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La vitesse est-elle naturelle ? Par Joël Figari

Est-il naturel d’aller vite, ou bien anti-naturel ? Cette question décisive pour notre vie trouve-t-elle sa réponse seulement dans une analyse éthique ? Il. n’est peut-être pas impossible de relier l’éthique à une réflexion physique et métaphysique sur la " nature " de la vitesse.

La vitesse est quotidiennement liée à nos actions, dès lors que celles-ci comprennent des mouvements et nous précipitent d’un lieu à l’autre, d’un geste à l’autre, d’un temps à l’autre. Il semble donc naturel de penser la vitesse d’abord en termes d’expérience humaine, d’ordre pratique ou psychologique. Les questions qui en découlent peuvent être par exemple : la vitesse est-elle un sentiment subjectif, ou une réalité objective ? Est-elle bonne ou mauvaise ? Est-elle utile, voire nécessaire, et dans quel but ? Peut-elle représenter un mode de vie, et qu’est-ce que cela implique ?
Ces questions, assurément, ont une grande importance au cours d’une vie. Cependant, la meilleure façon d’y répondre est-elle réellement de construire une morale ou une psychologie de la vitesse, du seul point de vue humain ? Il semble difficile de séparer totalement la vitesse, ressentie et agie par l’homme, de la vitesse, existant objectivement dans le monde physique en général. L’homme n’est-il pas une partie de l’univers ? On a donc sans doute intérêt à réfléchir à la vitesse en général pour mieux comprendre ce qu’elle signifie en particulier pour l’homme. Savoir si la vitesse est naturelle en général ne permettrait-il pas en effet de mieux comprendre si elle est bonne, et ce que peut signifier une " bonne vitesse " pour l’homme ?

Physique et métaphysique


Il faudrait donc élaborer, non seulement une morale ou une psychologie, mais d’abord une métaphysique de la vitesse. Aristote définissait la métaphysique, ou philosophie des premiers principes, comme la " science de l’être en tant qu’être, pris universellement et non dans l’une de ses parties " (Métaphysique, K, 1060 b). Malgré les apparences trompeuses du vocabulaire, la métaphysique ne doit pas être nécessairement séparée de la physique, puisqu’il est possible de concevoir une science de tout être physique, et de l’univers. Ce que nous avons à chercher est donc peut-être une " métaphysique de la vitesse en tant que réalité physique ". Ici encore, Aristote nous aide à concevoir une physique en tenues très généraux, puisqu’il définit cette discipline comme la " science des corps en mouvement ", conformément à l’étymologie grecque physis : corps, nature. La nature signifie alors à la fois la matière et la forme de chaque chose, en tant qu’elles permettent le mouvement. Autrement dit, la nature est "un principe et une cause de mouvement et de repos pour l’être en qui elle réside " (Physique, Il, 1, 192 b 20). Tel serait donc l’objet de la physique.
Il apparaît en effet assez clairement que la vitesse est un phénomène (ou réalité) physique lié au mouvement des corps, dont elle est un aspect ou une caractéristique. Connaître la vitesse implique donc de connaître les corps qui ont de la vitesse, ainsi que les causes de celle-ci, sans oublier sa nature et son rôle.

