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Editorial n°09

Editorial

Quel avenir pour l'enseignement de la philosophie?


La philosophie est encore aujourd'hui une matière qui ne s'enseigne qu'à la fin de la scolarité secondaire, en classe de terminale. Cette particularité est un héritage de l'époque des humanités classiques, qui pendant longtemps ont servi de référence et aussi de matières de sélection dans l'organisation des études. Ainsi le cours de philo était comme une sorte de couronnement des études au lycée, avec, au sommet, la fameuse série littéraire.

Mais l'époque a changé. De nos jours, les disciplines scientifiques ont succédé au latin et au grec en ce qui concerne la sélection et la série S est de loin la plus prisée, alors que s'engage un déclin sans précédent de la série littéraire (voir le rapport récent de l'inspection générale à ce propos) , qui a vu ses effectifs fondre de 28% depuis 1989, lors que la série ES a augmenté de 18% et la S de 4% dans le même temps! On note également une transformation des motivations qui poussent les élèves (essentiellement des filles) à choisir cette série. Ce ne sont plus les disciplines littéraires qui motivent, mais surtout les langues vivantes. Dans ces conditions les 8 heures de philosophie hebdomadaires en L paraissent complètement déplacées. A l'inverse, les élèves de S, qui possèdent souvent de meilleures dispositions à réflexion philosophique, n'ont que 3 heures pour un programme lourd. Un rééquilibrage parait nécessaire et même vital!

Tous ces bouleversements nous conduisent à réfléchir à la place de l'enseignement de la philosophie au lycée. Et tout d'abord, a-t-il encore un sens dans un monde où tout va très vite et où ce qui domine est l'efficacité pratique et les considérations utilitaires? Certains verraient d'un très bon oeil la disparition pure et simple d'une discipline qui plombe les résultats au bac et empêche nombre d'élèves d'avoir des mentions, à cause d'une notation exigeante, qui conserve encore une cohérence (contrairement à d'autres disciplines) mais peut-être surtout du fait que les exercices demandés (dissertation et explication de texte) font appel à des qualités de réflexion et d'argumentation et non pas simplement de mémoire. Il est en tout cas clair que le philosophie dérange, parce qu'elle refuse les compromissions et les facilités et parce qu'elle continue à revendiquer une temporalité différente de celle qui colle à l'époque, une schlolè qui correspond au temps propre de la méditation et de la mise en forme de la pensée.

Si la philosophie disparaissait, l'école serait livrée aux marchands du temple, et ne serait plus ce "lieu admirable" dont parle Alain: "J'aime ces murs nus. Je n'approuve point qu'on y accroche des choses à regarder, même belles, car il faut que l'attention soit ramenée au travail". Mais ce que chacun perdrait, c'est la possibilité "d'aller droit au but humain" grâce au "pouvoir qu'il a de se gouverner et d'abord de ne point croire".

Par conséquent, non seulement il s'agit de lutter pour que la philosophie conserve toute sa place dans l'enseignement secondaire, mais en plus il faut faire en sorte qu'elle soit enseignée en amont de la classe terminale, déjà en première (pour les séries littéraires, cela doit être considéré comme une priorité) mais sans doute aussi en seconde, afin que l' élève puisse s'initier très tôt et découvrir une discipline qui l'aidera à devenir un "honnête homme", au sens sens du 17e siècle, afin de "jeter les premiers fondements d'une science solide, et découvrir toutes les voies par où il puisse élever sa connaissance jusqu'au plus haut degré qu'elle puisse atteindre." (Descartes)

Pierre Hidalgo
Date de création : 22/05/2007 @ 14:48
Dernière modification : 15/06/2008 @ 19:13
Catégorie : Anciens éditoriaux
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