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Sorties / Culture
Compte rendu de sortie - 2009 - Le Rhône Jurassien
Les Journées d’études de la Régionale, 19/20 juin 2009
 
Le Rhône jurassien, entre Bugey et Savoie, frontière ou lien ?
De l’identité à la pratique territoriale
 
 
DDeux comptes-rendus pour vous permettre de vous remémorer cette sortie, par Pierre Foucras et Gilbert Perrin.
 
Initialement, nous avions intitulé nos journées de juin 2009 le « Haut Rhône français, entre Bugey et Savoie ». Nous devrons désormais dire le « Rhône jurassien », tient à rectifier Robert Mériaudeau, l’un de nos interlocuteurs, que plusieurs d’entre nous connaissaient depuis leur formation étudiante à l’IGA de Grenoble. En effet nos voisins suisses ne comprennent pas comme nous le vocable de « haut Rhône » (cela désigne pour eux, logiquement, le Rhône helvétique à l’amont de Genève ou du Léman). Ces deux journées de rencontres nous ont ravis grâce à la qualité des interventions dont nous avons profité. 
Avec ce grand moment lors de la conférence des historiens, André Palluel-Guillard et Stéphane Gal, dans le cellier du Clos des Capucins à Yenne, où nous avions trouvé le gîte (beau bâtiment conventuel réaffecté). Sans s’être donné le mot en aucune façon, ils nous ont offerts deux perceptions historiographiques bien différentes, pour ne pas dire opposées, tant de l’espace étudié, lieu frontalier de part et d’autre du Rhône, mais aussi – surtout – du personnage de Charles-Emmanuel Ier. Ce duc de Savoie qui dut céder la Bresse et le Bugey à Henri IV en 1601 au traité de Lyon, non sans avoir préalablement pu récupérer le marquisat de Saluces, recentrant son duché sur les Alpes et le Piémont. Image d’un piètre souverain, "looser", voire quasiment "crétin des Alpes" pour A. Palluel-Guillard, reprenant là l’image forgée par l’histoire traditionnelle et notamment celle du grand historien Jules Michelet au XIXe siècle ; surprenant et habile diplomate, pour S. Gal proposant un réexamen du personnage, propre à déconcerter ses contemporains par des initiatives inattendues, afin d’affirmer l’existence de son duché face aux grandes puissances européennes d’alors, royaumes de France et des Habsbourg d’Espagne. De cette diplomatie, déroutante peut-être, a pu naître, un siècle plus tard, le royaume de Piémont-Sardaigne, futur initiateur de l’unification italienne au XIXe siècle. De l’histoire sur la durée et un superbe débat offert par les deux historiens.
Autre moment privilégié, la rencontre d’un des principaux administrateurs de la Compagnie nationale du Rhône, Monsieur Christian Jimenez, sur le site du barrage de Belley, qui nous a rappelé le rôle de cette compagnie depuis la grande crise des années 30 (modèle pour la TVA de Roosevelt) jusqu’à nos jours, et exposé les transformations de la vallée du Rhône dans cette région, de Genève à Lyon, ainsi que les enjeux d’aménagement durable du territoire.  
Un moment d’émotion, avec Robert Mériaudeau, maire de Brégnier-Cordon, notre professeur donc, affaibli par une grave maladie, mais néanmoins en assez bonne forme pour nous recevoir une matinée entière (avant un rendez-vous en préfecture à Chambéry) et nous présenter les évolutions de sa commune riveraine du Rhône. Brégnier-Cordon, un « angle-mort » dans le coude du Rhône, la commune « la plus éloignée de la préfecture » du département de l’Ain, « coincée entre trois départements voisins » ? Les formules, un brin provocatrices, étaient choisies pour piquer notre interlocuteur et lancer le débat. R. Mériaudeau l’a bien saisi et nous a fermement convaincu du contraire en resituant sa commune dans son environnement proche : 1h-1h30 de Bourg-en-Bresse, sans doute, mais 25 mn de Chambéry et 40 mn de Lyon ; une croissance démographique soutenue ; un développement économique manifeste ; une recherche des synergies dans des partenariats avec les communes voisines ; et le tropisme assurément marqué vers "l’outre Rhône" (Pont de Beauvoisin, les Avenières, Morestel, Chambéry même, un peu plus loin mais encore proche, voire Lyon et Grenoble. Le département de l’Ain a certes une géographie complexe, et les problématiques sont évidemment bien différentes entre les pays qui le composent, la Bresse, la Dombes, la plaine de l’Ain, le Bugey, la vallée du Rhône ou le pays de Gex.
Que ceux qui ne connaîtraient pas les ressources culturelles, historiques ou naturelles locales ne manquent pas de visiter le petit musée « Escale haut Rhône » à Brégnier-Cordon dont R. Mériaudeau est un des pères fondateurs (et dont il pourrait faire changer le nom !), la Maison des enfants déportés d’Izieu toute proche, le musée géologique de Cerin, le musée gallo-romain d’Aoste (côté Isère), ou d’effectuer la promenade naturaliste des Iles du Rhône à Brégnier-Cordon ou celle des marais de Lavours (visites guidées ou plaquettes naturalistes à demander ou télécharger). Tout cela vaut le coup.
Emotion le lendemain quand nous revîmes R. Mériaudeau aux informations TV sur les lieux du drame de l’hélicoptère de Walibi, au Mont Cordon d’où nous analysions le paysage 24h plus tôt.           
                                                                                                                                    P. Foucras
 
