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logochouette.jpgColloque: Réalités plurielles de l'exclusion à la lumière de la psychanalyse - par phidalgo le 22/11/2009 @ 23:06

Réalités plurielles de l'exclusion à la lumière de la psychanalyse
Colloque de l'ACF –RA
Centre Régional de Documentation Pédagogique, Grenoble
 
... On a cru un temps que la mission du psychanalyste c'était ceci : plaider pour un moins de répression, un moins de pression éducative, donc un moins de normes. Notre tâche sera surtout de faire valoir la folie de la norme, ce qui dans une norme est son point de folie »[1]

L'enjeu de cette rencontre est le dialogue entre psychanalyse, justice, éducation, psychiatrie, travail social... Son pari, la création d'un espace d'échange pour ceux qui, au quotidien, doivent traiter ce que toute civilisation produit inévitablement : des formes plurielles de ségrégation. En effet, le délinquant, le criminel, l'enfant en difficulté, le malade mental, l'étranger, le sans emploi... sont autant de figures de l'écart vis-à-vis de la norme, ce pur produit de fiction qui dirait l'humanité sans défaut.
S'érigeant au nom des valeurs de la civilisation, cette norme sécrète ce qui l'excède : un inassimilable que la justice, l'éducation, la psychiatrie et le travail social doivent accueillir. Coup de tonnerre brisant le sommeil de celui qui rêve à une réalité sans contrastes, la souffrance crie : quand il parle de l'humanité, l'énoncé de la norme est faux!

La visée totalitaire de la norme, la certitude de son « pour tous », n'a d'égal que ce que la découverte freudienne permit de formaliser sous le concept de pulsion de mort. Travestie avec les oripeaux d'une culture, ignorant la décence du doute, la mort siège au sein de cette norme, aux antipodes de la possibilité de dire.

Il y a des exclus : d'un pays, d'une famille, d'un rêve, de la parole, de la santé, du travail, du semblant. Leur témoignage est interprété par un homme de loi, un soignant, un enseignant, un travailleur social. Leur dire révèle que les êtres parlants se lient par leur consentement à ce que, de l'autre, ils ne savent pas. Le degré de civilisation d'une société pourrait se jauger à sa capacité de reconnaître cette ignorance et de l'élever à la dignité de l'énigme.

Exilés de l'idée d'une vérité pour tous, des psychanalystes confrontent leur expérience et les leçons qu'ils en tirent avec celles d'autres praticiens : pari qu'un savoir nouveau en émerge et trouve droit de cité, à l'abri de la ségrégation que produit le déjà su. Si pour Freud il n'y a pas de civilisation sans malaise, l'œuvre de Lacan donne toute sa portée aux raisons structurelles de ce défaut, source possible de construction et d'invention.

Le croisement des discours proposé par le colloque de l'Association de la Cause Freudienne Rhône-Alpes témoignera des raisons éthiques de ne pas céder aux fantasmes de normalisation. Si, comme l'affirmait Jacques-Alain Miller, les psychanalystes peuvent « faire converger les critiques, les transformer en force matérielle, éclairer l'opinion, peser sur les choix de nos dirigeants politiques[2], leur dialogue avec les autres discours doit démontrer l'irréductibilité du désir aux sombres impératifs de la gestion.

L'étude de la psychanalyse permet d'appréhender le nouage du plus intime avec la sphère sociale ; elle démontre ainsi l'utilité publique d'un savoir capable de donner son concours au cas par cas. Des psychanalystes invitent des juristes, des psychiatres, des enseignants, des travailleurs sociaux… à parler de leur façon d'affronter les effets de la norme et les conséquences de son imposture : leurs réponses, plurielles et nécessaires, éclaireront des formes possibles d'accueil et de traitement des exceptions.


[1] Laurent Eric, Après le trauma, conférence prononcée à Grenoble, lors du colloque de l'ACF RA, « Traumatisme et fantasme », le 19 novembre 1995, publié dans Par Lettre N°1 (épuisé).
[2] Miller Jacques-Alain, « Au lecteur » in LNA numéro 8, Paris, février 2008.

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