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IXe Agoras - Hugues François :Les enjeux du changement climatique révélateurs des contraintes issues de la construction des stations de sports d’hiver

La montagne face aux incertitudes du changement climatique : un enjeu global d’appréhension d’un phénomène

 

 

François Hugues

Docteur en géographie de l’IGA

Chercheur en économie régionale et aménagement du territoire

Cemagref Grenoble / Chercheur- associé Pacte-Territoires en 2006

Mail : Hugues François

 

 

Conférence

La montagne face aux incertitudes du changement climatique : un enjeu global d’appréhension d’un phénomène

 

En ce début de millénaire, le changement climatique revêt les habits de mal du siècle prédisant, à l’horizon 2100, un véritable cataclysme pour les sociétés humaines et leur organisation actuelle. Par delà le catastrophisme de certains, force est de constater l’impérieuse nécessité de reconnaître la réalité des bouleversements induits par l’évolution du climat sur nos pratiques de gestion des territoires. Plus que de céder aux sirènes d’un discours alarmiste, il convient au contraire de songer dès à présent à se doter des moyens pour garantir une prise de décision mesurée. En effet, à l’heure actuelle, aussi probables que soient les modèles prospectifs mobilisés par les experts, leur réalisation demeure chargée d’incertitudes liées à la capacité d’adaptation des êtres vivants, des sociétés et, plus globalement, aux effets de rétroaction, difficiles à envisager de manière exhaustive.

 

L’incertitude est une question centrale qui s’affirme par-dessus toutes les autres : comment aujourd’hui prendre des décisions et procéder aux nécessaires arbitrages politiques dans un monde en changement permanent, où les références du passé ne valent plus pour l’avenir ? Plus que la nature des actions adaptatives, ce sont donc les moyens aidant à la prise de décision qui doivent faire l’objet de toutes nos attentions. A ce titre, les modalités locales de réalisation du changement global constituent une réelle source d’interrogations. Le cas des zones de montagne, fortes de leurs spécificités naturelles et de leur diversité, présente une situation particulièrement complexe. Patchwork de conditions climatiques parfois extrêmes et d’écosystèmes, il y a là autant d’éléments qui font de la montagne un territoire d’exception susceptible d’apporter bien des enseignements sur les effets du changement climatique.

 

De facto, les espèces végétales ou animales qui peuplent les massifs se sont au fil du temps adaptées aux conditions particulières de la vie en altitude. Les milieux les plus extrêmes sont les plus finement ciselés. L’adaptation des espèces y est une gageure de leur survie et contribue à l’émergence de caractéristiques très marquées et de fonctions très spécialisées. Dans ces conditions naturelles peu favorables au maintien de la vie, l’équilibre existant est précaire face à la rapidité du changement global estimé. La dynamique des écosystèmes, particulièrement sensible aux changements, fait donc de la montagne un témoin de premier plan du changement climatique (dimension d’ores et déjà reconnue à travers l’observation des glaciers et de leurs mouvements).

 

Aussi important que soit ce témoignage, il ne constitue pas l’unique contribution que la montagne peut potentiellement apporter aux débats actuels sur l’évolution du climat et ses conséquences. Loin d’être un réceptacle passif des évolutions externes, elle est également un milieu dynamique et innovant tant du point de vue des activités humaines qui s’y développent que des politiques publiques d’aménagement du territoire. Dans le cadre du changement climatique, on distingue habituellement deux types de mesures : atténuation et adaptation. Dans chacun de ces registres, la montagne peut présenter le visage de l’excellence.

 

Outre une dimension reconnue de puits de carbone que lui confère l’étendue de ses forêts, la sensibilité des milieux naturels est également un moyen de suivi des actions et de leurs effets. En outre, le maintien de la qualité de ces milieux et la participation de la montagne à l’effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) dépendent étroitement des activités humaines et de leur capacité à s’adapter à la nouvelle donne du changement climatique et à se maintenir (le développement de la filière bois pour la construction ou la production d’énergie est un exemple phare de cette impérieuse adaptation, mais il en va de même pour le tourisme, l’évolution des formes d’accueil en montagne et le développement des transports en commun dans un contexte d’augmentation du prix de l’énergie et donc des coûts de la mobilité).

