et aux archives départementales et désormais sur la toile (plus de 57 départements en 2011), la source la plus consultée .Les généalogistes expérimentés commencent par les listes électorales, puis les recensements et les tables décennales avant d’utiliser l’état-civil. Liens avec tous les sites d’archives en ligne : culture.gouv ou francegenweb

 

Les registres notariés 13°-20°s. (AD série E). Source massive. Dans l’océan et la variété des minutes, les actes les plus utilisés sont les contrats de mariages, testaments, conseils de famille, inventaires après décès, contrats d’apprentissage, prix-fait de construction de maison et baux ruraux.

Enregistrement fiscal des actes notariés depuis 1693 ; contrôle général des actes et tables spécialisées des contrats de mariages, successions et absences (AD séries C&Q). Equivalent des tables décennales, pour trouver un acte sans connaître ni la date ni le notaire.

 

Délai de communication des documents d’archives : cas général de l’état-civil et des actes notariés, loi du 3/1/ 1979 :100 ans ; délai raccourci par la loi du 15/7/2008 :75 ans.

 

Les généalogistes représentent souvent la moitié des lecteurs usagers des archives départementales dans les chefs-lieux avec université et 90% dans les départements ruraux.

Au service de tous les publics, les archivistes rédigent d’abord un chapitre spécifique dans le guide des archives du département, puis un guide du lecteur et, dès 1980, un guide du généalogiste : en Haute-Savoie 1980 La pratique des documents anciens, G. Bernard Guide de recherche sur l’histoire des familles Archives nationales 1981 puis Guide du généalogiste en Haute-Loire (1982), Jura (1983), Meuse, Paris, Seine-Maritime (1992) et Yvelines. Archivistes nationaux, départementaux et municipaux donnent à des milliers de généalogistes cours de paléographie et conférences d’archivistique et d’histoire.

 

 

 

Méthodes : les généalogistes utilisent les méthodes initiées par M. Fleury et L. Henry Manuel de dépouillement de l’état-civil 1956(relevé nominatif et filiatif), complétées par F.Lebrun, M.Lachiver et J. Dupaquier pour la reconstitution des familles. M.Garden, dans l’acte de mariage de l’état-civil, décortique plus de 60 informations différentes à trier et corréler. Dans le cadre associatif, par département, les bénévoles ont entrepris des tables filiatives des registres paroissiaux, d’abord des mariages puis des baptêmes et des sépultures. Ces dépouillements sériels sont étendus aux contrats de mariages et testaments notariés des 17° et 18° s. ainsi qu’aux cimetières. Ce travail collectif, déposé en mairies et aux archives depuis plus de 30 ans débouche sur des index et bases de données (plus de 3,2 millions d’actes en Isère). Mutualisation associative des relevés sur le site geneabank.

 

Astuces de chercheurs

Accumuler, croiser et recouper les informations. Les généalogistes ont mis au point deux stratégies : le colimaçon, recherche géographique d’un acte non trouvé autour de la paroisse/commune dans le canton/pays environnant puis le bassin-versant hydrographique ; l’ascenseur ou yoyo, ou comment remonter et redescendre les arbres ascendant et descendant, reconstituer des familles en croisant les informations, en notant les mariages des collatéraux, les parrainages des enfants, les domiciles et professions des témoins.

 

Classer

Les généalogistes ordonnent, placent, classent et numérotent les ancêtres. L’espagnol Sosa numérote 1 le « de cujus », celui dont on réalise l’ascendance, n°2 son père, n°3 sa mère, n° 4 son grand-père paternel, etc. Les hommes portent le n° pair double de celui de leur enfant, les mères le n° impair suivant. Des logiciels dédiés à la généalogie existent depuis 1982 : Généatique, Hérédis, Parentèle, etc. Pour échanger commodément entre chercheurs, une triple indexation de chaque acte nom/date/lieu est utilisée. C’est la liste-éclair individuelle et la liste patronymes associative. Mutualisation coopérative sur le site geneanet.

