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 Sujet du message: [Cannes 2012] Runaway Train
MessagePosté: Dim 15 Juil 2012 09:13 
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Inscription: Mar 29 Déc 2009 11:31
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Runaway Train de Andreï Konchalovski

« Là tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté »
Charles Baudelaire

Runaway Train, sorti en 1985 est un long-métrage souvent ignoré dans la filmographie de Andreï Konchalovsky. Lors d'une séance organisée à l'occasion du soixante-cinquième Festival de Cannes, les spectateurs ont été invités à (re)découvrir le film en présence du réalisateur, dans une version remastérisée par Pathé. Monsieur Konchalovsky a déclaré devant la salle du Soixantième que ce film faisait partie de sa jeunesse, et que sa façon de filmer avait beaucoup évolué. En effet, le film a laissé de nombreux spectateurs perplexes.

Dès l'introduction, Runaway Train agresse le spectateur, avec la vision d'un train couleur sang passant à toute vitesse devant la caméra, accompagné d'un bruit strident. Le grincement du train fou sur les rails hantera tout le film. Car le personnage principal du film, c'est bel et bien le train. Un train où deux criminels évadés d'une prison haute sécurité ont trouvé refuge afin de fuir son directeur sadique. Mais par la force d'un scénario rempli de coïncidences grossières, le train est totalement hors de contrôle et file à 150 km/h à travers l'Alaska.

La majorité du film suit le périple de ce train fou, et de ses occupants terrifiés et confrontés à la mort. Le spectateur assiste aussi à la panique qui agite le centre de contrôle des chemins de fer. Mais la première partie qui se déroule dans la prison haute-sécurité est bel et bien la plus réussie, de par son ambiance très crue qui accroche tout de suite le spectateur, confronté à l'ultra-violence du milieu carcéral, grâce à une excellente scène d'émeute qui laisse la brutalité des prisonniers éclater, après avoir été traités comme des animaux en cage durant des années par le directeur du centre pénitentiaire. La séquence d'évasion est aussi réussie, mais malheureusement très peu crédible au yeux du spectateur.

Tous le film de Konchalovsky baigne dans une atmosphère d'extrême violence, aussi bien graphique que verbale. Runaway Train est réputé pour être l'un des long-métrages incluant le mot fuck de la façon la plus abusive possible. Exagéré, ce langage cru entraîne une perte de crédibilité dans les dialogues. Cette vulgarité peut provoquer le sourire chez certains spectateurs, mais finit indéniablement par le lasser. En comparaison, dans Casino de Scorcese, la vulgarité est bien présente mais la spontanéité et la plus grande variété des dialogues la rend plus plausible. Le film dégage une ambiance fortement empreinte de misanthropie, montrant majoritairement des personnages détestables, ce qui empêche un peu le spectateur de s'attacher à eux.

Vous êtes un animal !
Pire, humain.

Cette réplique résume parfaitement toute la misanthropie qui hante le film.

Là où Runaway Train insiste le plus, c'est le spectacle de ce train fou ravageant tout sur son passage. Quelques scènes de destruction ultra-prévisibles tentent en vain de couper le souffle au spectateur, en abusant des ralentis. Une grande partie du film se concentrant sur les rapports entre les personnages enfermés dans le train n'a pas manqué d'arracher de nombreux bâillements aux spectateurs de la salle du Soixantième, certains ayant même cédé à la tentation du sommeil. Heureusement, la fin assez mouvementée remet du rythme au film, mais laissera les spectateurs qui attendaient un final pyrotechnique sur leur faim.

Ainsi on peut dire que ce film contient autant de défaut que de qualités, gardant un côté trop classique typique des films d'actions des années 80 avec ses scènes extrêmement prévisibles, mais qui garde son originalité en situant l'action dans un train, ce qui était plutôt original pour l'époque, et qui a été de nombreuses fois repris dans le cinéma de ces dernières années. Le long-métrage de Konchalovsky s'achève sur une citation de Shakespeare, ce qui laisse le spectateur perplexe, à l'image de l'intégralité du film.

