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Réunion parents-professeurs de 6e : jeudi 18 octobre

Publié : 24 mai 2004

Interview de Mme D.Baffier conservatrice de la grotte Chauvet

Interview de Madame D. Baffier,conservateur de la grotte Chauvet

Nous avons invité au collège Madame D. Baffier pour luiposer des questions sur son rôle.

- Qui êtes-vous ?

- Je m’appelle Dominique Baffier, spécialiste de Préhistoire et en particulier d’art pariétal au CNRS. J’ai travaillé dans le laboratoire de Leroi-Gourhan qui est un des plus grands préhistoriens du siècle et j’ai fouillé avec lui pendant de nombreuses années à Pincevent qui est un site dans la région parisienne, un site de chasseurs de rennes qui date de 12 000 ans. Ce site de plein air est très bien conservé avec des structures d’habitat, des foyers, des aires de taille de silex, des os de rennes. La vie quotidienne est encore visible sur le sol. Je travaille aussi depuis une dizaine d’années à Arcy-sur-Cure, en particulier à la Grande Grotte dont les peintures préhistoriques ont été découvertes en 1990 et qui présente l’originalité d’être la deuxième plus ancienne grotte de France après la grotte Chauvet puisque les peintures sont datées des environs de 28 000. Elles présentent le même bestiaire que celui de la grotte Chauvet, c’est à dire que les mêmes animaux y sont représentés. Ce sont essentiellement des animaux dangereux : mammouths, rhinocéros, félins et ours, et aussi des représentations rares dans les autres cavernes comme un poisson et un oiseau. On parle beaucoup des travaux qui sont faits à la Grande Grotte car on y utilise une méthode tout à fait nouvelle, c’est la première fois que cette technique est utilisée dans le monde, elle consiste en une abrasion de la calcite. En effet, les peintures étaient recouvertes par un épais dépôt de calcite et ne pouvaient pas se voir à l’œil nu, donc avant on travaillait essentiellement avec des infra-rouges qui permettaient de percer un peu ce dépôt de calcite pour pouvoir identifier les animaux représentés. Ce n’était pas suffisant, donc une nouvelle technique a été mise au point : on abrase la calcite avec une fraise diamantée, ce qui nous permet de restituer les peintures dans leur état initial et de pouvoir les étudier avec précision.

- Quel sera votre rôle en tant que conservateur de la grotte ?

- Mon rôle a de multiples facettes : en premier lieu, comme tout conservateur de grotte ornée, mon rôle consiste à veiller à la conservation de la grotte en relation avec les différents laboratoires qui s’en occupent : le laboratoire de Moulis qui dépend du CNRS et le laboratoire de recherche des Monuments historiques qui dépend du Ministère de la Culture. Donc veiller à l’équilibre interne de la grotte, et veiller à ce qu’il n’y ait pas trop de monde qui y pénètre. Il faut aussi que je travaille en relation avec les entrepreneurs qui actuellement sont en train d’aménager des passerelles pour permettre aux chercheurs et aux rares visiteurs de pouvoir circuler sans endommager les sols, sur lesquels il y a beaucoup de vestiges. Et puis je dois aussi gérer les entrées, aussi bien les entrées de l’équipe scientifique, celles des rares autres personnes autorisées à visiter la grotte, que les entrées des entreprises. Enfin, je fais aussi l’interface entre l’équipe scientifique, dont je fais également partie, et le Conseil Général qui a décidé de réaliser un grand espace de restitution, une sorte de « Chauvet bis ». Je pense aussi aller dans les écoles et je serai amenée vraisemblablement à faire des conférences dans la région : je voudrais essayer d’établir un pôle assez fort avec des liens étroits entre les collèges, les écoles et les structures qui s’intéressent à la préhistoire et qui existent déjà dans la région comme le Musée de préhistoire d’Orgnac ou le Centre de ressources Art et Préhistoire de Saint-Alban-Auriolles.

- Qu’envisagez-vous pour la protection de la grotte Chauvet ?

- Je pense que le système de sécurité mis en place à l’entrée de la Grotte Chauvet est tout à fait au point et fiable, de plus les gendarmes, très motivés, ne sont pas loin et efficaces. L’équilibre interne de la cavité est étudié par deux laboratoires. Il y a des machines qui surveillent la variation du taux de gaz carbonique, de l’humidité, et les pollutions : des analyses de l’air et des prélèvements au sol sont effectués pour voir s’il n’y a pas de prolifération de micro-organismes. La grotte est vraiment suivie de manière constante, il n’y a aucun risque de destruction ni d’altération pour l’instant, si on veille à préserver l’équilibre qu’elle a actuellement. J’ai reçu un rapport tout récemment dans lequel le moindre spore, le moindre champignon est identifié. Ce rapport montre que, grâce aux précautions prises, la pollution a beaucoup baissé par rapport à la période de la découverte. Cette pollution devait vraisemblablement résulter de la désobstruction du boyau d’entrée et de la mise en communication de la caverne avec l’extérieur. Il n’y aura pas de fouilles faites à grande échelle, mais il est possible qu’il y ait quelques menus sondages à des endroits extrêmement spécifiques pour permettre des prélèvements, mais les fouilles ne seront jamais extensives.