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Saint Augustin

Confessions, L. XI
ch. X-12 à XX-26
(Env. 400 après J.-C.)

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Confessions, Livre XI,
trad. Péronne et Ecalle remaniée par
P. Pellerin, Nathan, 1998.

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Confessions, L. XI

X. 12. Ne sont-ils pas encore tout entachés de leur vieille erreur, ceux qui nous disent : Que faisait Dieu, avant de créer le ciel et la terre ? S'il était dans le repos et dans l'inaction, disent-ils, pourquoi n'y est-il pas demeuré toujours ? S'il y a eu en Dieu un mouvement nouveau, une volonté nouvelle, pour donner l'être à la créature qu'il n'avait point encore produite, comment concilier la véritable éternité avec une volonté que l'on voit naître et qui n'existait pas ? Car la volonté de Dieu n'est pas une créature, elle est antérieure à la créature, puisque aucune créature ne peut arriver à l'être, sans la volonté préexistante du Créateur. La volonté de Dieu est donc sa substance elle-même. Mais s'il est né dans la substance de Dieu quelque chose qui n'y fût pas auparavant, cette substance n'est plus vraiment éternelle ; si, au contraire, Dieu a voulu éternellement qu'il y eût des créatures, pourquoi les créatures ne sont-elles pas éternelles ?

XI. 13. Ceux qui tiennent ce langage ne te comprennent pas encore, ô sagesse de Dieu, lumière des esprits. Ils ne comprennent pas encore comment les êtres sont créés par toi et en toi, et ils s'efforcent de concevoir ton éternelle sagesse : mais leur cœur flotte encore au milieu de ces successions de passé et d'avenir, et se perd dans ces vaines pensées. Qui le retiendra, ce cœur ? qui le fixera ? qui pourra l'arrêter un moment, pour qu'il entrevoie la splendeur de l'immuable éternité, qu'il la compare avec les temps fugitifs, et juge de la distance qui les sépare ? Il verra que la longueur du temps ne doit son étendue qu'à cette multitude d'instants qui passent et qui ne peuvent se développer ensemble ; au contraire, que rien ne passe dans l'éternité ; que tout y est présent, tandis qu'il n'est point de temps qui soit tout entier présent. Il verra que le passé est chassé par l'avenir, que l'avenir suit le passé, et que le passé et l'avenir n'existent et n'accomplissent leur cours que par la vertu de l'éternité toujours présente. Qui pourra saisir et fixer le cœur de l'homme, pour qu'il demeure et voie comment cette éternité qui n'a ni passé ni avenir et qui est toujours immobile, produit cependant l'avenir et le passé ? Est-ce ma main qui aurait cette puissance, est-ce ma parole, la main de ma bouche, qui opérerait une si grande merveille ?

XII. 14. Je vais répondre à cette demande : Que faisait Dieu avant de créer le ciel et la terre ? Je ne répondrai pas comme celui qui voulant, dit-on, éluder la difficulté de la question, fit cette adroite repartie : Il préparait des supplices à ceux qui sondaient l'abîme de ses secrets, car railler n'est pas résoudre la question ; telle ne sera donc pas ma réponse. J'aimerais mieux, en effet, dire : Je ne sais pas ce que j'ignore, en réalité, que de répondre par une raillerie à celui qui m'interroge sur de si hauts mystères et de faire applaudir une aussi mauvaise réponse.

Je dirai donc, ô mon Dieu, que tu es le créateur de toutes les créatures ; et si toutes les créatures sont comprises sous ce nom de ciel et de terre, je répondrai avec confiance : Avant de créer le ciel et la terre, Dieu ne faisait rien ; car, s'il eût fait quelque chose, qu'eût-il fait, sinon une créature ? Plût à Dieu que je comprenne toutes les vérités qu'il m'est utile et que j'ai le désir de connaître, comme je sais qu'il n'y avait aucune créature, avant la création de tous les êtres !

XIII. 15. Si quelque esprit léger s'égare dans les vaines imaginations de temps antérieurs, et s'étonne que toi, Dieu tout-puissant, créateur et conservateur de toutes choses, architecte du ciel et de la terre, sois demeuré dans l'inaction pendant des siècles innombrables avant d'entreprendre ce merveilleux ouvrage, qu'il se réveille et ne s'étonne que de ses propres illusions. Pouvaient-ils en effet s'écouler, ces siècles innombrables, que tu n'avais pas faits, ô mon Dieu, toi l'auteur et le créateur de tous les siècles ? Ou bien, qu'auraient pu être ces temps que tu n'aurais point créés ? Ou encore, comment se seraient-ils écoulés, s'ils n'avaient jamais été ?

Puisque tu es le créateur de tous les temps, si l'on suppose quelque temps avant la création du ciel et de la terre, pourquoi dit-on que tu étais en repos ? Car ce temps même c'est toi qui en étais l'auteur, et les temps n'ont pu s'écouler avant que tu eusses fait le temps. Si donc avant le ciel et la terre il n'existait aucun temps, pourquoi demander ce que tu faisais alors ? Il ne pouvait y avoir d'alors là où il n'y avait point de temps.

16. D'ailleurs, ce n'est point par le temps que tu précèdes les temps, autrement, tu ne serais pas avant tous les temps. Mais tu précèdes tous les temps passés du haut de ton éternité toujours présente ; tu es au-dessus de tous les temps à venir, parce qu'ils sont à venir, et qu'à peine seront-ils venus, qu'ils seront passés ; " pour toi tu es toujours le même, et tes années ne s'évanouissent point. " (Psaume CI.) Tes années ne vont ni ne viennent ; nos années, au contraire, vont et viennent, et pour que toutes se succèdent les unes aux autres. Toutes tes années sont immobiles, parce qu'elles existent toutes à la fois ; les unes ne sont pas poussées par les autres parce qu'elles ne passent pas ; au lieu que les nôtres ne seront toutes accomplies que lorsqu'elles ne seront plus. Tes années ne sont qu'un jour, et ton jour n'est pas une suite de jours ; il est aujourd'hui, et ton aujourd'hui ne cède point la place à un lendemain ; car il ne succède pas à la veille. Ton aujourd'hui, c'est l'éternité ; voilà pourquoi tu as engendré un Fils coéternel à toi, celui à qui tu as dit : " Je t'ai engendré aujourd'hui. " (Psaume II.) Tu as fait tous les temps, et tu es avant tous les temps, et il n'y avait point de temps quand le temps n'était pas encore.


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PhiloSophie

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