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arendt.jpgExplication de texte: Hannah Arendt - art

Expliquer le texte suivant :
Parmi les choses qu'on ne rencontre pas dans la nature, mais seulement dans le monde fabriqué par l'homme, on distingue entre objets d'usage et oeuvres d'art ; tous deux possèdent une certaine permanence qui va de la durée ordinaire à une immortalité potentielle dans le cas de l'oeuvre d'art. En tant que tels, ils se distinguent d'une part des produits de consommation, dont la durée au monde excède à peine le temps nécessaire à les préparer, et d'autre part, des produits de l'action, cornme1es événements, les actes et les mots, tous en eux-mêmes si transitoires qu'ils survivraient à peine à l'heure ou au jour où ils apparaissent au monde, s'ils n'étaient conservés d'abord par la mémoire de l'homme, qui les tisse en récits, et puis par ses facultés de fabrication. Du point de vue de la durée pure, les oeuvres d'art sont clairement supérieures à toutes les autres choses; comme elles durent plus longtemps au monde que n'importe quoi d'autre, elles sont les plus mondaines des choses. Davantage, elles sont les seules choses à n'avoir aucune fonction dans le processus vital de la société; à proprement parler, elles ne sont pas fabriquées pour les hommes, mais pour le monde, qui est destiné à survivre à la vie limitée des mortels, au va-et-vient des générations. Non seulement elles ne sont pas consommées comme des biens de consommation, ni usées comme des objets d'usage: mais elles sont délibérément écartées des procès de consommation et d'utilisation, et isolées loin de la sphère des nécessités de la vie humaine.
Hannah Arendt, La Crise de la culture.

 La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Lire le texte en repérant les concepts clés et les principales articulations

Répondez aux questions :
  • Quel est le thème du texte ?
    Quelles sont les notions du programmes concernées par le texte et quel est le questionnement explicitement ou implicitement auquel le texte invite ?
  • Quelle est la thèse de l'auteur ?
    Quelle est la position de l'auteur face à ce questionnement ?
  • Quel est l'enjeu du texte ?
    En quoi une telle prise de position nous engage-t-elle ?
    Qu'est-ce que cela change pour nous ?
    Que risquons-nous dans cette discussion ?
  • Quelle est la structure du texte ? Comment s'organise la démarche de l'auteur ? (Progression, articulations logiques...)
Ces éléments vous serviront pour rédiger l'introduction et organiser votre explication.
Quelques pistes de réflexion
Quels sont les trois critères retenus ici par l'auteur pour établir une classification générale des objets? (Pour plus de clarté, faire un schéma de la classification des objets proposée par H. Arendt.)
Attention au sens de l'adjectif "mondaine". Qu'est-ce que le "monde" pour Hannah Arendt? Consultez pour cela la fiche de l'auteur.
Montrez le lien entre la relation au temps et la fonction. Mais toutes les oeuvres d'art sont-elles "potentiellement immortelles"?

 