 

Arbres généalogiques. Les représentations graphiques :

L’arbre ascendant à progression géométrique 2 parents, 4 grands-parents, 8 bisaïeux, 16 trisaïeux, 32, 64 a une disposition graphique aisée ; égocentré, le chercheur se place au centre du cercle. L’arbre descendant arborescent est plus complexe à numéroter et à dessiner, en fonction des alliances et de la fécondité différentielle des descendants. Les arbres sont illustrés de photos et trônent dans les expositions familiale et villageoise. C. Klapisch-Zuber L’arbre des familles 2003

 

Exploitation, mise en œuvre des traces biographiques

Les généalogistes commencent d’abord par réaliser pour chaque aïeul une arborescence squelettique : numéro Sosa, prénoms dans l’ordre de l’état-civil, nom de famille, profession(s), lieux et dates de naissance/baptême (parrain, marraine), de décès/sépulture, de mariage(s)(contrat, civil, religieux, témoins), domiciles(les maisons de famille), conjoint(e/s), parents, enfants, frères et sœurs, photographie, signature…

Ils choisissent ensuite d’habiller leur arbre, de donner de la chair, de la vie, de retracer des fragments biographiques. Temps et énergie sont consacrés pour collecter, identifier et préserver des photographies de personnes, de famille, de classe. R. Barthes La photographie, l’empire d’un signe 1980

 

Chaque généalogiste collecte, en remontant du XX° au XVI°siècle, plusieurs milliers d’individus et se passionne toute sa vie pour les patronymes, le sien d’abord et celui de certains de ses ancêtres : origine, langue, étymologie, fréquence statistique aujourd’hui et autrefois, répartition géographique, migration. L. Fordant publia en 1999 Tous les noms de famille de France et leur localisation en 1900, fondé sur le fichier Insee 1891-1990 des communes de naissance. Les noms ont une graphie stabilisée après 1884(livret de famille), les chercheurs découvrent leur variabilité graphique en remontant le temps. La passion commune pour les patronymes a stimulé les publications : A.Dauzat (linguiste) Les noms de famille de France 1977, A.Lefebvre-Teillard (juriste) Le nom, droit et histoire 1980, M-Th.Morlet (onomastique) Dictionnaire étymologique des noms de famille 1991, R. Gabion (archiviste) Dictionnaire des noms de famille de Savoie 2010.

 

Les mères ont choisi, bien souvent avant la naissance, le prénom de leurs enfants, premier bien symbolique transmissible. En fonction du nom du père, les mamans trouvent les rythmes des poètes : assonance et allitération. Le généalogiste collectionne des listes de dizaines de prénoms portés avec un même patronyme et découvre les usages de la transmission familiale du nom de baptême. Les statisticiens P. Besnard et G. Desplanques publient chaque année, depuis 1985, La cote des prénoms. Les historiens rassemblés aux entretiens de Mahler en 1980, éditent Le prénom. Mode et histoire 1984. J. Dupaquier coordonne les relevés d’actes de 1803 à 1962 réalisés dans chaque département par les généalogistes bénévoles (enquête TRA) et publie Le temps des Jules 1987. P. Daumas Familles en révolution 2003 analyse les prénoms révolutionnaires.

 

Les dates et lieux des NMD/BMS naissances, mariages, décès/baptêmes, mariages, sépultures. Fascinés par le vertige de la liste, des chiffres et des classements, les postiers, comptables et ingénieurs alignent dates et calendriers, ordonnent, comptent, numérotent, s’intéressent à la natalité, mortalité, espérance de vie et fécondité de leurs aïeux. Amateurs, historiens du dimanche, les généalogistes questionnent les attitudes devant la vie de leurs parents. P. Ariès 1960. Ils recueillent les traces infimes, écritures et signatures de leurs prédécesseurs. A. Farge Le goût de l’archive 1989. Ils se passionnent pour ceux qui ont su signer, de ce enquis et requis ! F. Furet et J.Ozouf Lire et écrire. L’alphabétisation des Français de Calvin à Jules Ferry 1977

