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 Sujet du message: [Arcs 2011] Extraterrestrial
MessagePosté: Ven 16 Déc 2011 16:46 
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Inscription: Ven 16 Déc 2011 16:41
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Extraterrestrial, de Nacho Vigalondo

Alors que le titre Extraterrestrial pouvait préparer le spectateur à un film de science-fiction plus ou moins mouvementé, la première demi-heure du film détruit cet a priori et plonge immédiatement des personnages sans contexte dans une intrigue amoureuse où les extraterrestres ne jouent qu'un rôle sous-jacent et parfaitement invisible. De plus en plus dérouté, le spectateur se laisse entraîner dans cette aventure qui nous propose une autre façon d'envisager une rencontre dite "du troisième type" ; plus à une échelle planétaire, mais beaucoup plus personnelle et intime. Très rapidement, l'histoire démarre par un lendemain de fête, et deux amants d'un soir, Julio et Julia, découvrent avec stupeur à leur réveil qu'une soucoupe volante plane paresseusement au dessus de leur ville. Enfermés chez eux, ils sont vite rejoints par Carlos, le compagnon de Julia, puis par Angel, un voisin maladroit et épris lui aussi de la jeune femme. Aussitôt, le récit s'oriente vers un vaudeville jamais imaginé, où les relations entre les personnages seront impreignées de leurs angoisses liées à l'arrivée d'un vaisseau extraterrestre.

Surprenant, décalé, et mystérieux, on sort néanmoins de ce film un peu frustré et parfois les idées confuses… Ce mélange de genre, quoique savamment exécuté, ne serait-il pas victime de sa propre richesse au détriment de son efficacité même ?

Comme nous avons pu le mentionner plus haut, le projet de Nacho Vigalondo brille par son originalité. Le concept du film, basée sur la réception à petite échelle d'un problème international, traite d'un aspect potentiel des conséquences d'une invasion d'extraterrestre. Par le biais du huis clos, le film met de côté la menace écrasante des extraterrestres pour se concentrer sur quatre personnages ; la science fiction est donc utilisée comme un décor discret comme le montre l'absence matérielle des E.Ts. ou encore l'immobilité totale de la soucoupe mais dont l'impact sur les personnages et leur environnement est incomparable : le silence absolu de la menace et du reste du monde engendre un climat de tension, d'angoisse et enfin une certaine paranoïa finit par interférer fortement sur les relations entre les personnages du film. La méfiance et la fraternité s'accentuent, certains se découvrent un tempérament courageux, voire téméraire, d'autres en pâtissent bien plus ; tous les codes d'une "vie normale" sont ébranlés et l'auteur s'offre alors une liberté totale sur les possibilités de son histoire d'amour débridée par l'absence d'une société construite.

En supplément de cette histoire discrète au milieu d'un décor qui pourrait presque être celui du célèbre Mars Attacks de Tim Burton, la mise en forme du film est à la hauteur de la qualité que peut exiger un projet comme celui-ci. Le rôle de la menace extraterrestre est parfaitement maîtrisé pour ne pas empiéter sur l'histoire que l'auteur veut nous conter. Immense mais silencieuse, la soucoupe représente bien l'enjeu de la menace que vit la planète terre dans ce film, mais aussi la force de ce décor pourtant inactif. Le film est dans une ambiance d'attente qui crée une tension formidable exacerbée par l'imaginaire du spectateur intrigué par cet inconnu si grand et si proche, mais impénétrable et irrémédiablement opaque. Dans cette optique d'attente, de prologue à une véritable histoire, ce calme avant la tempête peut s'inscrire dans la même ligne qu'un autre film du festival des Arcs : Dieci Inverni, une coproduction Russo-Italienne du jeune Valerio Mieli ; où l'on nous raconte le chemin d'un couple qui se croisera chaque hiver pendant dix ans avant de pouvoir vivre une véritable histoire amoureuse. Ici aussi, Extraterrestrial s'inscrit dans cette thématique de l'attente, et dans un suspense dû à l'improbabilité de la fin. En effet, si les amants de Mieli semblent ne jamais pouvoir vivre une histoire d'amour "posée", chaque minute du film de Nacho Vigalondo est installée dans un climat de précarité de l'instant, tantôt dû au fait de la menace extraterrestre, tantôt de la fragilité du triangle amoureux (qui devient un carré lorsqu'Angel dévoile son amour pour le personnage de Julia) où les secrets peuvent être éventés à tout moment.