 
Le haut Rhône identifie le pays des sources d’un grand fleuve. Les émissaires des glaciers alpins sont alimentés par les plus hauts européens. Le Valais suisse regroupe les apports de l’Oberland (glacier d’Aletsch) et de la chaîne pennine (Mont Rose - 4634 m), surcreuse le lac Léman entre les Alpes et le Jura.
Le Faucigny savoyard par la vallée de l’Arve regroupe les apports du Massif du Mont-Blanc (4810 m).
Genève (375 m) contrôle la confluence de l’Arve et du Léman dans son quartier de la Jonction. Le Rhône devenu français doit traverser les chaînons jurassiens : les plus élevés dominent à l’ouest (Crêt de la Neige - 1919 m) ; le Rhône s’élance vers le sud dans un tracé en baïonnette, utilisant les axes synclinaux et un système complexe de cluses. En amont de Lyon il forme un delta intérieur à la confluence de l’Ain (207 m) entre Dombes/Bresse et Bas Dauphiné.
Le profil vertical fait alterner des plateformes d’épandage (Léman – Chautagne/le Bourget – marais de Morestel – plaine de Lagnieu – plaine de Vaulx en Velin) et des zones de rapides à Sault-Brénaz ou de pertes souterraines à Bellegarde. La remontée du fleuve devait affronter des difficultés jusqu’à Seyssel ; Genève restait inaccessible.
 