 

Les chercheurs découvrent les professions et la transmission familiale des métiers. Ils relient leur histoire personnelle avec la reproduction professionnelle de lignées d’agriculteurs, artisans, commerçants, petits patrons ; ils observent les mutations économiques, le passage d’une société agricole et artisanale, puis industrielle et tertiaire et les liens entre migration géographique et promotion sociale. J. Dupaquier La société française au 19° siècle. Tradition, transition, transformation 1993 présente les résultats des arbres familiaux reconstitués par les généalogistes de toute la France.

 

Les généalogistes se passionnent pour la géographie administrative ancienne et les lieux où ont vécu leurs parents. Erudits du local, certains relèvent systématiquement toutes les traces en archives et rédigent des monographies communales. A. Croix et D.Guivarc’h Guide de l’histoire locale 1990.

Les historiens, aiguillonnés par cette demande publique, ont colligé par département des dictionnaires de toponymie au 19° s. et les dictionnaires CNRS Paroisses et communes de France au 20° s. Les chercheurs traquent les migrants du passé et les raisons de leurs migrations. Publications nombreuses d’individuels et d’associations : le chaînon manquant, mariés, décédés ailleurs, listes d’émigrants, de passeports, annuaires. Comprendre les migrations, c’est l’objectif premier de certaines associations dites « familiales », de pays (l’Ubaye de Barcelonnette au Mexique), nationales (les cheminots, les postiers), et d’outre-mer (GAMT Généalogie Algérie, Maroc, Tunisie).

 

 

Généalogies ascendantes et descendantes. Un pari pour le généalogiste amateur : faire revivre un ancêtre, écrire une micro-biographie, d’abord un récit oral pour soi, puis un texte à diffusion interne au cercle de famille et à la corporation bienveillante des pairs en généalogie. P. Lejeune Le pacte autobiographique 1974.

Un défi pour l’historien, comment écrire la vie d’un sabotier analphabète de l’Orne 1798-1876 ; relevé par A.Corbin Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot 1998.

A. Denizet Enquête sur un paysan sans histoire 2007

 

Des pratiques : scolaires, individuelles, associatives.

Généalogie à l’école primaire : au CE1, les écoliers réalisent avec leur institutrice une frise chronologique du 20° s., repérage dans le temps et un arbre généalogique sur 4 générations, l’écolier, ses frères et soeurs, parents, grands-parents, une arrière-grand-mère vivante, illustré de photos de famille. D. Rebondy D’où je viens moi 2004. A. Wittmann Je fais mon arbre généalogique et je remonte le temps 1999

Le CGHEN Centre Généalogique et Héraldique de l’Education Nationale organisa un colloque à Sèvres en 1989 selon trois axes : les problèmes juridiques et psychologiques, la généalogie au service de l’histoire, la pédagogie de la généalogie à l’école.

Le groupe de travail génécole de la Fédération Française de Généalogie (site genefede.org) recense les actions dans l’Education Nationale : services éducatifs, clubs généalogie surtout en collège, projets d’action éducative. Guidés par des enseignants, surtout historiens-géographes, des travaux d’élèves ont été publiés : collège Valensi (Nice), collège Fabre (Bédarieux), collège de Cormeilles

Les associations généalogiques, créées depuis 1971 par des bénévoles amateurs nombreux, dans le cadre départemental, publient des revues régionales trimestrielles, constituent des bases de données, s’associent en fédération, organisent des forums régionaux annuels et un congrès national biennal (à Lille en juin 2011).

 

Pourquoi pratiquer la généalogie :

Qui sommes-nous ?

Construire son identité

Un généalogiste sur deux est l’aîné(e) dans sa fratrie. Il connaît plus longtemps ses parents et grands-parents. Dépositaire d’une part de la mémoire familiale, il est investi du devoir de transmettre. L’aîné a souvent porté le même prénom que son père et son grand-père, signe de cette place charnière entre deux générations.