 

La montagne étant en première ligne du changement climatique, tant du point de vue des écosystèmes que des sociétés humaines, l’enjeu de son adaptation dépasse les seules limites des massifs. Les mutations dues au changement climatique précéderont probablement celles sur d’autres types de territoires. Dans ce sens, la montagne constitue un enjeu stratégique d’observation des modifications de l’environnement et des activités humaines ainsi que des réponses émergentes face au changement climatique. Avant-garde d’un phénomène mondiale, elle donne un regard neuf et concret sur le changement climatique, phénomène global à l’horizon lointain.

 

1 Le changement climatique appliqué aux milieux montagnards

 

A l’heure actuelle, il existe peu de données spécifiques à la montagne dans la production de connaissances sur le thème du changement climatique. En effet, la prospective actuelle est principalement portée par le GIEC, Groupement intergouvernemental d’experts sur le climat, qui réunit des chercheurs de plusieurs nationalités proposant une lecture mondiale du changement climatique. Le rapport du GIEC publié en février 2007 pose deux conclusions principales. La première concerne l’implication de l’homme et de ses activités dans le phénomène de réchauffement global. Dans le moindre des cas, ils constituent un facteur aggravant.

 

La seconde conclusion propose une nouvelle évaluation de l’évolution des températures d’ici 2100. Comprise entre +1,1°C et +6,4°C cette augmentation cristallise les débats sur le changement climatique. Elle n’est pourtant pas la seule variable à considérer. L’accroissement généralisé des températures ne représente qu’une moyenne des variations plus ou moins importantes localement. De plus, d’autres facteurs définissent un climat, notamment le volume et la nature des précipitations qui peuvent bouleverser des équilibres naturels, économiques ou politiques à différentes échelles. Plus que d’un réchauffement, il faut parler de changements climatiques au sein d’un phénomène de transformation planétaire.

 

Tous les types d’espaces ne sont pas également impactés par le changement climatique. Outre la sensibilité de certaines zones comme la montagne, évoquée précédemment, le phénomène en tant que tel apparaît pour l’heure d’une nature particulière. Si la modélisation interne aux massifs est encore difficilement réalisable, des mesures des températures existent qui permettent aujourd’hui d’affirmer que leur accroissement constaté est de deux à trois fois supérieur à celui de l’ensemble de la Terre depuis le XIXème siècle : on passe ainsi d’une élévation estimée à 0,6°C à l’échelle mondiale à une augmentation de l’ordre de 1,5°C dans les Alpes ! De nouveau, la montagne apparaît en première ligne du front climatique.

 

Le régime des précipitations est lui aussi amené à évoluer. La tendance probable selon les scénarios de régionalisation des modèles climatiques se dirige vers des précipitations plus importantes en hiver et moindres en été. Qualitativement, cette évolution mise en parallèle de celle des températures, constatée et à venir, il risque d’y avoir des répercussions importantes, notamment sur les chutes sous forme de neige (au Col de Porte, Isère, Météofrance constate une diminution de l’ordre du tiers de la hauteur de neige au sol moyenne en 40 ans) et donc sur la capacité de la montagne à stocker l’eau en altitude pour la restituer aux périodes où elle est plus rare. Les implications d’une telle dynamique sont nombreuses et dépassent le territoire de la seule montagne pour concerner l’ensemble des zones pour lesquelles cette dernière joue le rôle de château d’eau. Dans ce domaine, les décisions prises en montagne sont cruciales tant les mesures qui en découlent engagent une multitude de zones en avals.

 

2. La biodiversité et les ressources naturelles directement touchées par l’évolution du climat

 

La question de la fragilité des écosystèmes montagnards a d’ores et déjà été évoquée comme un témoin du changement climatique et de la variété de ses impacts. Plus sensibles, elles doivent également composer avec une évolution du climat particulièrement marquée. Il faut également prendre en compte l’organisation des écosystèmes montagnards.