L’organisation territoriale reste émiettée entre les chaînons, les gorges torrentielles, les lacs et leurs prolongements marécageux. Mais la fonction de passage reste un élément de décloisonnement. La rencontre-débat, vendredi 19 juin au Clos des Capucins à Yenne, apporte l’éclairage historique. André Palluel-Guillard identifie cet "angle mort" entre les principautés médiévales. La route romaine reliait les Gaules Cisalpines (Aoste, Turin) et les Gaules Transalpines (Vienne, Lyon), longeant les marais de Morestel, d’Aoste proche du Guiers, escaladant le mont de l’Epine entre Aiguebelette et Chambéry, en direction des cols alpins (Petit St-Bernard en Tarentaise, Mont-Cenis en Maurienne). Ce flux d’échange produira un conflit permanent après l’An Mil entre les principautés dauphinoises et savoyardes. La frontière sera stabilisée au traité de Paris (1355). Le Rhône, sauvage et fantaisiste, devient la frontière entre les Guiers issus de Chartreuse et Lyon. Les enclaves sont l’objet d’échanges : le Faucigny (vallée de l’Arve) devient savoyard, les Terres Froides de la Côte Saint-André au Voironnais entrent dans la mouvance royale du Dauphin (futur Louis XI).
Entre le Guiers et le lac Léman la suzeraineté savoyarde se renforce grâce à d’habiles mariages et absorption des fiefs religieux. L’axe rhodanien supérieur assure la cohésion depuis la Saône jusqu’au delà des Alpes. Les seigneurs locaux maintiennent une forte autonomie s’appuyant sur une relative prospérité agricole, le transit du commerce et de la contrebande (ils soutiennent Mandrin au XVIIIe siècle). Les quatre cantons d’Avant-Pays profitent du goulot d’étranglement des Monts de l’Epine : Yenne devient le terminus de la difficile navigation sur le Rhône ; Pont de Beauvoisin sur le Guiers devient le prototype des villes doubles avant Seyssel. Belley reste la capitale du prince-évêque, contrôlant les chemins du Bugey, surtout la Cluse des Hôpitaux. Bellegarde reste la porte sud de Genève entre le défilé de l’Ecluse et la Cluse de Nantua. Entre l’Ain et la Saône, les étangs paludéens deviennent une zone tampon avec le royaume. Pourtant des ducs séjournent autour de 1500, pratiquant une politique d’équilibristes entre les grands monarques européens.
L’épopée bourguignonne est stoppée par les cantons suisses en 1476 à Morat et Grandson, au nord du Léman. Marie de Bourgogne conserve les Pays-Bas autour de Bruxelles et la Franche-Comté, épouse Maximilien de Habsbourg, leur fille Marguerite d’Autriche devient un enjeu européen ; promise à Charles VIII, elle épouse pourtant l’Infant d’Espagne, puis le duc de Savoie, Philibert le Beau. Jeune veuve, Marguerite fit construire à son mari le mausolée de Brou en Bresse (1506) et devient conseillère écoutée de son neveu l’Empereur Charles Quint.
Les états de Savoie complètent l’enjeu des guerres d’Italie, François Ier abusant de son ascendance maternelle, ordonne une première occupation. Sa défaite à Pavie en 1525 réaffirme l’influence des Habsbourg. Où trouver une sécurité pour la puissance ducale ? Dombes et Bresse sont trop menacées par la France, Chambéry trop proche du Dauphiné, Genève apparaît plus centrale, bien reliée à Turin par le col du Grand St-Bernard. En 1602, la tentative d’escalade des murs du duc Charles-Emmanuel Ier est un échec définitif.
Le conflit religieux complique l’équation politique. Genève assure son indépendance comme capitale calviniste, Turin devient la sécurité de la puissance ducale alors que la route des Habsbourg (Milan - Vienne - Bruxelles) se détourne vers le Rhin et les Grisons.
Stéphane Gal apporte un éclairage contradictoire sur le XVIIe siècle. Le bilan désastreux du règne de Charles-Emmanuel Ier (1580-1630), de ce duc qui voulait être roi, doit être reconsidéré dans la perspective de l’émergence de l’absolutisme et du tropisme italien des princes de Savoie.
L’équilibrisme entre Habsbourg et Bourbon devient instable. Les retournements d’alliance disqualifient leur astucieux promoteur. Les problèmes d’Henri III, les combats de Lesdiguières et d’Henri IV affaiblissent le versant français. La division des Habsbourg après l’abdication de Charles Quint (1555) ouvre un jeu politique digne de Machiavel en Italie. Les impériaux de Vienne contrôlent l’Europe centrale alors que Philippe II d’Espagne soutient les conflits maritimes de la Méditerranée à la Mer du Nord. Si Lesdiguières harcèle Chambéry et Saluces, les Espagnols avancent depuis Milan ou déferlent par Nice et la Provence. Charles-Emmanuel Ier choisit la carte des Bourbon en 1599, alors que pâlit la prépondérance espagnole. Il s’invite au Louvre, à Paris, en plein conflit, affiche un train de vie digne d’un grand monarque, se fabrique une légitimité, pratique une diplomatie directe, de cœur à cœur. Son activisme ménage des surprises pour casser la cadre du duché des montagnes, multiplie les initiatives. La paix de 1601 réduit ses états entre Rhône et Méditerranée : Dombes-Bresse-Bugey (futur département de l’Ain) passent sous la mouvance royale mais réclament une identité savoyarde. A l’est du Rhône, les pays de Savoie continuent leur équilibre instable sous la direction de Turin. L’alliance avec l’Autriche en 1711 leur permet d’obtenir le titre royal (pour la Sicile avant la Sardaigne). L’annexion révolutionnaire et le premier empire français sont suivis de la "restauration sarde". Napoléon III soutient l’unité italienne, refoule les Autrichiens au profit de la maison de Savoie : les ducs –petits rois – deviennent rois d’Italie (1860-1946). Leurs possessions versant ouest des Monts rejoignent les départements français (73-74-06). En 1962, la création de la Région Rhône-Alpes resitue le Rhône jurassien en axe de liaison Ain-Savoies. Lyon, métropole économique, peut compléter son influence sur le Bas Dauphiné et l’Avant-Pays savoyard.
 