Connaître sa famille

L’A.B.C. de la généalogie, c’est apprendre le vocabulaire de la parenté et comprendre les liens de filiation et d’alliance. C’est connaître les vivants et les morts. Une civilisation de l’archive et de l’écrit fait confiance à la mémoire institutionnelle. Qui est capable de citer les noms et prénoms de ses huit bisaïeux (arrière-grands-parents)?

Jouer

La généalogie forme un grand jeu de piste avec ses lieux hantés (mairies, archives, cimetières), un roman policier aux énigmes emboîtées (naissances, mariages, décès), un puzzle documentaire et des biographies reconstituées. Une quête, une enquête, une curiosité partagée, un bonheur de chercher et de trouver.

L’enfant naturel

Tout homme veut connaître sa filiation. Avoir un enfant naturel dans son ascendance proche est un ressort puissant pour la recherche. Un généalogiste sur dix cherche à percer le mystère entretenu par une fille-mère et à remplir le « blanc » d’un père inconnu.

 

D’où venons-nous ?

L’hérédité biologique

Le généalogiste réunit des centaines d’actes, manipule avec aisance les dates de naissances et de décès et calcule la longévité de ses aïeux, supputant sa propre espérance de vie. Comme le médecin de famille, il s’interroge sur les causes de mortalité, les maladies, les particularités familiales, la transmission héréditaire des qualités de ses ancêtres.

Marier deux familles

Le généalogiste collecte livrets de famille, actes de mariages civils, religieux et contrats notariés. Chaque couple découvert repose la question du choix du conjoint, l’endogamie géographique et sociale. La maison de famille, les meubles, les choix de comportements sont des biens hérités, partagés, rechoisis à chaque génération. Epouser les siens, c’est comprendre que chacun est l’héritier de deux familles, de son père et de sa mère.

Hériter

Les généalogistes professionnels recherchent pour les notaires les héritiers successibles. 

Les amateurs, dans les archives des notaires, découvrent les transmissions matérielles des ancêtres par les donations, testaments, partages et inventaires après décès. La vanité des chercheurs est délicieusement flattée par les noms de saints, héros ou nobles homonymes de leurs aïeux. Parenté imaginaire romanesque. Certains remontent uniquement l’ascendance agnatique de leur propre patronyme, fascinés par cette quête originelle.

Honorer ses parents

Redécouvrir ses ancêtres, recueillir des traces de leur passage, sortir leurs noms de l’oubli représente une longue quête mémorielle. De nombreux chercheurs réalisent un pieux pèlerinage aux sources familiales dans les mairies, les églises, les maisons, les cimetières, les chemins pour s’imprégner des lieux. Le goût de l’archive suscite une grande émotion : la fierté de lire et de retracer les premières signatures de ceux qui nous ont précédé.

 

Où allons-nous ?

Transmettre

Nous sommes tous «cousins». Le généalogiste familial organise des cousinades pour tisser des liens avec des parents éloignés perdus de vue depuis l’enfance. Ces rassemblements sont élargis aux descendants retrouvés et resitués sur un arbre. La presse quotidienne régionale publie des photos de ces réunions. Passion solitaire, l’activité généalogie conjugue, fédère et rassemble.

Le travail du deuil

Enumérer la longue liste des naissances, mariages, décès de ses aïeux permet d’apprivoiser sa propre disparition. Sa familiarité avec les morts aide le généalogiste à mieux comprendre les séparations douloureuses, les divorces, les deuils. L’adolescent veut connaître ses quatre grands-parents pour recoller les morceaux et construire sa personnalité. Les migrations des populations attirées par industries et villes depuis deux siècles ont dispersé les familles. Les généalogistes désirent se réenraciner. Les pieds-noirs sont nombreux à chercher à connaître leurs ancêtres qui ont vécu en Afrique et sont venus avant de Malte, Italie, France ou Espagne.