Vitesse et tempo


Quelques précisions au sujet du concept de vitesse nous aideront à y voir plus clair. Vitesse signifie couramment rapidité, sous-entendu : rapidité de nos actes ou d’un phénomène physique. Cependant il faut remarquer que la vitesse est susceptible de variations. On avance à grande, â moyenne ou à petite vitesse. Il ne serait donc pas absurde de parler de "vitesse lente ", à côté de "vitesse rapide". La lenteur et la rapidité pouffaient bien être des degrés d’intensité qualifiant la vitesse, laquelle signifierait alors ce qu’on appelle parfois "allure", et qui correspond en musique au "tempo". Il y a des "tempi" plus ou moins rapides ou lents, on avance â plus ou moins grande "vitesse". La vitesse semble donc exprimer une avancée plus ou moins grande (ou bien un nombre plus ou moins grand d’avancées) dans un laps de temps donné.
L’origine de la notion de tempo est à cet égard instructive. Cette notion était d’abord étroitement liée à celle de "tactus", c’est-à-dire à la battue des temps en musique. Le tactus est le moment où, de manière cyclique, la main revient "toucher" le même endroit après s être élevée. Le temps du "lever" (arsis) et du "baisser" (thesis) entre chaque tactus détermine le tempo. Au début du XVIème siècle, on réglait ainsi le tactus sur le pas de l’être humain, ce qui conduisait à définir le tempo comme "le temps entre deux pas d’un homme marchant de façon mesurée" (H. Buchner, Fundamentum). Mersenne tente, lui, de mesurer le tactus sur les pulsations du cœur, comparant l’alternance de la diastole et de la systole avec l’alternance des levés et des frappés de la mesure battue (Harmonie universelle).

La vitesse est une mesure

La vitesse est donc liée à un mouvement accompli dans un intervalle de temps pouvant être mesuré. Plus le temps du mouvement est court, plus la vitesse est grande. Si plusieurs mouvements s’enchaînent, la vitesse de leur enchaînement peut être définie comme la fréquence de production des mouvements. On arrive ainsi rapidement â l’idée d’intensité et de quantité de mouvement : plus le mouvement est grand dans l’intervalle de temps, plus il y a de vitesse. Tout mouvement décrit une trajectoire que l’on peut mesurer, dans un temps que l’on peut aussi mesurer, d’où la définition traditionnelle de la vitesse, comme rapport de mesures entre la distance parcourue par un mobile et le temps du parcours (V=D/T).

La critique de Bergson : la vitesse n’est pas seulement un concept

L’expression quantitative de la vitesse ne suffit cependant pas à exprimer son essence. Bergson remarquait que la mesure d’un mouvement revient en réalité à assimiler le mouvement à sa trajectoire, donc à de l’espace ; or le mouvement ne s’assimile pas à l’espace qui est son cadre ; donc la mesure du mouvement est trompeuse et réductrice, elle n’est tout au plus qu’un aperçu quantitatif extérieur sur l’aspect spatial du mouvement. Quant il s’agit de vitesse, l’erreur de la mesure est encore pire, car on cherche à mesurer par des nombres et de l’espace non seulement le mouvement, mais aussi le temps. Or le temps n’est pas réductible à de l’espace ! La mesure du temps et de l’espace est donc une expression commode de la vitesse, mais en dehors de son aspect pratique elle ne vaut rien pour expliquer ce qu’est le mouvement, ce qu’est la vitesse. La formule physico-mathématique de la vitesse ne permet donc pas d’élaborer une métaphysique de celle-ci.
Il faudrait donc retenir l’intensité ou la fréquence du mouvement comme le caractère essentiel de la vitesse : sans avoir besoin de mesurer celle-ci, on peut comprendre intuitivement l’intensité comme une sorte de concentration ou d’énergie du mouvement, qui donne à celui-ci une certaine force lui permettant de s’accomplir. Évidemment, on peut mesurer ces phénomènes, mais on peut aussi les saisir qualitativement. De même on peut comprendre l’idée de fréquence sans la rapporter nécessairement à une mesure déterminée : il suffit par exemple de penser au geste de celui qui bat la mesure, levant sa main et la baissant de façon cyclique ; le moment ou le cycle se termine et recommence crée un rythme donnant une impression de plus ou moins grande concentration du mouvement. Pratiquement, plus le mouvement est rapide, plus on a tendance à combattre la force centrifuge de la main par une force centripète pour réduire le mouvement et accélérer le cycle. La concentration du mouvement s’accompagne d’une concentration musculaire et d’une dépense d’énergie (et en physique on sait que le mouvement s’accompagne souvent de chaleur quand la vitesse est conquise sur un environnement freinant).

La vitesse ne serait-elle qu’une expérience subjective ?