L’interface entre grands axes européens.
L’Europe déploie deux grands axes dynamiques entre les mers périphériques du Nord et la Méditerranée : l’axe français (Le Havre-Lyon-Marseille) se connecte à l’axe principal (Rotterdam-Zurich-Milan) par des diffluences transversales au profit de l’axe helvétique (Bâle-Genève) et du Sillon alpin (Annecy-Grenoble-Sisteron). Le Rhône jurassien est alors une entrave plurimodale aux transports. Comment désenclaver Genève ?
Le rattachement de 1860 privilégie la Cluse des Hôpitaux entre Ambérieu et Culoz pour rallier le val de Saône à Genève et à Chambéry. La route reste sinueuse, la voie ferrée, vers le Mont-Cenis, prend un caractère international et devient la principale artère franco-italienne en concurrence avec Lausanne-Milan. Autour de l’an 2000, la cluse de Nantua est réactivée grâce à l’autoroute des Géants (Pontd’Ain-Bellegarde) bientôt doublée par un axe TGV. La liaison Lyon-Chambéry utilise le tunnel de l’Epine et sera doublée par le futur TGV Lyon-Turin. La vallée du Rhône jurassien restera un axe de transit doux à vocation touristique et résidentielle.
 
La triangulation métropolitaine pressentie comme un "no man’s land" par André Palluel-Guillard est vécue par Robert Mériaudeau. Dans la matinée du vendredi 19 juin : c’est une rencontre entre anciens de l’IGA, étudiants et professeur. Ce natif du Bugey, riverain du Rhône sauvage, a étudié « le Jura méridional », fréquenté les universités de Grenoble et de Lyon, tout en devenant maire de Brégnier-Cordon, spécialiste de l’hydrologie et de la géomorphologie fluviales, des questions de droit foncier et d’aménagement du territoire, cofondateur du musée Terres d’Eaux dans sa commune. Il réfute pour sa commune la position « d’angle mort » entre les départements de la région, malgré l’éloignement de la préfecture de l’Ain. Il valorise les liens créés entre communautés de communes du Rhône moyen : Pays des Couleurs (38), Vallons du Guiers (38), Savoie-Guiers (73). Le découpage départemental apparaît dépassé par le coude de confluence Guiers-Rhône : Chambéry, par l’autoroute aussi proche que Belley, apporte ses services plus complets. La Compagnie Nationale du Rhône est un partenaire d’aménagement à dimension pluri-régionale. Seyssel-Bellegarde-Gex s’inscrivent dans la mouvance genevoise. Bourg-en-Bresse, le chef-lieu est plus éloigné que Grenoble ou Lyon. Il s’agit de construire une identité de confluence autour du Rhône jurassien, peut-être un parc régional entre plateau de l’Ile Crémieu, Bugey et avant-pays savoyard. Les liens sont permanents avec les proches voisins des Avenières, d’Aoste, de Saint-Genix sur Guiers, de Morestel.
 
