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IXe Agoras - André Palluel- Guillard : Chambéry
 CHAMBERY
André Palluel-Guillard


A quoi bon présenter Chambéry « capitale historique de la Savoie » à des professeurs d’histoire et de géographie qui ont assez de culture, assez de guides, assez de manuels ou d’études pour « dominer » le sujet. Alors que faire ? rien me diront certains ! mais quel camouflet pour une ville si fière – à juste titre – de sa vie intellectuelle ! d’ailleurs le silence n’a jamais été une solution utile … je me lance donc pour le meilleur et pour le pire non pour remplir un vide mais au contraire pour colorer un peu les armoiries ou l’arsenal de la ville……


Il n’est facile ni d’étudier ni de présenter l’histoire de Chambéry, l’archéologie est restée limitée aussi bien sur la colline de Lémenc que dans le marais de la vallée, pas ou peu de document avant le XIIIe siècle, les archives municipales pour la période 1792 - 1866 ont disparu dans un incendie. Les transferts à Turin, les incendies, la négligence de nos prédécesseurs, bref nous ne savons rien de la ville avant son achat par le comte Thomas en 1234, quatorze ans avant la chute du Mont Granier et la destruction du bourg de Saint-André qui, au pied de la montagne « martyre », eut pu être une concurrente certaine pour la nouvelle capitale. Voilà une entrée bien incertaine dans une histoire relativement récente. Notons à ce sujet que Chambéry va rester la première capitale des princes de Savoie pendant trois siècles, soit exactement le même intervalle que ces derniers resteront à Turin (de 1560 à 1860). Remarquons cependant que si Turin est resté attaché à ses souverains, en dépit des apparences Chambéry ne s’y intéresse que du bout des lèvres (en effet, n’en déplaise l’honneur et la fierté d’afficher les armoiries mêmes de ces derniers, la ville n’a octroyé à aucun d’entre eux précisément aucune rue ni place surtout au delà du XVe siècle. Ici on ne peut oublier (pardonner ou comprendre) le transfert de 1560 et surtout l’abandon de 1860 (pas question même de remercier Cavour de nous avoir « laissés » à la France et je me permets de rappeler les récentes hésitations officielles devant les dons du roi Humbert au musée ou de la reine Marie José à la Sainte Chapelle, sans parler des réticences ostentatoires devant les derniers « prétendants » et leurs proches…. Bien sûr « ils »  ne nous ont pas laissé grand chose ni du Saint Suaire, ni de leurs trésors, ni de leurs collections, ni de leur mobilier, on a même « chuchoté » que le dernier roi, Humbert II, a bénéficié de certains vols d’ouvrages précieux de la bibliothèque municipale dans les années 70 et Chambéry reste une vieille dame divorcée, cambrée dans ses dépits.


Peut-elle être autre chose ? elle semble d’ailleurs avoir cultivé les malchances et les occasions manquées dans une histoire souvent négative. On a perdu au XVe siècle la communauté juive (soi-disant interdite ici, mais cependant bien admise en Piémont), se privant curieusement d’une richesse et d’une perspective humaines) qui a certainement bloqué presque définitivement les perspectives économiques puisqu’on n’a jamais retrouvé ici d’individus capables d’initiatives profitables pour la plus grande joie des clans de robins ou de rentiers locaux. C’est encore pour le profit de ces derniers que la Grande Révolution s’est effectuée en ne nous laissant que les ruines fumantes du château (incendié en 1798) et les vestiges des couvents et églises démantelés, c’est encore cette mentalité qui explique la malchance d’avoir laissé Annecy et Grenoble prendre de l’avance lors des révolutions industrielles des XIXe et XXe siècles (rappelons ici les commentaires aigres et critiques du grand géographe Raoul Blanchard sur le « vide chambérien »). Rien n’a été épargné à une ville finalement maladroite en laissant sa noblesse disparaître à Turin puis à Paris et ailleurs avec ses collections, sa bourgeoisie se cramponner à des visions sectaires et limitées (refus d’accepter les legs éventuels du richissime Pantaléon Costa de Beauregard refus d’encourager les dons du grand marchand d’art florentin Gariod, refus de se lancer dans la grande industrie, refus même de profiter de la générosité impériale après 1860 ou des perspectives de la Reconstruction et des « trente glorieuses » après le triste bombardement de 1944).

