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merleau_ponty.jpgMerleau-Ponty - Autrui et l'expérience du dialogue

Expliquer le texte suivant :
Dans l’expérience du dialogue, il se constitue entre autrui et moi un terrain commun, ma pensée et la sienne ne font qu’un seul tissu, mes propos et ceux de mon interlocuteur sont appelés par l’état de la discussion, ils s’insèrent dans une opération commune dont aucun de nous n’est le créateur. Il y a là un être à deux, et autrui n’est plus ici pour moi un simple comportement dans mon champ transcendantal, ni d’ailleurs moi dans le sien, nous sommes l’un pour l’autre collaborateurs dans une réciprocité parfaite, nos perspectives glissent l’une dans l’autre, nous coexistons à travers un même monde. Dans le dialogue présent, je suis libéré de moi-même, les pensées d’autrui sont bien des pensées siennes, ce n’est pas moi qui les forme, bien que je les saisisse aussitôt nées ou que je les devance, et même, l’objection que me fait l’interlocuteur m’arrache des pensées que je ne savais pas posséder, de sorte que si je lui prête des pensées, il me fait penser en retour. C’est seulement après coup, quand je me suis retiré du dialogue, et m’en souviens, que je puis le réintégrer à ma vie, en faire un épisode de mon histoire privée, et qu’autrui rentre dans son absence, ou, dans la mesure où il me reste présent, est senti comme une menace pour moi. 
Maurice Merleau-PontyPhénoménologie de la perception, Gallimard, 1945, p. 407.
 
La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question

Lire le texte en repérant les concepts clés et les principales articulation
 
Répondez aux questions :
  • Quel est le thème du texte ?
    Quelles sont les notions du programmes concernées par le texte et quel est le questionnement explicitement ou implicitement auquel le texte invite ?
  • Quelle est la thèse de l'auteur ?
    Quelle est la position de l'auteur face à ce questionnement ?
  • Quel est l'enjeu du texte ?
    En quoi une telle prise de position nous engage-t-elle ?
    Qu'est-ce que cela change pour nous ?
    Que risquons-nous dans cette discussion ?
  • Quelle est la structure du texte ? Comment s'organise la démarche de l'auteur ? (Progression, articulations logiques...)
Ces éléments vous serviront pour rédiger l'introduction et organiser votre explication.

Quelques pistes de réflexion
Analysez l'image du tissu. Qu'est-ce que cette image apporte à l'idée de "monde commun" ?
A quelles condition un dialogue est-il un vrai dialogue par opposition à un dialogue de sourds ?
En quoi le dialogue nous libère-t-il de nous-même ?
En quels sens autrui peut-il être une menace ?

Explication détaillée
1. Les concepts clés
Lire attentivement le texte en repérant les concepts clés
NB : les termes entre parenthèse n’apparaissent pas explicitement dans le texte.
Concepts clés
Associés à
Opposés à
  • dialogue
(communication, langage, parole)
  • discussion
  • opération commune
  • être à deux
  • réciprocité
  • libération
  • Présence
(intériorité/extériorité)
  • histoire privée
  • absence
(violence)
  • autrui
(intersubjectivité)
  • moi
  • collaborateur
  • présence/absence
  • être à deux
  • coexistence, être à deux
  • menace
  • comportement
(objet)
  • pensée
(conscience, subjectivité)
  • tissu
  • perspective
  • champ transcendantal
(intériorité, intentionnalité)
  • comportement
(corps)
  • monde
(objectivité)
  • même (monde)
  • terrain commun
  • coexistence, être à deux
(extériorité)
  • histoire privée
(subjectivité)
  • Menace
(violence)
  • absence de dialogue
  • réciprocité parfaite
 
Cette lecture permet de dégager le thème du texte : La relation à autrui par le dialogue. Le thème du texte n’est pas l’existence d’autrui. Le thème central est celui du dialogue
La thèse de Merleau-Ponty est que le dialogue permet l’intersubjectivité et donc l’objectivité. Cette thèse générale se spécialise sous la forme de trois thèses particulières :
  1. Le dialogue crée un monde commun.
  2. Le dialogue permet le développement de la pensée.
  3. L’absence d’autrui (et non sa présence) représente une menace pour le sujet.
Ces trois thèses qui sont étroitement liées confèrent au texte sa structure. Une double barre «//» matérialise les parties du texte dans le texte reproduit ci-contre.
L’enjeu principal du texte est évoqué dans la dernière phrase «quand je me suis retiré du dialogue [...] autrui est senti comme une menace pour moi». La seule alternative serait dialogue ou violence.
Un autre enjeu est associé au rôle du dialogue dans le développement de la pensée. Si la présence d’autrui et le dialogue avec lui sont indispensables au développement de ma pensée, puis-je penser par moi-même?
 