Eléments pour une explication détaillée

Eléments pour une introduction
Quelle est la spécificité de l'œuvre d'art par rapport aux autres productions humaines? La thèse de l'auteur est que les œuvres d'art se distinguent de tout autre production humaine par leur durabilité et leur inutilité.
Problématique :
  • Quelle est la classification des productions humaines proposée par H. Arendt ?
  • En quoi l'oeuvre d'art se distingue-t-elle des autres productions du point de vue de la durée?
  • En quoi l'oeuvre d'art se distingue-t-elle des autres productions du point de vue de sa finalité?
  • Y a-t-il un lien entre la durabilité de l'œuvre et son inutilité?
Enjeu : Mais si  les œuvres d'art ne servent à rien, alors quelle est la finalité de l'art et pourquoi les œuvres d'art ont-elles cette pérennité ? Des artistes, pour quoi faire ?
Structure du texte :
  • Le contexte : la sphère des productions humaines en tant qu'elle s'oppose à la nature. (Début de la première phrase)
  • Premier critère de distinction entre les œuvres d'art et les autres productions humaines : leur durée dans le temps.      (De «... on distingue » à «... les plus mondaines des choses.»)
    • Les productions permanentes : objets d'usage durables mais pas éternels et œuvres d'art potentiellement immortelles.
    • Les productions non-permanentes : produits de consommation périssables et produits de l'action éphémères.
  • Deuxième critère de distinction entre les œuvres d'art et les autres productions humaines : leur finalité. (À partir de «Davantage,...»)
    • Les produits de consommation et les objets d'usage ont une fonction. Ils sont liés à la nécessité vitale.
    • Les œuvres d'art n'ont aucune fonction. Elles sont isolées des nécessités de la vie.
Éléments pour une étude détaillée
Attention: ce qui suit n'est pas l'explication du texte ni même un plan d'explication mais des informations et des éléments de réflexion pour une telle explication.
1. Le contexte : le « monde » et la sphère des productions humaines en tant qu'elle se distingue de la nature.
Hannah Arendt oppose la «nature» au «monde fabriqué par l'homme». Cette notion de monde est importante car H. Arendt dira plus loin que les œuvres d'art lui sont destinées. Elles seraient créées «pour le monde». Qu'est-ce que ce monde? En quoi est-il différent de la nature et de la société?
La nature renvoie les hommes à leur animalité, leur appartenance à une espèce naturelle. Le monde, au contraire, comme la société, les renvoie à leur humanité, contrairement à «la sublime indifférence d'une nature vierge dont l'écrasante force élémentaire les oblige à tourner sans répit dans le cercle de leur biologie parfaitement ajustée au vaste cycle de l'économie de la nature» dit Hannah Arendt dans La Condition de l'homme moderne. Le monde  habité par l’homme est artificiel, c'est-à-dire un produit de l'art humain. Autrement dit, l'homme est «homo faber» avant d'être «homo sapiens» ou «homo loquens». «Si nous pouvions nous dépouiller de tout orgueil, si, pour définir notre espèce, nous nous en tenions strictement à ce que l'histoire et la préhistoire nous présentent comme la caractéristique constante de l'homme et de l'intelligence, nous ne dirions peut-être pas Homo sapiens, mais Homo faber» dit Bergson dans L'évolution créatrice. (Cf. aussi le mythe de Prométhée). Le monde est un ouvrage d'art (au sens des arts et métiers), c'est-à-dire un environnement matériel stable, incarné dans des objets durables qui sont les produits de l'ingéniosité humaine; et c'est cet environnement qui est, selon Arendt, la destination des œuvres d'art (au sens des Beaux-arts).
Ainsi, le monde n’est pas la société. Le monde est un environnement culturel caractérisé non seulement par des symboles et des règles, selon le critère proposé par Lévi-Strauss, mais par des productions matérielles durables : des objets. L'être humain produit des choses «qu'on ne rencontre pas dans la nature». «Le monde est lié aux productions humaines, aux objets fabriqués de main d'homme, ainsi qu'aux relations qui existent entre ses habitants» précise Hannah Arendt dans La Condition de l'homme moderne. Mais le concept de monde n'est pas synonyme de culture au sens courant du terme, car une culture est liée à une société particulière alors que le monde dont parle Arendt est commun à tous les hommes. Il n’est pas relatif à une société particulière. Il a l’universalité de la nature.
En opposant le monde humain à la nature et en associant l'art exclusivement au monde humain, Hannah Arendt rend au moins justice à la vocation de l'art, qui est d'abord, comme l'a fortement souligné Gilson, de «faire». Cela exclut-il la possibilité qu'une chose naturelle puisse être esthétiquement évaluable ? Non. Mais le bois flotté, la pierre, le coquillage, promus au rang d'œuvres d'art supposent au moins cette intervention humaine minimale par laquelle l'objet sélectionné est en quelque sorte arraché à la nature et introduit dans le monde humain où il est présenté à l'évaluation esthétique.
Parmi les productions humaines qui contribuent à former ce monde durable proprement humain, Hannah Arendt va distinguer les productions selon leur durée de vie d'une part puis selon leur fonctionnalité d'autre part.
Le graphe ci-dessous  résume la classification établie par Hannah Arendt.
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2. La spécificité de l'œuvre d'art
Examinons les productions humaines dans l'ordre croissant de leur durabilité, mais sans dissocier les deux critères de durée et de fonctionnalité car ils sont indissociables.