Au-delà de sa mesure spatiale et temporelle et de sa formule mathématique, on perçoit donc la vitesse par une expérience interne et, par analogie, il est possible de saisir intuitivement la vitesse dans les phénomènes objectifs également : intensité, fréquence, concentration, dégagement d’énergie, durée d’un acte sont des critères de reconnaissance. Dans quelle mesure cependant faut-il accorder crédit â cette expérience personnelle des phénomènes extérieurs, et ne faut-il pas douter de la valeur objective de ces critères ? Kant définissait l’espace et le temps comme des réalités non objectives, comme des " formes a priori de la sensibilité " (Critique de la raison pure, Esthétique). Les critères de reconnaissance phénoménale de la vitesse ne sont-ils pas de même simplement des cadres d’appréhension perceptive ou intuitive, extérieurs aux choses ? Mais peut-on suppléer aux insuffisances de la sensibilité (faculté de réceptivité des phénomènes) par les règles du raisonnement et les idées a priori de la raison ? C’est le débat sur l’origine de nos connaissances qui doit à nouveau être posé ici. La connaissance de la vitesse est-elle réellement possible, et suivant quelles voies ?

Limites de l’analyse conceptuelle de la vitesse

La voie conceptuelle et mathématique a depuis longtemps été critiquée, par les Eléates qui en ont tiré une critique du mouvement, et par Bergson qui en a tiré une valorisation du mouvement. Dans les deux cas, on est cependant d’accord pour dire que le mouvement - et par conséquent ses attributs, comme la vitesse - ne peut pas être exprimé adéquatement par des concepts figés ou des formules mathématiques immuables.
Zénon d’Elée a formulé à ce sujet des "paradoxes" montrant l’échec du raisonnement logique dès lors qu’il veut résoudre le problème de la possibilité du mouvement et de différences qualitatives dans le mouvement. Ainsi d’Achille et de la Tortue : si Achille part après elle et veut la rattraper, il n’y arrivera jamais, parce que quand il parcourra un intervalle la tortue en parcourra un autre et sera toujours en avance. De même pour le paradoxe de la flèche en vol :
elle ne peut pas avancer, puisque que si elle avançait elle ne serait jamais quelque part ; or elle est quelque part ; donc elle ne peut pas avancer.
Ces paradoxes sont insurmontables d’un point de vue logique, si l’on s’obstine à vouloir expliquer le mouvement et la vitesse en termes d’espace et de mesure. C’est pour cette raison que Bergson les a fortement critiqués, remarquant que les pas d’Achille doivent être considérés comme des actes, et non seulement comme des trajectoires spatiales, et que dans ces conditions, l’acte d’Achille comprend aussi un aspect temporel, qui crée une vitesse supérieure à celle de la tortue. Pour Bergson, vouloir ramener le mouvement ou la vitesse àdes mesures spatiales ou à des concepts mathématiques, c’est manquer ce qui est essentiel du mouvement : sa durée. Les concepts réduisent le temps à une grandeur mathématique : "le temps entre dans les formules de la mécanique, dans les calculs de l’astronome et même du physicien, sous forme de quantité. On mesure la vitesse d’un mouvement, ce qui implique que le temps lui aussi, est une grandeur" (Essai sur les données immédiates de la conscience, p. 72, PUF, éd. du Centenaire). Or la durée réelle n’est pas saisie conceptuellement, mais intuitivement, par un effort de perception de la continuité ininterrompue des moments qui s’interpénêtrent, à l’image d’une mélodie (cf. G. Brelet, Le temps musical).