 

La structure en étage de la montagne constitue une particularité structurante pour l’ensemble de la faune et de la flore. On parle généralement de l’avancée septentrionale des espèces, mouvement qui se traduit également par une remontée altitudinale en zone de relief (pour donner un ordre d’idée, au regard des conditions actuelles on constate qu’en moyenne la température s’abaisse d’un degré tous les 150 mètres). Les impacts d’une telle avancée en altitude peuvent se révéler divers. Si on considère la biodiversité dans sa globalité, une première conséquence apparaît : les restrictions spatiales à l’expansion d’une espèce augmentent avec l’altitude. La situation est alors celle d’une concurrence nouvelle entre les espèces plus ou moins favorisées par les conditions climatiques. La situation des prairies alpines et de la remontée des forêts illustre clairement le risque de disparition d’écosystèmes existants.

 

Cette nouvelle donne de la mobilité implique en outre la possibilité d’apparition d’espèces invasives, plus concurrentielles étant donné les nouvelles conditions naturelles. Si l’exemple vaut pour les plantes, l’apparition de nouvelles espèces animales doit également être envisagée, notamment en ce qui concerne les parasites. Le développement du bostryche s’attaquant aux épicéas touche une essence emblématique des zones de montagne. Le problème du feu bactérien tel qu’il s’est récemment déclaré et diffusé dans les Alpes était jusqu’alors inconnu.

 

Les reliefs constituent également un facteur limitant à la mobilité de certaines espèces. Les vallées peuvent se révéler un véritable obstacle pour migrer d’une crête à une autre, barrière renforcée par l’urbanisation des fonds de vallée. Pour certains végétaux, cette configuration peut constituer une barrière infranchissable.

 

3. Des activités économiques sensibles

 

La sensibilité de l’environnement montagnard au changement climatique a des conséquences directes sur les activités économiques. L’agriculture qui doit également composer avec les rudes conditions climatiques de l’altitude est directement concernée par leur évolution. De prime abord, leur amélioration peut apparaître comme un facteur positif. Ainsi, l’augmentation des températures laisse-t-elle présager de rendements plus élevés.

 

Néanmoins, cette possibilité devra composer avec l’émergence de facteurs limitant et leur impact sur les pratiques agricoles. Dans le cas du pastoralisme, la modification du régime des précipitations impacte directement les possibilités d’exploitation d’un alpage. Si la période végétative commence plus tôt, elle pèse plus précocement sur les ressources en eau et la situation peut se révéler critique pour affronter le cœur d’étés plus arides qu’auparavant. Un allongement probable de la saison d’alpage à l’automne doit, quant à elle, tenir compte des conditions d’ensoleillement et de la moindre durée des jours. Finalement, on constate d’ores et déjà une diminution du gain de poids des bêtes durant la période d’estive.

 

Cette question de l’enherbement des alpages pose également celle de la capacité de production fourragère. Outre un impact économique direct sur l’agriculture, les conséquences sur les productions d’origine géographique certifiée (AOC notamment) doivent être envisagées. Le recours à des intrants extérieurs à la zone de production délimitée s’oppose généralement au cahier des charges associé à l’appellation d’origine.

 

Dans le cas de la sylviculture, fortement présente en montagne, les facteurs climatiques que sont les températures et les précipitations impactent directement la croissance des arbres. La sécheresse entre autres est fortement redoutée et la perspective du changement climatique chargée d’incertitude. Les questions sont d’autant plus prégnantes que l’exploitation forestière se conçoit dans le long terme : les essences plantées aujourd’hui conditionnent les possibilités d’exploitation à venir (30, 50 ans voire au-delà). Se pose donc dès aujourd’hui le problème de leur adaptation aux conditions climatiques futures, et plus particulièrement face à des étés plus secs et plus chauds. En outre, des arbres affaiblis sont autant de facteurs aggravants qui favorisent l’installation de maladies et de parasites. Se pose également la question de la contribution d’une forêt amoindrie à la lutte contre les risques naturels.

 

Hors de la sphère agricole, le tourisme risque également d’être touché par l’évolution du climat. La remontée altitudinale probable de la limite pluie – neige constitue une variable décisive dans l’exploitation des stations de sports d’hiver, mais reste encore l’inconnue de l’évolution de certains micro-climats. De plus, l’activité touristique devra composer avec de nouvelles contraintes telle que l’augmentation du coût de l’énergie pesant sur l’exploitation du bâti et sur la mobilité des individus. Le développement de la période estivale, en compensation d’une moindre fréquentation hivernale, est une solution souvent envisagée mais présente également nombre d’incertitudes quant au comportement à venir des touristes et sur le modèle économique à mettre en place.