2 . Introduction
Il faut dégager le thème du texte : la relation à autrui dans l’expérience du dialogue.
Il faut ensuite dégager la thèse de l’auteur: le dialogue est la condition de la reconnaissance réciproque des sujets et de la construction d’un monde commun.
Quel est l’enjeu du texte? N’est-ce pas en arrière plan, l’opposition entre langage et violence?
Mais le dialogue n’est-il pas aussi une forme d’affrontement, une lutte parfois inégale dans laquelle « le plus fort » (le plus instruit, le plus éloquent, celui qui a autorité...) gagne?
Mais s'agit-il alors d'un vrai dialogue?

3. Explication détaillée
Le texte se divise en trois parties correspondant aux trois thèses principales. On peut donc structurer l’étude de la même façon en la divisant en trois parties, chacune consacrée à l’explication et à l’examen de l’une de ces trois thèses.
  • 3.1 Constitution d’un monde intersubjectif par le dialogue
Qu’est-ce qu’un dialogue? Le dialogue s’oppose à la fois au texte écrit, au discours oral et à la simple conversation. C’est une communication linguistique, orale qui suppose l’échange de vues. Pour expliquer la notion de dialogue, il faut expliquer ces quatre termes.
message_code.gif
Schéma d’une situation de communication

Un émetteur envoie à un récepteur un message dans un certain code en utilisant un canal de transmission.
Le message porte sur un référent auquel le récepteur doit pouvoir se reporter suite au décodage du message.
  • Linguistique : Le code utilisé est le langage humain (voir les principales caractéristiques du langage humain dans la fiche sur le langage).
  • Orale :Le canal utilisé est l’onde sonore. Le dialogue utilise la parole = acte singulier d’utilisation de la langue par la production de sons articulés.
  • Échange : Dans le dialogue, les interlocuteurs prennent tour à tour la parole. Les rôles émetteur/récepteur sont interchangeables entre les interlocuteurs. Le canal est réversible. De plus, l’échange dialogué suppose un partage d’idées et non la pure affirmation dogmatique d’une opinion. Dans l’échange, on est prêt éventuellement à changer de point de vue. D'où les règles du dialogue établies par Socrate.
Que faut-il entendre par «moi» et «autrui»? Autrui, c’est l’autre moi, et moi, c’est le sujet conscient, source de l’intentionnalité. Moi et autrui sont les deux pôles de la subjectivité.
 
voir la synthèse sur autrui et l'intersubjectivité
 
Que faut-il entendre par « tissu commun »? Il s’agit d’une même signification. Un signe linguistique est l’union indissociable d’un signifiant (le support matériel) et d’un signifié (le sens). Nous ne pouvons nous comprendre que si nous associons les mêmes signifiés aux mêmes signifiants. De plus, Merleau-Ponty nous dit que cette association se fait à deux : comme dans un tissage, il faut deux fils, la trame et la chaîne; l’un des interlocuteurs fournit la trame, l’autre la chaîne et la signification commune (le tissu commun) est la résultante des deux.
Que faut-il entendre par « terrain commun »? Il s’agit du monde en tant qu’il est non seulement mon monde, mais aussi le vôtre. Le langage, et plus particulièrement son exercice dans le dialogue, est une condition de possibilité de l’objectivité. Cela ne veut pas dire que moi et mon interlocuteur avons les mêmes pensées, les mêmes points de vue. Bien au contraire : il faut deux fils distincts pour faire un tissu, la chaîne et la trame, qui s’entrecroisent mais ne se confondent jamais. Nous pensons différemment, mais nous pensons ensemble.
 