La vitesse conçue sans l’espace : le rythme du mouvement

Ainsi les concepts ne nous donnent-ils qu’une vision immobile du mouvement, tout au plus une formule mathématique ou des critères stables d’identification phénoménale, mais non pas une expérience directe de la substantialité du mouvement. Celui-ci n’étant pas stable, peut-il d’ailleurs être saisi par la pensée comme une "substance", dont la vitesse serait un "attribut"? Mais qu’est-ce qu’une substance qui s’échappe sans cesse d’elle-même pour se reconstituer ailleurs ? Et la vitesse ne fait-elle pas qu’aggraver cette dispersion de la substance dans le mouvement ? Tout dépend de l’élément que l’on veut prendre en compte dans la vitesse : on pourrait dire que celle-ci augmente l’espace, mais réduit le temps d’un mouvement physique. Cependant, la réduction du temps de trajet est-elle la seule définition de la vitesse ? Si on ne rapporte pas celle-ci à un repère spatial cartésien, la notion de trajet n est plus pertinente ; il faut alors concevoir une vitesse interne a-spatiale, sans l’extériorité de l’espace, par exemple en termes d’intensité ou d’énergie. On s’aperçoit par ces différences que si la substantialité du mouvement pose problème, celle de la vitesse également, a fortiori puisqu’on peut même la considérer comme un attribut du mouvement.
Pour mieux la comprendre, ne faut-il pas dès lors la relier aux différentes acceptions et modalités du mouvement ? Ici encore il serait utile de relire Aristote (Physique, III 1 201 a et IV 10 2 18b), qui ne considérait pas le mouvement seulement comme le passage d’un lieu à un autre, mais comme le changement (métabolisme) en général, comprenant plusieurs espèces : génération et corruption (substance), accroissement et diminution (quantité), altération (qualité), transport (lieu). La vitesse est donc susceptible de qualifier des changements très variés, concernant aussi bien la physique que la biologie et la métaphysique, par exemple.
La formule générale de la vitesse ne saurait dans ces conditions se réduire au rapport entre un trajet et sa durée. Car il y a des vitesses sans trajet. Ce qui semble rester dans les différentes formes concevables de la vitesse, c’est quelque chose comme un rythme ou un tempo, une certaine concentration d’événements dans une certaine durée. La vitesse d’un mouvement suivant le lieu crée bien une sorte de concentration d’événements en rassemblant plusieurs positions d’un mobile dans une durée définie ; mais il ne s’agit là que d’un exemple de concentration, et non pas du modèle unique de la vitesse.

La vitesse dans la nature : exemple de la biologie

Le changement biologique est un exemple de mouvement d’altération faisant moins intervenir le déplacement dans l’espace que la modification qualitative. Il est possible de mesurer celle-ci, mais aussi de la percevoir et de la comprendre intuitivement, c’est ce à quoi s’attache Bergson dans une bonne partie de son œuvre, il conçoit ainsi la vie d’un organisme comme un retard imposé à la marche des changements matériels, ayant tendance à la rigidité et à l’inertie. Bergson est très influencé par la loi de la " dégradation de l’énergie " formulée par Carnot au sujet de la matière physique, et par l’idée d’ " entropie " que Clausius en a déduite : la matière tend à l’immobilité et à l’ordre. D’une façon mystique Bergson y introduit un souffle d’esprit qui vient créer une mobilité et une liberté contrecarrant cette inertie (cf. L’évolution créatrice, p. 701 et suivantes notamment, op. cit.).
La biologie moderne ne donne pas exactement raison à l’idée de retard avancée par Bergson. La vie n’est pas tardive, elle est au contraire active et dynamique. Mais Bergson ne voulait-il pas dire que la vie vient retarder la dégradation du mouvement, et donc retarder le retard de la matière ? Finalement, il annonce déjà la biologie moderne, qui analyse la rapidité indispensable de certains événements biologiques. Pour vivre, il faut aller vite, ce qui ne veut pas dire se déplacer suivant le lieu, mais accomplir certains actes sans tarder (" ne remets pas à demain ce que tu peux faire aujourd’hui " est peut-être un proverbe essentiellement biologique) - faute de quoi ils seront ineffectifs ou annulés.
La vitesse de certains événements biologiques est la condition indispensable de leur succès. Si le cœur bat trop lentement ou trop vite, l’organisme tout entier en pâtit. La vitesse a en outre un rôle considérable dans les réactions biologiques permettant la vie. Comme le rappelle par exemple J. de Rosnay, les enzymes (catalyseurs biochimiques) opèrent à une vitesse prodigieuse dans l’organisme, "pour accélérer, synchroniser et réguler les réactions du métabolisme" ; l’auteur les compare à des ouvriers travaillant à la chaîne : "non seulement la vitesse de travail de chaque ouvrier [est] importante, mais aussi la synchronisation de cette vitesse avec celle de tous les autres ouvriers de la même chaîne. Et ce n’est pas tout : la vitesse d’assemblage dans une chaîne de montage devra aussi être synchronisée avec celle de toutes les autres chaînes parallèles. En effet, si un seul ouvrier ne travaille pas assez vite, il retarde toute la chaîne. [...] Cette image peut être transposée dans la cellule, au niveau moléculaire. Là, des milliers de réactions s’effectuent simultanément sans retard ni engorgement. Le rôle des enzymes est d’accélérer, de synchroniser et de réguler cet ensemble de réactions. (...) Cela permet à la réaction de se faire à très grande vitesse [...] sans une trop grande dépense en énergie d’activation" (Les origines de la vie, Seuil, 1970, pages 162 à 164). On pourrait multiplier les exemples de rapidité ou de lenteur des événements biologiques qui, pour se dérouler et se coordonner suivent une chronologie et un rythme précis. Par exemple, la rapidité de transmission des informations sensorielles au cerveau est la condition d’une réaction immédiatement adaptée du corps et de la personne à son environnement.

