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Aristote
Ethique à Nicomaque,V, 9
Aristote, Ethique à Nicomaque,
trad. Richard Bodéüs, Flammarion, 2004
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9. La justice dans les transactions.
9.1. La justice n'est pas simple réciprocité.
Certains par ailleurs sont d'avis que c'est la réciprocité tout simplement qui constitue la justice. Ainsi prétendaient les Pythagoriciens, puisque leur définition identifiait simplement ce qui est juste et ce qui rend à autrui ce qu'on en a reçu.
Or l'idée de réciprocité ne s'accorde avec la définition du juste ni dans le cas de la justice distributive ni dans le cas de la justice corrective, bien qu'on veuille encore faire témoigner en ce sens la conception de la justice selon Rhadamanthe : " Si l'on subit ce qu'on a fait, la justice trouvera son compte " Dans bien des circonstances en effet ce principe est en désaccord avec la justice : par exemple, si c'est le détenteur d'une magistrature qui a frappé, il ne doit pas être frappé en retour et, si l'on a frappé un magistrat, on ne doit pas être seulement frappé mais encore châtié. De plus, la différence entre l'acte commis de plein gré et celui qui ne l'est pas importe beaucoup.
9.2. La réciprocité proportionnelle : ciment de la Cité.
Mais il reste que, dans les associations qui sont faites pour les échanges, la cohésion tient à ce genre de justice, même si la réciprocité veut qu'on rende en proportion et non selon le principe d'égalité.
C'est en effet parce qu'on retourne en proportion de ce qu'on reçoit que la Cité se maintient. Tantôt, en effet, les citoyens cherchent à faire payer le mal, sans quoi ils paraissent avoir une attitude d'esclaves ; tantôt, ils cherchent à rétribuer le bien, sans quoi il n'est pas entre eux de transaction possible. Or c'est la transaction qui les fait demeurer ensemble.
C'est précisément pourquoi ils érigent un sanctuaire des Grâces bien en vue de tous, de façon à susciter la rétribution, parce que celle-ci est le propre de la reconnaissance. On doit en effet offrir ses services en retour à celui qui nous a fait une grâce et réciproquement prendre l'initiative de gestes gracieux.
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Maryvonne Longeart
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Les pythagoriciens, par exemple, qui identifiaient la justice à ce qui, d'un point de vue mathématique, est la forme la plus élémentaire de réciprocité, à avoir le nombre 2 multiplié par lui-même : 2 X 2.
La justice distributive concerne la répartition des biens et des honneurs dans la Cité selon les mérites de chacun. Elle repose sur l'inégalité et le principe : "traiter inégalement ce qui est inégal".
La justice corrective concerne les contrats et le judiciaire. Elle suppose l'égalité des parties et repose sur le principe : "traiter également ce qui est égal". Saint Thomas, dans son commentaire d'Aristote, l'appelle justice commutative.
Rhadamanthe était le frère du roi de Crète Minos. Législateur, il aurait été, selon Hésiode, l'un des juges des Enfers. La citation que lui prête Aristote exprime la conception de la justice selon la loi du talion : oeil pour oeil, dent pour dent.
"Il y a des différences à faire pour tout ce qui est juste, car la justice n'attend pas la même chose des parents envers leurs enfants que des frères dans leurs rapports entre eux, ni de compagnons, ni de citoyens." Aristote, Ethique à Nicomaque, VIII, 1160 a 1.
Pas de communauté politique sans communauté d'intérêts. L'échange proportionnel de biens et de services est donc le lien social qui constitue et perpétue la Cité. Préserver l'intérêt commun serait l'objectif des constitutions correctes.