Cette ambiance est entretenue sur tous les aspects du film. Outre la puissance du huis clos et du suspense continuel, le plan narratif du film ne met pas en place de progression très marquée ; seuls de légers détails changent, comme le départ d'un personnage, la perte de l'eau courante et de l'électricité, ou encore la résurrection de la télévision et du téléphone… Ce climat d'immobilité donne un sentiment oppressant renforcé par la thématique très présente du voyeurisme : à l'échelle de l'intrigue amoureuse, les jeux de caméra et de miroir contrastent avec la discrétion des amours adultères ; à l'échelle de la science fiction, l'immense soucoupe volante semble surveiller chaque recoin de la ville, et les personnages eux-même lui rendent son regard à l'aide d'un caméscope. Personne n'est à l'abri.

Nacho Vigalondo ne se sert cependant pas uniquement du ressort du suspense, mais crée également un lien entre les personnages du film et les spectateurs, ce qui est crucial dans le domaine de l'huis clos : en effet, les personnages doivent, seuls, entraîner le spectateur dans une histoire souvent longue, sans le lasser. C'est pourquoi l'élaboration des différents personnages est très travaillée afin de leur conférer un caractère, des failles, enfin une consistance qui crée une symbiose affective entre le spectateur et les protagonistes.

Enfin, il ne faudrait pas omettre le travail de l'image réalisé pour ce film, où les couleurs chaudes d'un été Espagnol contrastent avec le climat oppressant du film, créant une image d'une esthétique agréable et simple où les différents personnages ont la place d'évoluer librement. Le cadrage également se met au service du travail d'acteur ; Vigalondo a subtilement réussi à effacer ses plans au profit de l'histoire, sans pour autant les vider de leur sens.


Pourtant, un tel suspense sans aucune résolution laisse le spectateur frustré, ce qui semble être désiré par l'auteur, puisque la fin du film, très ouverte, exclut toute possibilité de conclusion tangible. Mais quelle est la place de cette frustration au sein d'un récit basé sur une histoire d'amour ? N'est-ce pas maladroit de donner au décor tant de force à la fin alors que tout le long du film, le spectateur est focalisé sur l'intrigue amoureuse ; ici cette fin pose trop de questions à propos du sujet extraterrestre, à tel point que l'on met de côté l'avenir des personnages et que le mélange des genres montre peut-être une faille en toute fin de film.

Le spectateur aussi peut être dérouté par la surabondance de mensonges destinés à la protection du triangle amoureux, où l'auteur exploite toutes les possibilités du cadre offert pas l'invasion extraterrestre, à tel point que chaque mensonge perd de sa valeur, de sa crédibilité, et de sa spontanéité. De plus, le huis clos, en coupant les personnages du reste du monde, dédramatise certains actes, ce qui leur ôte de leur authenticité ; par exemple la prise d'otage à la télévision de Carlos n'a quasiment aucune conséquence, de même que ses multiples explosions. Cette mise à l'écart peut encore se comprendre puisqu'elle permet de recentrer l'intrigue amoureuse en minimisant les autres aspects du film, mais la frustration du spectateur n'en est que renforcée, jusqu'à ce qu'enfin il soit désabusé par ces quelques failles qui lézardent le décor en béton qu'était l'invasion extraterrestre.

L'humour également est une des faiblesses du film. Le ton de tension du film et le choc du genre amoureux et science fiction ne laissent que peu de place à un éventuel décalage comique ; celui-ci pourtant pourrait faire office de soupape et permettre au spectateur de soulager ses angoisses le temps de quelques éclats de rires libérateurs. Mais au vu de la faible réaction du public, on peut considérer que cet humour n'est pas forcément très bien amené : en effet la plupart des rires sont provoqués par l'entêtement du personnage d'Angel (on se remémore la scène des balles de tennis) mais malgré une avalanche de gags à répétition, les rires n'en sont que mitigés. De plus, ce personnage d'Angel déjà assez transparent n'est par conséquent empli que d'effets comiques assez superficiels, et il n'en obtient ni consistance, ni complexité. On ne peut lui accorder qu'une légère sympathie due à son rôle de "Caliméro" martyrisé et innocent. En revanche, c'est à la toute fin du film que le spectateur comprend soudain Angel lorsque celui-ci parle du triangle amoureux sur un ton raisonnable, pathétique et humain. Enfin ce personnage prend toute l'envergure dont il avait besoin pour nous toucher, dommage que cela n'apparaisse que dans ses derniers plans…