Les produits de l'action
Ce sont «les événements, les actes et les mots». Ils sont éphémères en ce sens qu'ils ne durent que le temps de leur accomplissement. Ils sont ponctuels, instantanés, actuels par excellence : ils appartiennent au présent. Un produit de l’action peut durer de quelques secondes à quelques heurs ou même quelques jours. L’unité de référence temporelle est ici la journée.
Par «produits de l'action», Hannah Arendt désigne l’acte lui-même, le simple fait d'agir, et non ce que l'acte produit. Une série d'actes, peut produire un objet dans une relation de cause à effet. Par exemple, le vannier produit un panier en tressant l'osier, mais le produit de l'action de vanner, c'est la série des actes de tressage et non le panier d'osier produit par ces actes. On a donc :
L'action produit l'acte qui produit un objet:
Ex.: Le vannage produit l'acte de tresser qui produit le panier
Un produit de l’action si «transitoire» soient-il, peut perdurer indirectement de deux manières : d’une part, il peut être conservé dans la mémoire que l’homme en a, d’autre part «par ses facultés de fabrication». Dans l’exemple de l’action de vanner, d’une part, on peut se souvenir de l’avoir fait et le raconter, d’autre part le panier fabriqué est la trace matérielle du tressage qui l’a produit. Dans les deux cas, le produit de l’action survit dans son signe.
Le langage, en tant que système de signes, re-présente les produits de l’action dans des récits mémorisés ou transcrits. Il est l’instrument par excellence de la mémoire personnelle ou collective. Les objets fabriqués sont aussi des signes des actions, soit parce qu’ils les symbolisent (monuments aux morts, plaques commémoratives, arcs de triomphe...), soit parce qu’ils en sont les vestiges (les trous d’obus et les blockhaus sur les plages du débarquement, les ombres laissées par les corps de certaines victimes sur des pans de murs au moment de l'explosion atomique à Hiroshima), soit encore parce qu’ils en sont les produits (le panier produit par les actes du vannier).
Les produits de l'action sont utiles, on le sait par déduction, puisque H. Arendt dit que les œuvres d'art «sont les seules choses à n'avoir aucune fonction dans le processus vital de la société». Quelle est alors la fonction des produits de l’action? Le texte ne le dit pas. Mais on peut voir que sans action, aucune production n'est possible. Les actions ont donc une utilité indirecte, via l'utilité du produit de leur produit. Mais les actions, en tant qu'elles produisent des actes, des paroles et des événements ont aussi une fonction directe : la mise en relation des acteurs dans l'exercice de leur liberté d'agir. Tout acte est une mise en situation: situation de communication, situation d'interaction. L'action est pour H. Arendt une mise en espace de la liberté humaine. «Être libre et agir ne font qu'un» dit Arendt (La Crise de la culture, «Qu'est-ce que la liberté?», p. 198). La liberté est une forme de «virtuosité dans l'action» : la capacité de faire advenir l'improbable par son intervention dans le monde. C'est en ce sens que Hannah Arendt dit que l'homme libre est un «faiseur de miracle»: il fait se produire un «événement» au sens fort du terme, c'est-à-dire ce qui, sans lui, aurait eu très peu de chance d'arriver. C'est cela la fonction de l'action: l’exercice de la liberté.

Les produits de consommation
Moins éphémères que les produits de l'action, les produits de consommation courante sont les denrées périssables comme la boisson, la nourriture, mais aussi les produits d’entretien, l’essence, ... Ils sont avant tout liés aux fonctions primaires de l'organisme et au cycle quotidien de la satisfaction des besoins nécessaires à l’entretien du corps et au maintien de la vie. Mais, qu’ils satisfassent des besoins nécessaires ou des désirs superflus, tous les produits de consommation ont en commun le fait que leur durée «excède à peine le temps nécessaire à les préparer». Ces produits sont destinés à être consommés plus ou moins rapidement. Ils ne sont pas faits pour être conservés. Même stockés grâce à des moyens de conservation appropriés (congélation, lyophilisation, salaison, fumaison...), ils sont toujours assortis de leur date de péremption, signe de leur caractère passager. Un produit de consommation dure quelques heures, quelques jours, rarement plus d'une année. L’unité temporelle de référence est ici l’année.
L’utilité des produits de consommation est évidente : ils ont, pour la plupart, une fonction vitale. Ils font partie de «la sphère des nécessités de la vie humaine». Si le nécessaire vient à manquer, c'est la vie elle-même qui est mise en péril. Ainsi, si les produits de consommation ne sont pas conservés, c'est pour pouvoir conserver la vie.