Soigner une souffrance

Des psycho-généalogistes utilisent l’arbre généalogique comme support de thérapie. Ils tentent d’entendre les bruits de fond douloureux de la mémoire familiale enfouie. Les non-dits familiaux sont source d’une quête inextinguible. A. Ancelin Aïe, mes aïeux 1988.Les incertitudes et secrets sur les circonstances des grands moments fondateurs de la vie entretiennent des questions récurrentes : conceptions prénuptiales, hors mariage, doute sur la filiation, enfants « bâtards », accouchement sous X, adoption, mariages mal assortis, abandon, disparition sans laisser d’adresse.

Réparer une absence

Un généalogiste sur cinq est un traumatisé familial par le décès précoce d’un de ses parents, père ou mère. Etre un enfant posthume ou orphelin très jeune interrompt la transmission. Un investissement tente de compenser cette absence. D’autres généalogistes très impliqués ont été blessés par un veuvage précoce ou par le décès d’un enfant.

 

Une passion

Aborder l’histoire

En tant que discipline, la généalogie n’est pas enseignée à l’université. Deux propositions récentes de diplômes universitaires à Brest et à Montpellier. Classée par les historiens parmi les « sciences auxiliaires » de l’histoire, elle est utilisée par les ethnologues pour décrire les structures de la parenté. Les amateurs autodidactes se forment aux méthodes de cette discipline : la paléographie pour déchiffrer les écritures anciennes, les calendriers grégorien et républicain, un peu de droit, d’histoire des institutions, de géographie administrative de l’Ancien Régime et d’informatique.

 

Une crise sociale d’identité

Depuis 1974, les plus gros bataillons de généalogistes ont fleuri dans les régions qui ont connu un traumatisme collectif : le Nord et la Lorraine, balayés par les deux guerres mondiales et laminés par la crise industrielle ; l’Alsace en quête d’identité européenne entre Allemagne et France ; la Bretagne, surtout le Finistère entre mer et émigration ; l’Auvergne, l’Ardèche, la Lozère et la Savoie, montagnes touchées par l’exode rural.

 

Un nouveau rituel

Les archivistes départementaux, pour mieux accueillir ces nouveaux usagers, ont fait microfilmer registres paroissiaux et d’état-civil, aujourd’hui numériser et considérablement agrandir leurs salles de lecture.

Seniors dynamiques (200 000 lecteurs inscrits aux AD en 2010), les généalogistes pratiquent toujours plus nombreux ce loisir culturel démocratique. Les associations généalogiques (depuis 1971, plus de 200 associations, plus de 100000 adhérents) construisent de nouveaux rituels collectifs : revues trimestrielles, publications, cours, conférences, congrès, forums, groupes locaux, prennent la couleur de sociétés savantes amicales. Les généalogistes individualistes s’associent et se découvrent « cousins ».M. Segalen L’amour de la généalogie 1991

 

La re-création d’un arbre imaginaire

Le travail du généalogiste reconstruit un passé aboli. Plongée dans l’océan des archives, chevauchée fantastique à travers les temps, fantasme de remonter la migration inverse de l’ancêtre, de reconstituer l’itinéraire social et psychologique. Chacun choisit dans la foule de ses centaines d’aïeux ceux avec lesquels il revit par procuration. Chacun descend d’un bagnard, d’un roi, d’un pendu, projection de statuts inatteignables par nous, réalisés par un ancêtre ! Le généalogiste élabore un conte familial, un récit intarissable. Le généalogiste lutte contre la vraie mort qui est l’oubli, contre l’angoisse du temps qui passe, en reparlant des morts, en les ramenant à la mémoire.

 

François Lefebvre. Agrégé de géographie 1981. Professeur en lycée à Grenoble.


Date de création : 16.05.2012 @ 8:14 PM
Dernière modification : 16.05.2012 @ 8:14 PM
Catégorie : IXe Agoras


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