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Tice - Internet et société

Par Pierre Rostaing, professeur de philosophie

Internet atomise-t-il davantage la société ou bien est-il, au contraire, une machine de production sociale, une machine à produire du lien social ?

Qu'est-ce que l'Internet ?

INTERNET est un raccourcis d’INTERnational NETwork. Par définition, donc : réseau international. En matière de communication, donc de pédagogie, le système informatique ne doit pas avoir plus (ni moins) d'importance que la structure moléculaire du papier sur lequel j'écris. C'est la réflexion en commun, le travail en réseau, qui prime sur toute autre considération.

Que permet-il ?

Il permet d'abord d'automatiser les tâches répétitives par intégration de suites de procédures [comme, par exemple, dans le courrier électronique qui met en relation directe le 'messager' avec son 'destinataire', ou le 'producteur' et ses 'clients'].
Il permet ensuite de discuter et de travailler à résoudre des problèmes de toute échelle [locale, nationale, internationale].
Il permet enfin d'organiser et de généraliser internationalement des mises en oeuvre de solutions locales.
Par sa manière même, l'Internet permet donc de détacher chaque individu des tâches les plus laborieuses (qui l'isolent, en règle générale) en vue de la communication avec les autres et de la recherche et de l'élaboration en commun de réponses à des problèmes. En bref : il libère l'action privée pour la réflexion commune. En permettant d'ouvrir et de lier chacun au reste du monde, il permet ainsi d'accentuer la dimension citoyenne des apprentissages et de la formation. En intégrant, dès l'école, sa logique de la communication à l'intérieur et avec l'extérieur, il va permettre au système scolaire d'intégrer dès le départ les jeunes citoyens à la vie de la cité et de la communauté : car ils ne travaillerons plus seulement sur des savoirs abstraits, mais sur les données mêmes - et contradictoires - de la réalité locale et internationale.

Que ne permet-il pas ?

En premier lieu, l'Internet ne permet pas de ne pas savoir maîtriser sa langue : l'écrit.
En second lieu, de ne pas savoir maîtriser l'art du dialogue et de la discussion : l'oral.
De ce point de vue, l'Internet détruit un peu plus sûrement le mythe de la "civilisation de l'image". Car, d'une part, celui-ci repose sur l'oubli que celle-là n'est qu'un effet de la civilisation de l'écrit (il n'y a, et aujourd'hui moins que jamais, ni image, ni cinéma, ni télévision, ni a fortiori informatique... sans écriture, qu'on le veuille ou non), d'autre part, la logique économique de la mondialisation est une logique de convergence qui tend à faire fusionner la télévision avec l'internet.
En troisième lieu, il ne permet pas à l'Etat et à l'Europe de ne pas chercher à assurer au plus vite l'égalité et la gratuité d'accès, dans l'école et hors de l'école. Ce, dans la mesure où la communication et l'information sont devenues les conditions modernes de toute création de richesses, pour le citoyen comme pour la communauté à laquelle il appartient.

Internet, mondialisation et éducation.

Le terme de globalisation ou de mondialisation est né au USA dans les années 80 pour désigner l'extension croissante et corrélative des interdépendances économiques et des réseaux de communication. Les effets de ce phènomène sont sans cesse plus sensibles.
Sur le plan économique, en vertu du recentrage global des activités autour du concept d'information (vs. la production). Sur le plan social, par le double risque d'accroître les inégalités existantes (analphabétisme etc.) ou d'assister à la montée en charge de nouvelles inégalités (accès aux moyens de communication et d'information).
Plus sensibles, ces effets en deviennent aussi, par conséquent, plus lisibles. C'est pourquoi il est temps que l'institution scolaire s'en préoccupe, elle qui s'est laissé envahir par l'élément technique comme l'ensemble de la société, sans qu'une réflexion critique permanente ait ici plus qu'ailleurs accompagné le mouvement. C'est aussi le moment, pour chacun, de goûter la fonction du politique quant celui-ci joue son rôle : pour ne pas laisser les situations critiques empirer, il  impulse le mouvement d'une réorganisation stratégique profonde de la société.

Afin de mieux passer, et de passer une fois pour toutes, de la critique à la construction, appuyons une dernière fois où ça [nous] fais mal. Internet est devenu une préoccupation centrale des acteurs du développement économique, tandis qu'il n'est encore qu'une affaire périphérique pour les acteurs principaux de l'Education (les personnels d'encadrement et enseignants). C'est qu'ils ont tendance à le rattacher - précisément, mais sans plus d'effort - au monde des affaires qui ne les concernerait [donc] pas directement, bref : au marché. A tort et à raison.
A tort, parce que si le système éducatif veut remplir sa mission première et ne veut pas que l’Internet ne devienne l’outil exclusif du marché économique, il peut et il doit veiller à en faire pour tous à la fois l’outil de la compréhension du monde, de la résolution des problèmes et celui de la formation du citoyen.
A raison, pour ce qui suit :

Internet : machine de destruction ou machine de production sociale ?

