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Paul Ricoeur

Laïcité de l'Etat, laïcité de la société: deux exigences complémentaires

religion - Etat - laîcité - tolérance

La Critique et la Conviction, Éd. Calmann-Levy, 1995, pp. 194-195.


Textes de l'auteur




Cela dit, il me semble qu'il y a dans la discussion publique une méconnaissance des différences entre deux usages du terme laïcité; sous le même mot sont désignées en effet deux pratiques fort différentes: la laïcité de l'État, d'une part; celle de la société civile, d'autre part. La première se définit par l'abstention. C'est l'un des articles de la Constitution française: l'État ne reconnaît, ni ne subventionne aucun culte. Il s'agit du négatif de la liberté religieuse dont le prix est que l'État, lui, n'a pas de religion. Cela va même plus loin, cela veut dire que l'État ne «pense» pas, qu'il n'est ni religieux ni athée; on est en présence d'un agnosticisme institutionnel. [...]

De l'autre côté, il existe une laïcité dynamique, active, polémique, dont l'esprit est lié à celui de discussion publique. Dans une société pluraliste comme la nôtre, les opinions, les convictions, les professions de foi s'expriment et se publient librement. Ici, la laïcité me paraît être définie par la qualité de la discussion publique, c'est-à-dire par la reconnaissance mutuelle du droit de s'exprimer; mais, plus encore, par l'acceptabilité des arguments de l'autre. Je rattacherais volontiers cela à une notion développée récemment par Rawls: celle de «désaccord raisonnable ». Je pense qu'une société pluraliste repose non seulement sur le «consensus par recoupement », qui est nécessaire à la cohésion sociale, mais sur l'acceptation du fait qu'il y a des différends non solubles. II y a un art de traiter ceux-ci, par la reconnaissance du caractère raisonnable des partis en présence, de la dignité et du respect des points de vue opposés, de la plausibilité des arguments invoqués de part et d'autre. Dans cette perspective, le maximum de ce que j'ai à demander à autrui, ce n'est pas d'adhérer à ce que je crois vrai, mais de donner ses meilleurs arguments.

 

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Maryvonne Longeart