Les objets d'usage
Hannah Arendt distingue les objets d'usage des produits de consommation. Les objets d'usage, contrairement aux produits consommables, sont faits pour durer un certain temps. Ce sont les ustensiles, les vêtements, les meubles, mais aussi les bâtiments, les routes... Ils ont «une durée ordinaire » Entendons par là une durée de l'ordre d'une vie humaine, ce que Arendt appelle « la vie limitée des mortels». L'unité temporelle de référence est ici une génération.
Comme les produits de consommation, les objets d’usage ont un rôle à jouer dans la survie ou le bien-être matériel des êtres humains. De plus, ces objets confèrent à notre environnement une certaine stabilité. «C'est cette durabilité qui donne aux objets du monde une relative indépendance par rapport aux hommes qui les ont produits et qui s'en servent, une «objectivité» qui les fait «s'opposer», résister, au moins quelque temps, à la voracité de leurs auteurs et usagers vivants. À ce point de vue, les objets ont pour fonction de stabiliser la vie humaine» dit Hannah Arendt dans La Condition de l'homme moderne. Un objet d'usage a donc une utilité. Il est utilisé et c'est pourquoi il s'use. Il y a donc un lien entre la durée de vie limité d'un objet d'usage et le fait qu'il ait  une fonction «dans le processus vital de la société».
Notons que le propre d'une société dite «de consommation» est de tendre à transformer tout objet d'usage en produit de consommation en diminuant sa résistance à l'usure ou en le rendant obsolète, donc en accélérant son cycle de renouvellement.