Léo Miaud
Clément Vallon
Arno Pimenta
Maxime Decroo
Richard Mouchez-Piquet
Baptiste Blanchard
, élèves de élèves de Première spécialité cinéma du Lycée Louis-Armand


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 Sujet du message: Re: [Cannes 2012] Runaway Train, de Andrei Konchalowski
MessagePosté: Dim 15 Juil 2012 09:25 
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Runaway Train de Andreï Konchalovski

Un hiver terrible, une prison de haute sécurité, un homme qui veut la liberté, l'intrigue est posée. Manny, un détenu idolâtré par ses semblables, trouve l'aide nécessaire à son escapade dans le jeune prisonnier Buck. Ils parviennent à embarquer clandestinement dans un train de marchandise, qui, suite à un concours de circonstances, sera hors de contrôle. Le belliqueux directeur de la prison, les prend alors en chasse.

Nous sommes plongés dans un film qui aborde la question de l'humain à travers l'évolution des personnages. Les rails sont le fil conducteur du film, qui symbolisent la vie, le train représentant lui, ses choix décisifs, et l'immuabilité du destin.
De plus, la symbolique du train qui devient incontrôlable montre la précarité du contrôle de l'homme sur ses inventions, ce qui fait écho aux émeutes des prisonniers au départ de Manny.

La façon de filmer la prison déshumanise les prisonniers, ils sont présentés comme des bêtes. Cela est très bien représenté par la scène dans laquelle Buck escalade les rambardes du couloir de l'étage supérieur à la manière d'un singe. C'est le trajet en train qui mettra Manny et Buck à hauteur d'homme.

L'apparition d'un troisième personnage dans le huis clos du train permet de voir les anciens détenus à travers un autre regard : celui d'une femme qui ne les juge pas et les accepte tels qu'ils sont. Cette dernière contribue au changement qui s'effectue chez Manny et Buck : Grâce à la compassion qu'elle éprouve, elle réussit à la leur transmettre et à faire jaillir cette compassion en eux.
Tout au long, des gros plans s'alternent avec des plans larges. Ceci crée un décalage entre le calme des grandes plaines que le train traverse, et la trame mouvementée qui se déroule à l'intérieur des wagons.
Les multiples plans d'ensemble sur les plaines enneigées donnent un aspect documentaire au film, ce qui accentue l'effet de réel déjà présent grâce au bon jeu d'acteur. En effet, les traits de caractères singuliers des personnages principaux sont vraisemblables.
Les images crues, parfois sanglantes, montrent l'homme tel qu'il est, et le présentent comme la pire des bêtes? Nous pouvons prendre comme exemple une scène du début du film, lorsque Manny et Buck sont encore en prison. Un des détenus se fait poignarder dans le ventre et tient ses entrailles entre ses mains.
La question de l'humain, de sa compassion et de sa place parmi les espèces est posée dans le film. On le constate notamment lors d'une scène où Manny est traité de « bête » et qu'il réplique qu'il est pire que cela : il est « humain ». Nous pouvons le remarquer aussi à travers la citation provenant de la pièce Richard III de Shakespeare : « La bête la plus sauvage connaît la pitié. Je ne connais pas la pitié, je ne suis donc pas une bête » .
Cette citation amplifie l'impression que l'on a d'assister à une tragédie. En effet, l'idée de destin que l'on ne peut surmonter est développée lors des scènes 'crues'. De plus, les personnages qui ont une existence peu enviable ne peuvent que nous inspirer de la pitié.
La bande son, dont un morceau est de Vivaldi, accompagne le train tout au long de son trajet et rythme le film.

Ce film inclassable se trouve à la croisée du film d'action et du road movie.
Il provoque chez le spectateur deux sentiments contradictoires : un grand calme du paysage, et une angoisse quant à la trame. Riche en symboles, ce film témoigne de la précarité et de l'ambiguïté de la condition humaine.

Amandine Martin-Cocher
Anaëlle Seignol
, élèves de Première spécialité cinéma du Lycée Louis-Armand


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