Les problèmes du Rhône jurassien.
Le Rhône sauvage échappe au contrôle helvétique en aval de Genève. Il s’inscrit dans le défilé de l’Ecluse le long de la frontière. A Bellegarde son parcours était souterrain avant la noyade sous le lac de Génissiat. En aval de Seyssel, les marais et les lônes tressés se déploient en Chautagne, les crues envahissent épisodiquement le lac du Bourget et les marais de Lavours. Au sortir du défilé de Yenne-Pierre-Châtel, la crue du fleuve pourrait reconquérir les vallons post-glaciaires de Brégnier-Cordon, des Avenières, de Morestel à l’Isle d’Abeau, s’associer aux crues de l’Ain et de la Bourbre vers Loyettes et menacer Lyon (1856) malgré les barrages de Vaulx en Velin et Villeurbanne.
La voie ferrée a ruiné l’activité fluviale après 1860. Le musée conserve des témoignages sur la batellerie, les barges et les radeliers qui remontaient le Rhône jusqu’à Yenne ou Seyssel en dépit des rapides de Sault-Brénaz. Les activités pastorales et agricoles permettaient de valoriser plusieurs terroirs : les terrasses sèches des cônes de déjection, les îlots amphibies entre les lônes de divagation du fleuve, les forêts de l’adret et les plantations humides des peupleraies.
Les villages pratiquaient la pluriactivité agricole et la transformation des matériaux, bois et pierre pour l’aménagement des résidences jusqu’à Lyon. Aujourd’hui, le flux migratoire est complexe. La campagne se rurbanise, les entreprises locales restent nombreuses, mais les emplois sont recherchés vers les métropoles, en particulier Lyon, bien accessible par l’autoroute. La population augmente et rajeunit avec l’installation de jeunes ménages. Les maisons de pierre anciennes aux toits à pignons sont complétées par des lotissements en contrebas comme sur le voussoir des Avenières. Il faut créer des équipements pour accueillir, encadrer ces nouveaux arrivants et intégrer les styles différents, développer les communautés de communes et coordonner les voiries.
L’écologie du fleuve doit tenir compte des variations de débit et du corsetage du Rhône par les barrages-CNR. Avant les stations d’épuration de 1960, le fleuve recueillait les eaux usées du lac Léman et du lac du Bourget. Le niveau des lacs a été stabilisé par les barrages. Cependant des "chasses" sont nécessaires pour évacuer l’alluvionnement. Nitrates et phosphates maintiennent la charge microbienne incompressible après les stations d’épuration. Le Vieux Rhône continue à recevoir les alluvions des lacs (Léman par soutirage à Génissiat, lac d’Annecy parle Fier, lac du Bourget par un tunnel creusé sous la montagne du Chat et le canal de Savières). La confluence de Brégnier-Cordon nécessite un lagunage par des filtres plantés de roseaux.
Les îles entre les lônes doivent rester sauvages pour maintenir la biodiversité comme le montre le musée Terres d’Eaux.
Les barrages doivent être munis d’écluses pour faciliter la remontée des poissons et permettre une navigation de loisir.
La région doit devenir un espace de tourisme doux accompagnant le vélo-route de Genève à la Méditerranée.
 