La vitesse dans la nature humaine : exemple de la pratique


Au niveau pratique aussi, la vitesse est dans certaines conditions un facteur décisif pour le succès de nos actes. Le soldat qui ne tire pas assez vite est tué le premier ; le secouriste qui arrive trop tard ou qui se précipite n’arrive pas à sauver l’accidenté ; celui qui parle trop vite se trompe souvent et celui qui parle trop lentement n’est pas écouté jusqu’au bout ; celui qui perçoit les phénomènes rapides arrive mieux à les maîtriser que celui qui n’ a pas l’esprit assez agile, etc.

Qu’est-ce que suivre "la vitesse de la nature" ?

Ainsi, avant de porter un jugement moral sur la vitesse, il est possible d’en dégager le sens et l’utilité, tant au niveau physique, que biologique ou pratique. On conçoit alors que la vitesse soit une manière de rationaliser le mouvement en le rapportant à une mesure du temps et de l’espace, ce qui en fait une notion physico-mathématique ; mais on s’aperçoit aussi plus substantiellement, qu’elle peut apparaître à nos sens et à notre intuition (sans contradiction avec son concept ?) comme une sorte de concentration ou de rythme d’un ou de plusieurs événements dans une durée plus ou moins définie. L’objectivité de la vitesse se renforce alors par la complémentarité des approches conceptuelle et intuitive : la vitesse est bien une caractéristique des objets en mouvement, et non seulement une vue de l’esprit. Elle appartient à de nombreux événements, qu’ils soient physiques, humains, historiques, biologiques... La vitesse est un élément structurel du réel, si l’on admet du moins que le mouvement au sens large n’est pas seulement l’expression d’un devenir perpétuellement fuyant et inconsistant, mais plutôt l’animation interne -et en même temps profuse - de la substance.
Dans ces conditions, faut-il rechercher ou non la vitesse ? Si celle-ci existe déjà indépendamment de nous comme un élément objectif du réel, la question de la vitesse peut alors devenir : pourquoi nous conformer à la nature ? et surtout, se conformer à la nature, est-ce véritablement aller lentement à sa traîne ? La rapidité et la lenteur se trouvant en nous et hors de nous, quoi qu’on veuille, la question est donc moins de choisir l’une et de rejeter l’autre, que de trouver le juste équilibre entre les deux, à la fois dans notre compréhension du monde et dans notre comportement dans ce monde.


Date de création : 08/01/2005 @ 14:00
Dernière modification : 10/01/2005 @ 20:50
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