Il ne sert à rien de se lamenter sur un passé irrévocablement disparu et sur des faiblesses humaines finalement éternelles. La géographie n’a pas beaucoup aidé l’essor local malgré une situation fort intéressante au croisement essentiel de deux grandes routes nord-sud (de Genève à Valence) et est-ouest (de Lyon à Turin), mais il n’est pas facile de s’installer ici dans une cluse étroite, marécageuse, peu propice à la circulation et même à l’habitat. En effet depuis des siècles on ne sait comment concilier ici la circulation transalpine internationale franco-italienne et les besoins locaux. Les contournements s’avèrent perpétuellement dépassés par les progrès du commerce et de la circulation que l’on a de plus en plus de mal à assurer. Alors contentons-nous, disait-on, de la médiocrité locale des services locaux judiciaires (une cour d’appel héritière de l’ancien Sénat défendue becs et ongles contre les prétentions parisiennes), religieux (un archevêque, métropolitain qui plus est), administratifs (des directions régionales des douanes et des chemins de fer) ou commerciaux (une belle collection de produits alimentaires : chocolats, pâtes, épicerie, vermouths, et chacun de croire pendant des générations que tous ces petits équilibres étaient éternels sans s’apercevoir de l’émigration vidant sans arrêt l’élite locale de bien de ses meilleurs éléments, en se privant d’ailleurs parallèlement d’immigrants utiles et valables….. Inutile d’avoir ici trop d’ouvriers si dangereux pour la paix sociale, quel danger de disposer de capitalistes forcément « étrangers », trop riches et inévitablement « ignorants » ! Pas question non plus d’avoir des étudiants forcément bruyants ni même des touristes si gênants en été et qui n’ont qu’à aller dans les stations thermales voisines ou se fatiguer en montagne. Le patrimoine ? à quoi bon s’en préoccuper du fait de sa « modestie » ? les émigrés ? inutile de les relancer d’autant qu’ils ont oublié rapidement leurs origines (on est loin ici de « l’internationale genevoise »), les immigrés ? (trop pauvres pour être intéressants).


Et pourtant, nonobstant une petitesse géographique et démographique frôlant souvent la médiocrité, la ville n’a jamais manqué de sauvetages intéressants ou d’initiatives utiles. Bien sûr la Maison de Savoie n’a pas beaucoup favorisé de fait la cité, mais relevons le don symbolique et rare du comte Amédée VI en 1381 d’un espace vide et vert (le « Verney ») aux portes de la ville et n’oublions pas non plus les velléités du duc Charles-Emmanuel II, bien sous estimé par l’histoire, et qui, au XVIIe siècle, tenta vainement de relever ici le commerce et l’industrie. On a parlé du palais de justice, dernier cadeau de la monarchie à la veille de l’annexion (en 1859), mais il était bien temps de rattraper les promesses si peu tenues des rois de Sardaigne pour loger dignement ici le glorieux Sénat de Savoie, et leurs constants refus de créer ici une université.

L’époque contemporaine nous procura néanmoins de belles personnalités. Le comte de Boigne avait connu une grande vie d’aventures aux Indes au XVIIIe mais il n’appartenait pas du tout à l’élite locale et c’est indéniablement contre elle qu’il se montra si généreux envers sa ville natale entre 1815 et 1837, contraignant ses contemporains à accepter ses dons en faveur d’une rue transversale bien tardive certes et pourtant si utile et en rappelant son intérêt pour les casernes, pour le collège, pour le théâtre, pour l’hôpital et pour l’hospice. On peut légitimement s’interroger sur le sort de Chambéry sans ses pulsions et interventions. Par la suite, deux personnalités ont œuvré efficacement (mais non sans mal) pour secouer la torpeur locale : dans la dernière décennie du siècle, à la tête de la municipalité puis du conseil général, Antoine Perrier relança les services (l’hôpital de Montjay, le lycée de filles, l’école normale), le patrimoine (le musée bibliothèque) et les affaires (usines d’électricité et d’aluminium). Enfin un bon demi siècle après, Pierre Dumas maire et député, peut s’enorgueillir d’avoir donné à la ville une institution universitaire dont elle rêvait depuis longtemps ainsi qu’un accroissement utile et réel en superficie (avec l’annexion des petites communes voisines de Bissy et de Chambéry le Vieux) et en potentiel économique (avec les zones industrielles et l’usine du Verre-textile Saint Gobain) et social (avec les zones dortoirs du Biolay et de Chambéry le Haut). Bien sûr les créations contemporaines (la salle Malraux, la nouvelle médiathèque, la relance du tourisme et des transports en commun, la piscine de Buisson Rond) montrent combien il reste toujours et mieux à faire, mais les bonnes volontés n’ont enfin pas manqué, ni les réveils et les prises de conscience non plus. Chambéry peut ainsi faire valoir ses atouts et ses réalisations dans le grand jeu de la modernisation du massif alpin au moment de la mondialisation, et plus précisément dans la construction européenne et les effets des bouleversements économiques actuels (la relation ferroviaire entre Lyon et Turin et bien sûr les perspectives de la révolution informatique). Certes on a toujours peur de la concurrence des villes voisines, de la crise économique et financière susceptible de ramener la torpeur d’antan et de « casser » les nouvelles perspectives, mais enfin il en est des villes comme des individus, aucune tendance ne se montre continue et Chambéry ne manque ni d’atouts ni de dangers, ni de réflexions à tirer d’un riche passé…..


