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Homme de confiance de la République de Florence de 1498 à 1511, Machiavel tombe en disgrâce en 1512 au moment où la Sainte Ligue chasse les Français d'Italie et entre dans Florence qui avait eu le malheur de rester neutre.
C'est en vain que Machiavel tente de gagner la confiance des Médicis, nouveaux maîtres de Florence, imposés par les vainqueurs. Condamné à l'exil, Machiavel supporte mal l'inaction.
Soucieux de se voir confier à nouveau des responsabilités politiques,
c'est à Laurent de Médicis que Machiavel dédie Le
Prince, petit opuscule rédigé en 1513 dans lequel il expose
" ce que c'est que la souveraineté, combien d'espèces il
y en a, comment on l'acquiert, comment on la garde, comment on la perd. "
Machiavel
Nicolas Machiavel, Le Prince, trad.
Patrick Dupouey,
" Les intégrales de philo", Nathan, 1998
"Réalité" traduit l'expression "verità effectuale", littéralement "vérité effective". Machiavel réaffirme ici son réalisme politique.
Allusion à la République de Platon
La route commune est celle qui, depuis Platon, consiste à associer morale et politique et à exiger des hommes d'état qu'ils soient aussi hommes de bien.
Ce sont donc des utopies. Le mot vient du livre Utopia de Thomas More qui décrit une société idéale située sur une île dont le nom signifie "nulle part" (plus exactement "non lieu").
Opposition entre être et devoir être, c'est-à-dire entre le fait et le droit. Cette distinction est la base de toute morale: le devoir n'est pas dicté par le fait mais par la norme. Cependant, Machiavel au contraire préconise ici de fonder l'action du prince non sur le droit mais sur les faits. C'est son réalisme politique.
"Se conserver", "se maintenir": Cette expression revient comme un leitmotive. C'est le devoir du prince.
Machiavel a une conception très pessimiste de la nature humaine. Les hommes seraient naturellement méchants, ou, plus exactement, on ne peut pas se permettre de supposer qu'ils sont bons. Leur donner le bénéfice du doute n'est pas un risque que le prince peut se permettre de prendre.
Ce concept de nécessité est très important pour Machiavel. La politique n'est pas une entreprise aléatoire. Les circonstances ne peuvent pas être entièrement contrôlées par les agents historiques, mais compte tenu des circonstances, il y a des actions qui s'imposent rationnellement. C'est parce que la nécessité des circonstances dicte des choix au prince que la morale n'a pas vraiment sa place en politique.
L'attitude vis-à-vis des vices dépend non pas de leur évaluation morale, mais de leur influence sur la conservation du pouvoir.
Chapitre XV
Des choses pour lesquelles tous les hommes, et
surtout les princes,
sont loués ou blâmés.
Il reste à examiner comment un prince doit en user et se conduire soit envers ses sujets, soit envers ses amis. Tant d'écrivains en ont parlé, que peut-être on me taxera de présomption si j'en parle encore; d'autant qu'en traitant cette matière je vais m'écarter de la route commune. Mais, dans le dessein que j'ai d'écrire des choses utiles pour celui qui me lira, il m'a paru qu'il valait mieux m'arrêter à la réalité des choses que de me livrer à certaines spéculations.
Bien des gens ont imaginé des républiques et des principautés telles qu'on n'en a jamais vu ni connu. Mais à quoi servent ces imaginations ? Il y a si loin de la manière dont on vit à celle dont on devrait vivre, qu'en n'étudiant que cette dernière on apprend plutôt à se ruiner qu'à se conserver ; et celui qui veut en tout et partout se montrer homme de bien ne peut manquer de périr au milieu de tant de méchants.
Il faut donc qu'un prince qui veut se maintenir apprenne à ne pas être toujours bon, et en user bien ou mal, selon la nécessité.
Laissant, par conséquent, tout ce qu'on a pu imaginer touchant les devoirs des princes et m'en tenant à la réalité, je dis qu'on attribue à tous les hommes, quand on en parle, et surtout aux princes, qui sont plus en vue, quelqu'une des qualités suivantes, qu'on cite comme un trait caractéristique, et pour laquelle on les loue ou on les blâme. Ainsi l'un est réputé généreux et un autre misérable (je me sers ici d'une expression toscane, car, dans notre langue, l'avare est celui qui est avide et enclin à la rapine et nous appelons misérable (misero) celui qui s'abstient trop d'user de son bien); l'un est bienfaisant, et un autre avide; l'un cruel, et un autre compatissant; l'un sans foi et un autre fidèle à sa parole; l'un efféminé et craintif, un autre ferme et courageux; l'un débonnaire, et un autre orgueilleux; l'un dissolu, et un autre chaste ; l'un franc, et un autre rusé; l'un dur, et un autre facile ; l'un grave, et un autre léger; l'un religieux, et un autre incrédule, etc.
Il serait très beau, sans doute, et chacun en conviendra, que toutes
les bonnes qualités que je viens d'énoncer se trouvassent réunies
dans un prince. Mais comme cela n'est guère possible, et que la condition
humaine ne le comporte point, il faut qu'il ait au moins la prudence de fuir
ces vices honteux qui lui feraient perdre ses États. Quant aux autres
vices, je lui conseille de s'en préserver, s'il le peut; mais s'il
ne le peut pas, il n'y aura pas un grand inconvénient à ce qu'il
s'y
laisse aller avec moins de retenue; il ne doit pas même craindre
d'encourir
l'imputation de certains défauts, sans lesquels il lui serait difficile
de se maintenir; car, à bien examiner les choses, on trouve que, comme
il y a certaines qualités qui semblent être des vertus et qui
feraient la ruine
du prince, de même il en est d'autres qui paraissent être
des vices, et dont peuvent résulter néanmoins sa
conservation et son bien-être.
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Maryvonne Longeart