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 Sujet du message: [Arcs 2011] Bruegel, le moulin et la croix
MessagePosté: Lun 19 Déc 2011 00:12 
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Inscription: Dim 18 Déc 2011 23:58
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Bruegel, le moulin et la croix de Lech Majevski

Image

Si Le portement de la croix, tableau du fameux peintre Bruegel, prenait vie ?

Lech Majevski a relevé le défi en réalisant Bruegel, le moulin et la croix . Dans ce film nous suivons la vie de 12 des 500 personnages qui composent le tableau. Parmi ces 12 personnages : Bruegel qui, tout au long de l'histoire, explique à son ami collectionneur (et donc à nous) comment et pourquoi il a créé chacun des éléments qui composent son œuvre.

L'idée du réalisateur est très originale et sans doute unique. Expliquer la création de l'intérieur (ce qui est rendu possible par les nouvelles techniques numériques) et non de l'extérieur rend le film attrayant ; de plus, les musiques utilisées, typiques de l'époque, nous transportent vraiment dans l'univers du tableau. Nous remarquons aussi l'esthétique des plans. Chaque image est comme une œuvre, ce qui donne au film une réelle beauté d'image. En témoigne l'une des premières scènes, bercée par une lumière propre à l'époque du peintre, où l'on voit le meunier monter l'escalier menant au moulin.
Malgré tout, ces efforts restent seulement esthétiques,et l'histoire en elle même manque de vivacité, ce qui est plutôt gênant pour un film qui représente une mise en vie.

Le manque de dialogues et d'actions peut également faire « décrocher » le spectateur. De plus, la présence de nombreux tableaux vivants crée un univers de musée qui peut freiner certains spectateurs. Judicieuse idée pour ce film donc, mais on a l'impression que le réalisateur s'est seulement focalisé sur l'esthétique et non sur l'histoire, ce qui est fort dommage.

Appoline Royo, Paloma Royo et Claire Perez
Section Histoire des arts du Lycée Jean Moulin


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 Sujet du message: Re: [Arcs 2011] Bruegel, le moulin et la croix
MessagePosté: Lun 19 Déc 2011 00:16 
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Inscription: Ven 16 Déc 2011 16:41
Messages: 4
Le film de Lech Majewski consacré au tableau Le Portement de la Croix du célèbre peintre Bruegel est un projet consistant à transformer la peinture en film. Doté d'une esthétique minutieusement travaillée, anti-narratif, et presque entièrement silencieux, Bruegel : Le Moulin et la Croix s'avère construit sur une idée fort ingénieuse, mais happé par le ton intellectualisant que lui a conféré son auteur, il peut paraître assez hermétique aux yeux d'un large public.

L'idée sur laquelle Lech Majewski bâtit son film attise la curiosité par son ingéniosité et son originalité : il fait vivre un tableau immobile en choisissant de l'implanter dans un contexte spatio-temporel précis (l'invasion espagnole en Flandre au XVIe siècle) et il donne à ses nombreux personnages une vie, des habitudes, un passé, et, pour certains d'entre eux, un futur. Bruegel lui-même a une grande présence dans le film : tantôt en train de travailler, tantôt en train de vivre, parfois même immobile comme s'il était peint, il apparaît à la fois comme créateur et comme objet de création, et est un développement de la présence de Bruegel dans son propre tableau. Ce phénomène de mise en abîme est encore multiplié par la séquence où Bruegel, dessinant le croquis de son futur chef-d'œuvre, montre l'endroit où il se placera ainsi que son ami. Du tableau on fait donc un film où le peintre est intégré à l'œuvre, puis il s'intègre lui-même dans le tableau qu'il peint. L'analogie entre le film et le tableau implique un travail de l'esthétique très poussé. On peut en approuver le résultat : chaque plan est à lui seul un tableau riche de couleurs, de composition, de jeux de mouvements et de lumière, de l'animation aussi des personnages figés. Cette analogie est encore appuyée par le silence quasi-omniprésent du film ainsi que par l'immobilité d'une grande majorité de plans. On peut dire qu'il n'y a pas un film et un tableau, mais que le film est le tableau.

Ces partis-pris de mise en scène rendent cependant le film assez dur à suivre. L'absence de fil rouge, d'intrigue, ne permet pas de réelle sympathie avec les personnages, et cela est encore renforcé par le silence et les monologues très écrits qui ôtent de l'authenticité, de la crédibilité, et qui creusent au fil des minutes un fossé entre l'oeuvre et son destinataire. De plus, suivre autant de personnages sans histoire tangible relève de la performance. Enfin, les plans s'enchaînent sans logique apparente, et on perd le sens du film en ayant l'impression de voir le diaporama d'une étrange exposition de photogrammes. Quant au penchant contemplatif du film, il est évidemment en accord avec le thème de la peinture. Mais la lenteur, ainsi que la répétition systématique de plusieurs images de même type (on ne peut entrer dans la forêt sans avoir au moins quatre ou cinq plans fixes sur les arbres) détruisent tout le semblant d'action que pouvaient suggérer les mouvements des personnages. De plus, au nom de l'art, de la poésie, on voit parfois l'irrationalité des personnages poussée à des extrêmes. La vision par exemple du visage immobile et en gros plan de Bruegel avec en arrière plan un personnage marchant sur une colline peut laisser dubitatif, mais lorsque le personnage au fond trébuche et tombe, on a presque du mal à se retenir de rire. De même, lorsque l'on voit se joindre au personnage du musicien danseur un paysan soufflant dans son râteau comme dans un instrument, sans que cela dérange pour autant le musicien, on peut avoir le sentiment assez légitime d'être perdu au coeur d'une poésie de plus en plus hermétique. Enfin, si l'on s'installe dans la salle sans connaître le peintre, on peut se sentir étranger à cet univers.

Lech Majewski, plutôt que de se lancer dans une politique de démocratisation de l'art de Bruegel et de la peinture en général, se contente de construire une expérimentation que seuls les familiers de la peinture pourront apprécier à sa juste valeur, écartant du même coup le succès. Le film, qui aurait pu être un élément de compréhension de l'art Bruegellien est une déception, car il ne s'adresse qu'à des connaisseurs qui ( en espérant qu'ils n'aient pas ronflé trop fort pendant la projection !) s'émerveilleront peut-être devant l'art hermétique de Majewski. Comme le chantait Boris Vian en décrivant une "snobisme-partie" : "Il y a du coca, on déteste ça…" Mais on le boit quand même, parce que c'est dans le vent, c'est snob. Bruegel : le Moulin et la Croix pourrait être le coca d'une l'élite pensante qui complimenterait ce film de toute bonne foi, mais les yeux encore embués d'un sommeil lourd.

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