Si elle veut véritablement universaliser son propos, d'une part, faire des propositions correctes, d'autre part, la philosophie ne peut pas comme la sociologie s'en tenir aux faits, elle doit en considérer aussi les principes.
C'est pourquoi, si nous voulons, après l'exposé des faits, répondre à la question posée [destruction ou production] avec une portée suffisante pour atteindre l'objectif [pourquoi l'Internet à l'école et comment], il nous faut nous pencher sur les principes qui ont présidé à la conception et à la réalisation de l'Internet. Quant aux faits, il nous restera à analyser brièvement le plus préoccupant d'entre eux, à savoir la place des USA dans l'Internet. Nous achèverons ainsi de rendre compte de la nécessité pour l'Etat, et pour l'Europe, de ne pas abandonner cet outil précieux à la seule idéologie libérale, et pour l'Education nationale, d'y jouer son véritable rôle auprès des enfants et des citoyens : celui d'initiateur.

1. Les principes de l'Internet

Premier principe ou principe négatif de la communication

S'il est vrai que l'Internet est en particulier une invention des militaires américains, il faut en relever le principe fondamental : faire un outil tel que tout 'enfant' [des USA], toujours et où qu'il soit, ne puisse être séparé de ses 'parents' [les USA], puisse être au contraire à leur contact en permanence. C'est là, à la fois, le principe négatif de toute communication en général et une vérité à laquelle on a pas assez prêté attention. Car il affirme le primat de la communication sur l'information : autrement dit, il n'y a pas d'information sans communication.

Second principe ou principe génératif de la communication.

Le principe positif est celui qui régit ensuite l'invention,  par les chercheurs du CERN de Genève, du web et de sa classe de services à l'intérieur de l'Internet (hypertexte, messagerie, moteur de recherche pour l'essentiel) : le principe d'une communication, nécessairement en réseau, non plus seulement pour se défendre, ne pas rester isolé, mais pour mettre en commun (communiser, en vieux français), mettre en oeuvre par coopération. Corrélat du principe précédent : une information est le produit d'une communication.
La prise de conscience de l'extension de ces inventions des domaines de la défense et de la recherche à l'ensemble de la société, et une meilleure prise en compte des principes qui les fondent, voilà identifiés les deux enjeux de notre débat.
Nous tenons ainsi le bon bout pour répondre à la question qui nous était posée. Même si c'est pour assortir ensuite notre réponse de nécessaires conditions. Car, si l'Internet apparaît bien comme une machine de production sociale, rien n'interdit jamais d'en retourner l'usage à des fins particulières :
il est donc nécessaire, pour clore ce tour d'horizon en abrégé des problèmes liés à l'Internet, de nous interroger enfin sur la question de savoir pourquoi les USA en ont financé jusqu'ici à eux seuls le développement.

2. Les axiomes de la stratégie économique globale des USA

C'est que les USA ont compris les premiers qu’une stratégie économique globale repose sur trois axiomes :

a. maîtrise de la communication

Aujourd'hui, c'est maîtriser prioritairement les télécommunications (en vertu des principes : d'abord pour être au contact de tout, partout et à tout moment, ensuite pour gouverner : pouvoir organiser, passer les ordres et commander). Cette stratégie est parfaitement lisible dans la déréglementation générale des télécoms et l'ouverture du marché mondial à la concurrence forcenée, directe ou indirecte, des opérateurs américains.

b. maîtrise de l'information

C'est s'assurer la maîtrise de la constitution du premier marché unificateur mondial, la télévision numérique (fusion prévisible des outils internet et télévision dont nous parlions plus haut), laquelle s'affirme comme le premier système calendaire véritablement universel (le monde vit désormais au même rythme les évènements qui le traversent). Lisible en amont dans la logique de concentration des grands groupes (logique corrélative au plan stratégique de la logique de convergence au plan technique ; cf. plus haut), en aval dans la situation de monopole de fait du cinéma et des séries américains sur le marché.

c. maîtrise de l'éducation

Parce qu'elle est purement et simplement la condition de possibilité du tout : de la vie sociale comme de la vie économique, de la vie politique comme de l'édifice que construit le marché mondial...
Ces axiomes sont eux-mêmes lisibles au dernier degré, par exemple, dans la stratégie de Microsoft, dont l'omniprésence au sein même de l'Education nationale en France aurait dû, à elle seule, susciter bien plus tôt l'intérêt et les interrogations des enseignants.
Car, en définitive, c'est l'interprétation et l'ordre de ces axiomes qui sont décisifs : l’Education est-t-elle un marché, captif comme un autre, ou bien, précisément, la condition de toute vie sociale, économique et politique ?
Les ressorts de cette question sont aussi considérables que les conséquences des réponses que nous pourrons lui apporter. Car c'est bien là, naturellement, une affaire de responsabilité politique devant nos enfants, et de choix politique individuel devant la communauté.

Date de création : 19/12/2004 @ 14:03
Dernière modification : 19/12/2004 @ 14:03
Catégorie : Tice
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Réactions à cet article


Réaction n°1 

par baudry_ le 21/10/2006 @ 00:32

Bien malgré moi, je n'étais jamais tombé sur cet article. Je la trouve passionnante, tant du point de vue de son contenu précis et instructif que de son originalité. Elle montre que la philosophie a sa place dans tous les domaines, contrairement à ce qu'on pourrait penser, et qu'elle peut même comprendre l'Internet! Dieu sait que ça c'est pas Platon qui l'aurait cru.

Baudry

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