Ecole de Notre Dame de Vaulx

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Marie-France,

Nous ne voulions pas te laisser partir sans que tu saches à quel point, nous avons fait depuis quelques années, beaucoup de progrès en parler matheysin, et cela grâce à toi.
C'est pourquoi nous t'adressons aujourd'hui ce petit message à deux voix.
Nous aurions pu avoir comme collègue un
aragnon (hargneux, qui est d'humeur querelleuse et insociable), un véritable carcan (femme méchante), une vieille tourte brezonnante (femme sotte qui marmonne) qu'il aurait fallu champeiller (chasser) à longueur de temps Mais, non !
Chère Marie-France, tu n'es pas une
coucoire (femme qui enquiquine, critique), tu n'aimes point fourneler (qui aime diviser, qui aime connaître les secrets), tu n'es point non plus têtaron (entêtée, têtue).
Si, pendant cette retraite tellement attendue et en même temps redoutée, il te prenait l'envie de voyager, voici quelques petits conseils :
Évite de
babigner (parler, causer) avec n'importe qui ; tu pourrais avoir quelques ennuis.
N'oublie jamais ta
biasse (besace, musette), prends soin de tes vêtements, ne les éclape (déchire) pas.
Ne bois que de l'eau, sinon tu risques de
brater ((tituber, n'être pas bien ferme sur tes jambes), et qui te ramènerait alors à bon port ? Ne l'oublie pas, nous ne serons plus là pour le faire.
Ne mange pas trop non plus, sinon tu seras complètement
coufle (pleine, remplie, gonflée) et glafie (pleine, saturée) et tu le regretterais par la suite. Fais attention à ton régime ! !

Et quand à l'automne, il commencera à baviner (pleuvoir avec une pluie fine), tu iras t'égrafigner (t'égratigner) en ramassant les framboises ou les mûres pour faire tes confitures ou en épelandrinant (en enlevant les pelures) ails et oignons..
Plus tard, l'hiver venu, tu regarderas tomber les
patareaux (gros flocons) par ta fenêtre en patarelant (caressant, câlinant) ton vieux chien, ou bien peut-être sortiras-tu pour voir pousseiller (neiger avec la bise ou le vent) ?
On espère d'ailleurs que tu ne t'
agrouboneras (se replier sur soi) pas, que tu trouveras malgré un emploi du temps chargé le temps de barjaquer (jacasser). On espère aussi que tu mettras longtemps avant de brater (perdre l'équilibre en marchant).
Mais la raison pour laquelle on est tous réunis aujourd'hui, c'est pour ton départ à la retraite, avec tous ces grands
balançards (dadais, nigaud) qui sont venus aujourd'hui et que tu as vu défiler dans ta classe. Portaient-ils alors la blaude (blouse), étaient-ils maucoussants (qui n'obéissent pas) ?
Pour cette retraite donc, ne traîne pas trop dans ton
casson (carré de jardin) mais va plutôt courir les criquettes (sommets), les pantelles (les rues) ou faire de simples petits virons (courtes promenades). On espère que tu ne groulasseras (trainer sans énergie) point, que tu n'auras pas mal à la groube (la tête).
Après ce petit discours dans lequel on a réussi à glisser une trentaine de mots murois (Merci à Jean Garnier et à son livre La Mure et Les Murois) que bien sur tout le monde ici connaissait, nous vous invitons tous à une bonne
rouffle (tournée de boissons).

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