Bien sûr Chambéry ne vaut pas une capitale nationale ou régionale, mais même dans sa simplicité (60.000 habitants intra muros, 100.000 avec la première banlieue, 200.000 dans l’agglomération entre Aix les Bains et Montmélian, soit la moitié du département) la ville se targue d’être capitale traditionnelle de la Savoie, ou même des Alpes, et ne manque pas d’autosatisfaction. Tout est affaire de chance ou de profit, avoir au bon moment les bons moyens humains et matériels pour faire de bons choix….. Que serait devenu Chambéry si les princes étaient restés ici, si les Savoyards avaient gardé (ou conquis) Genève, si la France avait conservé la Savoie en 1815, si le bombardement de 1944 n’avait pas eu lieu ? Hors de la froideur internationale de Genève, de la richesse haut-savoyarde, de la masse turinoise, de l’agitation de Grenoble, il fait bon vivre à Chambéry (avec des lacs si proches, des montagnes aussi variées, des frontières aussi excitantes, des moyens de transport si complémentaires). Mais encore faut-il qu’il y fasse bon travailler, donc y étudier en amont, et y rester en aval. Guillaume Dufay y travailla, Jean-Jacques Rousseau s’y forma, Joseph et Xavier de Maistre y commencèrent leurs carrières – et y seraient bien restés s’ils n’avaient eu à souffrir la Révolution –, Lamartine y flirta et s’y maria. Bien sûr ils ne surent ni ne purent y rester mais en tous les cas tous ont dit s’y être plu. Inévitablement on y souffre incurablement de ne pas avoir de rivière ni de plan d’eau, comme certaines voisines mieux dotées (et enviées … mais ne le répétez pas !), mais il est si agréable d’y flâner ou de bénéficier d’une vie culturelle, artistique et musicale aussi riche (avec un grand nombre de sociétés, d’associations et de manifestations et si l’envie vous en prend, la possibilité d’aller aisément profiter de celles de Lyon, de Genève ou de Turin), ce qui explique que bien des retraités, bien des « cadres » entendent y rester, et que bien des émigrés veulent y revenir (évidemment, on préfèrerait disposer de résidents plus jeunes mais force est quand même d’en profiter au mieux…). Comme ailleurs on peut déplorer les grands ensembles, les mélanges ethniques et nationaux, la délinquance et la dégradation des mœurs mais plus qu’ailleurs il est de bon ton de souligner le calme général et les relatives « bonnes » manières de la « bonne société » d’une ville qui a souvent l’illusion (ou la prétention) d’être une oasis de « mesure » et d’équilibre social, politique et culturel, ce qui n’est pas juste bien entendu mais ce qui n’est quand même pas si faux néanmoins…..


Puisse le congrès de l’APHG vous avoir permis de vous faire une idée de cet ensemble de contrastes et de contradictions, une vieille dame avec des prétentions de jeune fille, un mélange subtil et pittoresque de prétentions et d’hypocrisies, c’est peut-être là le meilleur de son caractère et de ses ambitions passées et présentes.


 

Date de création : 16.05.2012 @ 8:00 PM
Dernière modification : 16.05.2012 @ 8:00 PM
Catégorie : IXe Agoras


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