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Un acte peut-il être inhumain ?


Analyse des termes du sujet

 
  • Au sens strict, un acte est l'exercice d'un pouvoir ou d'une faculté et le résultat de cet exercice.
  • Bien que tout comportement puisse être appelé "acte" au sens étymologique de "ce qui est fait", l'acte proprement dit est une action volontaire, imputable à son auteur et donc impliquant sa responsabilité. L'acte est opposé à un simple mouvement : trébucher sur une pierre est un mouvement, mais non un acte au sens étroit du terme.

L'enjeu du sujet est d’ordre éthique (cf. ci-dessous l’analyse du terme « inhumain »). Un comportement qui serait un simple mouvement n'aurait pas de portée éthique.

 

 

Un acte peut-il être inhumain ? Cette question en recouvre plusieurs :

  • Est-il possible de le qualifier ainsi ? Est-ce que cela a un sens ?
  • A-t-on le droit d'agir inhumainement ? Est-ce légitime ?
  • De quel droit qualifier un acte d'inhumain ? Sur la base de quels principes, à quel titre ?

 

 

Mais qu'est-ce qu'être inhumain ?

  • Non humain => Animal
  • Indigne de l’humanité => Incompatible avec les valeurs fondamentales.

Au deuxième sens, "inhumain" a une connotation éthique : l’inhumain est immoral.

NB : Tout acte inhumain est immoral, mais tout acte immoral n’est pas nécessairement inhumain. Il faudra se demander ce que la notion d'inhumanité ajoute à celle d'immoralité


Problématique (éléments pour le développement)

A- Un acte fait par un homme est un acte humain par définition

« Acte inhumain » = contradiction dans les termes. Si un acte est commis par un être humain, il ne peut pas être radicalement inhumain : un être humain ne peut accomplir que des actes possibles pour des êtres humains (au sens d’avoir la capacité de les accomplir).

Mais au-delà de la capacité, n’est-ce pas le droit qui est en jeu?

en fait/en droit

Peut-on légitimer n’importe quel acte? Sous prétexte, par exemple, de tolérance : devrait-on tolérer l’intolérable? Y a-t-il des actes fondamentalement et irrémédiablement intolérables?

Le problème soulevé a donc une portée éthique : il soulève la question des droits et des devoirs de l’humanité.

Les chats ne peuvent pas être « infélins » ni les chiens « incanins ». La suggestion est absurde. Pourquoi?

C’est peut-être le sens profond de la remarque de Fiodievski « on compare parfois la cruauté des hommes à celle des fauves, c’est faire injure à ces derniers. »

B- Mais de fait, on qualifie certains actes d'inhumains

Un acte est inhumain s’il est contraire aux valeurs de la société qui le juge. Mais tous les actes immoraux ne sont pas qualifiés d’inhumains.

Pour être inhumain, un acte doit être une atteinte à l’humanité de deux façons : il disqualifie son auteur comme être humain et il déshumanise sa victime.

Ex.: Les crimes contre l’humanité.

Carla Del Ponte, procureur du Tribunal pénal international de La Haye a ouvert le procès de Slobodan Milosevic par ces mots :

« Le crime de génocide, les crimes contre l’humanité (…) touchent chacun d’entre-nous, où qu’il vive, parce qu’ils offensent nos principes les plus profonds sur les droits humains et la dignité humaine. »

C- Qu’est-ce qui nous autorise à porter ce jugement ?

Ce qui est inhumain à une certaine époque ou pour une certaine culture l’est-il nécessairement à une autre époque et pour une autre culture ?

L'enjeu est de taille :   relativité ou universalité des Droits de l’Homme ?

absolu/relatif

universel/général/particulier/singulier

L’idée d’inhumanité est liée à l’idée que nous nous faisons de l’humanité (l’idéal de l’humain). La notion de respect est ici centrale. Au-delà de la diversité des cultures, il y a cette distinction fondamentale entre une chose et une personne :

La notion de personne

L'inhumanité par excellence, n'est-ce pas d'essayer de faire perdre à l'autre sa dignité de personne humaine ?

La personne est un sujet juridique et moral : elle a des droits et des devoirs. En tant que telle, elle a une valeur en soi c’est-à-dire en elle-même et pour elle-même (et pas seulement relativement). C’est pourquoi Kant dit que la personne ne doit jamais être traitée comme un simple moyen, comme un simple instrument dont on se sert :

Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen.” (Kant)

Ainsi, dit Kant, la personne a droit au respect absolu et c’est en cela qu’elle n’a pas de prix, elle a une dignité : “Ce qui a un prix peut être aussi bien remplacé par quelque autre chose à titre d’équivalent ; au contraire, ce qui est supérieur à tout prix, ce qui par suite n’admet pas d’équivalent, c’est ce qui a une dignité.”

Selon les cultures, les moyens d’enlever la dignité, donc les actes inhumains, peuvent varier. Pour les gaulois, par exemple, un homme qui perdait ses mains, et qui par conséquent ne pouvait plus ni travailler ni se battre, n’était plus considéré comme humain. L’amputation des mains était pour eux le crime par excellence (que César à très largement utilisé contre ses prisonniers gaulois). Pour les hommes du XVIIIe siècle, c’est la privation de liberté qui est considérée comme une déchéance, et donc comme intolérable : « perdre sa liberté, c’est perdre sa condition d’homme » dit Rousseau. Mais entre ces deux exemples qui semblent pourtant si éloignés, il y a un point commun : est inhumain l’acte qui déshumanise. La forme varie, mais les principes sont les mêmes. L'inhumain par excellence n'est pas celui qui a été deshumanisé, mais celui qui deshumanise.

C’est l’universalité des grands principes qui fonde l’universalité de la Déclaration Universelle des Droits de la Personne. (Cf. en particulier l’article 1)


Lectures complémentaires



Maryvonne Longeart
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