Voir le repère: Objectif / Subjectif
 
Merleau-Ponty dit qu’autrui ne se réduit pas à un «simple comportement». Un comportement est quelque chose de physique, d’observable. Le «simple comportement » s’oppose ici à la pensée. L’intériorité des pensées s’oppose à l’extériorité du comportement. Autrui ne se réduit jamais à un simple corps, chose parmi les choses.
On peut rappeler ici que, pour Descartes, le langage est bien le seul comportement observable qui permette d’affirmer qu’autrui est bien un être pensant comme moi. Le langage me révèle autrui comme être pensant et m’arrache ainsi à la solitude du cogito. L’expérience du cogito selon Descartes me permet de m’affirmer comme être pensant, mais c’est l’observation du comportement linguistique chez les autres qui me permet d’affirmer aussi leur existence comme êtres pensants (voir à ce sujet la lettre de Descartes au Marquis de Newcastle). Pour Merleau-Ponty, cependant, ce n’est pas le langage en général mais la parole échangée qui transforme autrui de simple objet de mon champ transcendantal en un sujet dans un champ transcendantal commun (un « monde »).
La notion de «champ transcendantal» est une notion technique qui appelle une explication. En quoi s’agit-il d’un champ? En quoi est-il transcendantal? Cette notion ne se comprend qu’en référence à celle d’intentionnalité (Husserl). L’intentionnalité est le fait, pour la conscience, de «viser» un objet (d’où l’idée de «perspective» également utilisée dans le texte). Le «champ» est l’espace de cette visée, de cette mise à distance de l’objet par le sujet par laquelle le sujet se situe par rapport à l’objet (par analogie avec le champ de vision, qui place les objets à distance, mais permet aussi de les voir, de les saisir). Ce champ de la visée de la conscience est «transcendantal» dans la mesure où il est indépendant de toute expérience particulière. C’est une structure qui rend possible l’extériorité, la rencontre entre un sujet et un objet mais qui n’est pas elle-même perçue. Le champ transcendantal est le lieu de tout ce qui n’est pas moi et qui se présente de l’extérieur à ma conscience. Il est le lieu de la différence.
Dans l’expérience du dialogue, mon champ transcendantal et celui d’autrui, qui sont par définition différents et exclusifs l’un de l’autre - je ne peux pas me mettre à la place d’autrui sans cesser d’être moi - se composent pour former un même champ unifié (d’où cette idée que nos deux perspectives «glissent» l’une vers l’autre).
  • 3.2 Développement de la pensée par le dialogue
Il faut rappeler que l’élaboration de la pensée est une des fonctions du langage.
Mais Merleau-Ponty va plus loin. Pour lui, la fonction d’élaboration de la pensée n’est jamais pleinement réalisée que dans un «être à deux», l’échange des pensées qu’est le dialogue.
Penser, c’est toujours dialoguer, avec les autres, mais aussi avec soi-même.
Mais le véritable dialogue est plus qu’un simple échange de parole. D’où la nécessité, nous dit Platon, de respecter certaines règles: ne pas se contredire, être de bonne foi, écouter, accepter l’objection, être prêt à reconnaître ses erreurs...
C’est en ce sens que, dit Merleau-Ponty, l’interlocuteur «m’arrache des pensées que je ne savais pas posséder». Socrate se disait lui aussi « accoucheur des âmes » par le dialogue (la maïeutique).
Je suis, dit l’auteur, «libéré de moi-même». Il faut expliquer cela, car autrui est souvent considéré au contraire comme un obstacle à ma liberté et non une condition de ma libération. De quoi autrui me délivre-t-il? De l’opinion. C’est la liberté de pensée, la pensée libérée de la subjectivité, autrement dit, c’est l’objectivité que le dialogue rend possible. (Voir à ce sujet Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique, ou la version pour enfant Vendredi ou la vie sauvage commentée par Jean-Pierre Zarader dans son livre Robinson philosophe. Vendredi ou la vie sauvage de Michel Tournier, un parcours philosophique. Ellipses, 1999.)

Voir le repère: Objectif / Subjectif
  • 3.3 La menace d’autrui dans l’absence de dialogue
Pourquoi autrui absent est-il plus menaçant qu’autrui présent? Cette remarque est paradoxale!
L’affrontement dans le dialogue me révèle mes propres pensées en même temps que celles d’autrui. En ce sens, le dialogue, loin de mettre en péril ma pensée et mon identité, permet au contraire leur réalisation (au sens fort du terme : devenir réel). «Penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec les autres?» dit Kant
Mais pourquoi le souvenir du dialogue peut-il être «menaçant», destructeur alors que le dialogue effectif est constructeur? Le souvenir du dialogue est privé, c'est un épisode de «mon histoire privée»; le dialogue réel est public. Dans le souvenir du dialogue, les interlocuteurs ne peuvent plus rendre raison de leurs opinions. L’opposition, réelle ou potentielle, est donc indépassable. La pensée de l’autre est alors irrémédiablement en compétition avec la mienne, différente de la mienne, négation de la mienne.
 
 
Quelques lectures pour approfondir
 


Article rédigé par Maryvonne Longeart, professeur de philosophie


Glossaire

Cogito

(...) Je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité : je pense donc je suis, était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques ne pouvaient l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans plus de scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais.


Descartes, Discours de la méthode, IV.

Descartes

Philosophe et mathématicien français né à La Haye, en Touraine, en 1596, Descartes a été formé au collège jésuite de La Flèche.

De l'enseignement qu'il y reçoit, seules l'algèbre et la géométrie trouvent grâce à ses yeux. Après des études de droit à Poitiers, il participe à la campagne de Hollande puis il voyage en Europe et entre en contact avec les milieux scientifiques et philosophiques de son époque.

Il est un partisan de la nouvelle physique mais renonce à publier ses propres travaux après la condamnation de Galilée. Dès 1628 Descartes s'installe en Hollande pour se consacrer à ses recherches scientifiques et philosophiques.

La reine Christine de Suède le fait venir à sa cour en 1649. Il meurt à Stockholm en 1650.


Date de création : 30/10/2009 @ 22:50
Dernière modification : 07/10/2012 @ 23:43
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