Nacho Vilagondo exploite chaque aspect de son histoire, et laisse le spectateur assez dubitatif sur ses intentions, car le résultat est d'une complexité qui érode peu à peu son efficacité. Le sens même du film semble presque échapper finalement au public. Mais tout ce problème de fusion de genres plus ou moins aboutie, on peut le retrouver dans la dernière séquence, où Julio et le présentateur télé prennent le soleil en regardant l'immuable vaisseau étranger. Cette fin ouverte, comique, s'éloigne de l'intrigue amoureuse, accentue le problème extraterrestre dont on n'a pas la solution, et le spectateur frustré ne sait plus de quoi on lui parle. Le film laisse place à une performance, c'est à dire un concept appliqué à une oeuvre entière mais au détriment de son efficacité, car on est moins touché que pourrait le laisser entendre le synopsis.

Et pourtant, Extraterrestrial avait tout d'un film réussi : original et brillamment construit, réalisé et interprété par une équipe pertinente et enthousiasmante. L'erreur de Nacho Vigalondo aurait donc été de trop vouloir extraire de richesses de la mine de diamants qu'était le concept de son projet, à tel point qu'il se vide de son sens et n'est plus pour le spectateur qu'une odeur enivrante dont on ne se souvient plus et qui le laisse un peu perdu… Et privé d'un plaisir certain.

S.Cholat


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 Sujet du message: Re: [Arcs 2011] Extraterrestrial
MessagePosté: Dim 18 Déc 2011 23:49 
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Inscription: Dim 18 Déc 2011 23:44
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Extraterrestrial de Nacho Vigalondo

Un homme bloqué dans l'appartement de son amante. Un mari pseudo-justicier. Une invasion d'extraterrestres. Un voisin pot de colle. Voici comment on pourrait résumer ce film ovni tombé au milieu de la planète du cinéma.

À la lecture du titre, Extraterrestre, on s'attend à un film catastrophe, à une énième invasion de martiens, mais le réalisateur nous amène toujours là où on ne pensait pas aller. Un film angoissant ? Nacho Vigalondo nous offre un film plein d'humour. En effet on s'attend constamment au pire et le suspense monte souvent, mais il nous ramène toujours vers quelque chose de plus léger avec des touches comiques.

On peut voir le film à l'image du premier plan, une brèche entre les genres comme les premières images sont une brèche de lumière dans l'obscurité de la chambre.

Ainsi, ce film est un savant mélange entre les styles, qui détourne ces genres. C'est d'abord évidemment un film de science fiction, mais sans aucun effet spécial : les extraterrestres sont juste suggérés, on ne voit qu'un quart du vaisseau, on en vient même à se demander s'ils existent. Vigalondo joue avec notre imagination pour inventer les élucubrations les plus improbables. On en vient même à croire qu'Angel, le voisin, est un extraterrestre, ou que Julia, l'héroïne, est infiltrée elle aussi.

Ce film est aussi bien sûr une histoire d'amour, qui emprunte beaucoup au théâtre : on retrouve la configuration classique du vaudeville—le mari, la femme, l'amant—auxquels il faut rajouter le voisin fâcheux. Le placard de Labiche est remplacé par la salle de bains, ou la tasse (on note qu'il y a une soucoupe, pas volante, mais roulante).

Extraterrestre est enfin, comme on l'a pu constater, un film comique. D'abord dans les situations, plus burlesques les unes que les autres, dans les quiproquos, les mensonges de plus en plus gros que les personnages inventent pour se sortir de leur hypocrisie de plus en plus grande.

Ce film est remarquable dans la qualité de la photographie, qui devient de plus en plus claire et colorée à mesure que l'esprit de Julio s'éclaircit. Le mélange de bons ingrédients ne fait pas toujours un bon plat, mais ici on peut dire que l'alchimie est vraiment réussie !

Léa Troncy
Pierre Angelloz-Pessey
Anaïs Bolinard
Ségolène Peurois

Terminale cinéma, Lycée Louis Armand )


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