 

4. Des territoires à risques : entre craintes et incertitudes

 

La crainte d’une recrudescence des risques naturels est directement animée par le lien médiatique entre le changement climatique et l’augmentation du nombre de cyclones et de leur intensité. En France, cette peur est relayée par une suite d’événements météorologiques violents : la tempête de 1999, la sécheresse de 2003 et les inondations successives dans le département du Gard. En montagne, où le risque naturel est particulièrement présent et polymorphe, son évolution demeure incertaine.

 

Si la preuve du lien avec le changement climatique n’est pas avérée, il existe des craintes bien réelles quant à l’évolution des aléas naturels en zone de montagne. Le déséquilibre du régime des précipitations peut, selon ses variations, avoir un impact important sur les phénomènes d’écoulement. La fonte du pergélisol peut contribuer à un apport de matériaux aggravant les crues torrentielles. Les glaciers présentent également leur lot d’incertitudes : lac de glacier ou formation de poches d’eau internes. La fréquence et l’intensité des avalanches posent également question en cas d’augmentation des chutes de neige à haute altitude ou de réchauffement précoce. Ainsi, sans pour autant changer de nature, le risque pourrait se renforcer.

 

Enfin, jusqu’alors la seule dimension abordée est celle de l’aléa naturel. Pourtant, l’évolution des sociétés humaines et de leur comportement est une nouvelle fois une inconnue de taille. Tout risque doit effectivement être analysé comme la mise en relation d’un aléa et d’une vulnérabilité. L’évolution des modes d’occupation de l’espace au regard du changement climatique constitue ainsi un facteur d’incertitude quant à l’impact futur des risques naturels. De plus, l’artificialisation des milieux conséquente aux aménagements d’origine humaine constitue également un facteur rentrant en interaction avec l’aléa naturel.

 

Organisation du numéro spécial de la RGA et auteurs envisagés

 

1. L’aménagement de la montagne

1.1 Le regard des élus de la montagne : le changement climatique, une invitation à revisiter la politique d’aménagement des zones de montagne – la question de l’adaptation

H. François (Cemagref – Grenoble / Auteur du rapport ANEM) et E. Hatt (Université de Pau / réalisation d’un rapport de synthèse sur le changement climatique pour le compte de la DIACT-Alpes)

1.2. L’atténuation en zone de montagne : vers un territoire exemplaire ?

Auteur envisagé : A. Mignotte (Directeur CIPRA France)

 

2. Les milieux montagnards

2.1. Des écosystèmes témoins

Auteur envisagé : A. Delestrade – CREA – programme de recherche phénoclim

2.2. La question des risques, une question représentative des incertitudes du changement climatique

D. Richard et E. Marcelpoil (Cemagref de Grenoble)

 

3. Les activités traditionnelles

3.1. L’activité forestière : des incertitudes sur la capacité de production et développement de nouveaux débouchés

Recherche d’un auteur potentiel (thèmes privilégiés : parasites, essences ou restructuration de la filière bois alpine)

3.2. Pastoralisme – agriculture : une diminution des contraintes versus une refonte des systèmes d’exploitation

Contacts en cours avec la FAI (B. Caraguel) et GIS Alpes du Nord (L. Dobremez)

 

4. Les activités "modernes" – le tourisme

4.1. L’impact sur les formes de tourisme existantes et formes de réponse

Auteurs envisagés : Bürki, Elsasser, Abegg

OU C. Gauchon (EDYTEM – université de Savoie) sur la question des formes de réponse.

4.2. Le développement de nouvelles alternatives, notamment estivale et la capacité de réponse des territoires de montagne

Pour le moment difficile de trouver quelqu’un sur cette question spécifique => envisagé Tobias Luthe (contact en cours) pour le programme de recherche « ski sustain » qui s’intéresse au changement global, y compris des comportements touristiques et démographiques en posant la question du changement climatique comme opportunité pour revisiter l’offre des stations de sports d’hiver

 


Date de création : 15.06.2010 @ 0:05 PM
Dernière modification : 16.05.2012 @ 7:44 PM
Catégorie : IXe Agoras


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