Les œuvres d'art
Elles ont «une immortalité potentielle». Non seulement l'œuvre survit à l'artiste, mais elle survit à la société qui l'a produite. L'œuvre d'art a, en ce sens, un caractère intemporel. Elle est «destinée à survivre au va-et-vient des générations». L'unité de référence est ici la présence de l'espèce humaine sur la terre.
Pourtant, l’œuvre d’art aussi, en tant qu'objet matériel, peut se détériorer et se détruire. C'est pourquoi Arendt précise qu’elle est «potentiellement» immortelle. L'immortalité de l'œuvre est une immortalité de principe. Si elle échappe au temps, c'est qu'elle n'est liée ni à une personne, ni à une époque, ni à une culture particulière.
On serait tenté de rapprocher cette idée de celle, plus classique, de l'universalité de l'œuvre d'art. Mais Arendt se situe sur un plan plus pratique: les œuvres d’art durent parce qu'elles ne servent à rien. «Elles sont délibérément écartées des procès de consommation et d'utilisation». Les ready-made de Duchamp, justement parce que ce sont initialement des objets d’usage, illustrent parfaitement ce processus de mise à l'écart délibérée de la fonction. L'urinoir, la pelle à neige, le porte-bouteille de Duchamp, en tant que tels, sont des objets techniques qui ont un usage. Mais c'est précisément la mise à l'écart de cet usage potentiel qui permet à ces objets d'être considérés pour leur valeur esthétique et non pour leur utilité pratique. C'est la raison pour laquelle uriner dans l'urinoir de Duchamp comme l'a fait, lors d'une exposition en 1993, Pierre Pinoncelli - un artiste contestataire se revendiquant du mouvement dada - est inapproprié.
Si durable soit-il, l'objet d'usage est condamné à tomber en désuétude. Il ne résiste pas indéfiniment aux assauts du temps parce qu'il perd sa valeur s'il n'est plus utilisé et il cesse inévitablement d’être utilisé s’il est usé ou obsolète. Au contraire, l'œuvre d'art, n'ayant aucune fonction en tant qu'oeuvre d'art , ne perd jamais sa valeur. Si elle dure, c'est en partie parce qu'elle est inutile, ou du moins parce que sa valeur ne lui vient pas de son éventuelle utilité. «Elle n'est pas fabriquée pour les hommes mais pour le monde», dit Hannah Arendt. Mais que faut-il entendre par monde?
Les œuvres d'art, dit Arendt, sont «les plus mondaines des choses». «Mondaine» ne veut pas dire ici «relatif à la bonne société» («people», futile); «mondaine» ne veut pas dire non plus «qui appartient au monde entier» («mondial» au sens de la mondialisation). L'œuvre d'art est «mondaine» parce qu'elle est faite pour le «monde» au sens défini plus haut: l'environnement culturel et matériel durable, façonné de main d'homme et qui crée le lien humain de génération en génération.
Si elle est faite «pour le monde», l’oeuvre a bien une finalité, celle d'être au monde. Mais elle n'a pas de fonctionnalité. L'œuvre d'art n'a strictement aucune fonction : ni celle de décorer, ni celle d'enseigner l'histoire, ni celle d'éduquer moralement, ni celle de témoigner, ni même celle d'exprimer les sentiments ou la vision du monde de l'artiste. Toute tentation de trouver une fonction à l'art est une dérive utilitariste. La seule finalité de l'art est d'être là, d'exister dans le monde. C'est ce qu'affirme très clairement Arendt dans cet autre extrait de La Crise de la culture:
«On fait des grandes œuvres d'art un usage tout aussi déplacé quand elles servent les fins de l'éducation ou de la perfection personnelles, que lorsqu'elles servent quelque autre fin que ce soit. Ce peut être aussi utile, aussi légitime de regarder un tableau en vue de parfaire sa connaissance d'une période donnée, qu'il est utile et légitime d'utiliser une peinture pour boucher un trou dans un mur. Dans les deux cas, on utilise l'objet d'art à des fins secondes.»
Discussion
On pourrait objecter que certaines œuvres d'art sont ou ont été utiles (l'architecture, le design, l'art sacré, l'art primitif...). Cependant, est-ce en tant qu'elles sont utiles qu'elles sont des œuvres d'art? Un objet est perçu comme un objet d'art, selon Panofsky, quand la forme l'emporte sur la fonction, c'est-à-dire quand la perception s'attache plus à l'analyse de ses composantes stylistiques qu'à celle de ses fins utilitaires. Cependant, Cariss Beaune, spécialiste en histoire de l'art, fait remarquer que cette dichotomie entre l'art et la fonction, introduite par une certaine esthétique occidentale, se révèle assez arbitraire, si l'on considère que la structure de toute œuvre (au sens large du mot) obéit à un plan préconçu en fonction de son «utilisation», y compris quand cette utilisation est l'absence d'utilisation.
Par ailleurs, toutes les œuvres d'art sont-elles créées «pour le monde» c'est-à-dire pour durer? Cela semble incompatible avec certaines pratiques artistiques traditionnelles et contemporaines : improvisations, performances, art vivant, land art ...
Que dire, par exemple,
  • des emballages de Christo (ex. : l’emballage de deux kilomètres de littoral, au nord de Sydney en 1961);
  • ou de ces «statues» faites de graines, destinées à être picorées par des pigeons jusqu'à leur destruction complète (Biennale d'art contemporain de Lyon, 2005);
  • ou encore de l’entreprise de Roman Opalka qui peint en blanc sur fond noir, sur des toiles, toutes de même format, la suite arithmétique des nombres entiers de 1 à l'infini en éclaircissant progressivement le fond, jusqu'au jour ou les chiffres blancs s'inscriront sur un fond blanc et seront donc parfaitement indiscernables... ou jusqu'à sa mort?
Ces œuvres sont-elles « mondaines » au sens de Hannah Arendt?
 
Quelques lectures pour approfondir
 
 

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Article rédigé par Maryvonne Longeart, professeur de philosophie, pour le Lycée Ouvert de Grenoble


Date de création : 06/11/2009 @ 21:07
Dernière modification : 06/10/2010 @ 18:30
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