La CNR – section de Belley (le Rhône de Genève à Lyon) – rencontre de samedi 20 juin avec Christian Jimenez.
Issu d’une famille de migrants républicains espagnols, Ch. Jimenez a grandi dans l’agglomération grenobloise, capitale de la houille blanche. D’Echirolles au lycée Vaucanson, il poursuit ses études d’ingénieur au moment où s’achève l’aménagement des hautes chutes : celles du barrage de Génissiat (65 m) réservées à la production d’électricité, et où s’ouvre l’aménagement des basses chutes sur le Rhône en aval de Lyon. La technologie de Donzère-Mondragon reste exemplaire : barrage de retenue à Donzère, séparation du vieux Rhône vers l’ouest et du canal de dérivation vers l’est. Barrage-usine de Bollène, au fil de l’eau (gros débit pour une chute de 23 m). Le canal de fuite rejoint le vieux Rhône à Mondragon. La production d’électricité est complétée par un aménagement global qui tient compte du niveau de la nappe phréatique et des nécessités d’irrigation mais aussi de la navigation à grand gabarit entre Marseille et la Saône (le Rhin ?). Des zones portuaires, autour de Pierre-Bénite/port Edouard Herriot de Lyon, préfigurent un aménagement économique.
La crise pétrolière de 1973 provoque l’aménagement complémentaire du Rhône amont sous la direction de Belley. Le souci écologique combat l’aménagement nucléaire utilisant le refroidissement par les eaux du fleuve : après la centrale de Bugey, le prototype maintenant stoppé du surgénérateur de Creys-Malville déclenche la tempête en 1978. Christian Jimenez participe à l’aménagement du Rhône entre Génissiat et la confluence de l’Ain avec un souci environnemental accru.
Les barrages d’amont (Verbois-Genève, Génissiat-Seyssel) restent producteurs d’électricité, régulateurs du débit de régime glaciaire, en aménageant des chasses triennales pour évacuer les limons (la prochaine déferlera en mai 2010). Les barrages de Chautagne ménagent les marais de Lavours et de Chindrieux en aval du lac du Bourget. Le système Chanaz-Belley-Yenne stabilise le niveau du lac du Bourget et son émissaire, le canal de Savière, s’écoule dans le vieux Rhône vers Yenne et le défilé de Pierre-Châtel. Le canal de Belley est consolidé par des berges latérales, gainé dans l’ancien lit glaciaire surcreusé. Un lac de loisir s’élargit au "Lit du Roi" en amont de Belley ; un port de plaisance associé au Bourget accompagnera l’usine hydroélectrique de Brens-Virignin. Les écluses à petit gabarit seront utilisées pour la plaisance entre Lyon et Seyssel. Le système Brégnier-Cordon/Sault-Brénaz est similaire. Les eaux du fleuve réunifiées sont de nouveau séparées par le canal de Brégnier et le lac de Murs-Gélinieux alors que le vieux Rhône, réalimenté par le Guiers de Saint-Genix, contourne par le sud le Mont Cordon, divaguant en lônes préservées dans une réserve naturelle. Le paysage des marais enserre les voussoirs des Avenières-Morestel jusqu’aux goulets de Cuirieux et de Sault-Brénaz en aval de Creys-Malville. La "Vallée Bleue" est un lac d’agrément touristique en amont du barrage, comme celui de Vaulx-en-Velin aux portes de Lyon. La confluence de l’Ain autour de Loyettes gardera son aspect sauvage pour le plus grand bonheur du lobby écologiste.
La Compagnie Nationale du Rhône, pressentie après 1918 par les parlementaires Léon Perrier (Isère) et Edouard Herriot (Rhône), est créée en 1933 comme compagnie mixte à capitaux publics et privés. Le barrage de Génissiat en 1948 est le symbole de la Reconstruction nationale et de l’expansion de la houille blanche. Après sa séparation contractuelle avec EDF, la CNR intervient comme régulateur de la consommation électrique en période de pointe mais participe à l’aménagement régional du Grand Sud-Est.
La fonte des hauts glaciers des Alpes invite à retenir l’eau pluvio-nivale tout au long du cours du Rhône dans des lacs et de conserver les nappes phréatiques sous les marais. Le Rhône jurassien abrite plusieurs réserves naturelles. Celles de Lavours-Culoz, de Brégnier-Cordon. Le musée Terres d’Eaux participe à l’information en partenariats multiples et oriente vers les sites apaisants d’un espace digne d’être découvert.
 
G. Perrin

Date de création : 09.02.2010 @ 10:10 PM
Dernière modification : 09.02.2010 @ 10:10 PM
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