La vie, c'est la création

Pourquoi la compréhension du vivant pose-t-elle des difficultés particulières?

Quelques thèmes de réflexion

"L'intelligence ne peut s'appliquer à la vie qu'en reconnaissant l'originalité de la vie."

En quoi et par rapport à quoi la vie est-elle "originale" ?

Comment comprenez-vous l'exemple du hérisson?

Mise en situation

"La vie c'est la création."

Imaginez des situations concrètes qui illustrent les différentes interprétations de cette affirmation de Claude Bernard


Des briques de la matières aux briques du vivant
University of California, San Diego Center of Astrophysics and Space Science

George Canguilhem
La Connaissance de la vie, Paris, Ed. Vrin, 1965, pp 12-13, 39.

Un rationalisme raisonnable doit savoir reconnaître ses limites et intégrer ses conditions d'exercice. L'intelligence ne peut s'appliquer à la vie qu'en reconnaissant l'originalité de la vie. La pensée du vivant doit tenir du vivant l'idée du vivant. (...) Dans l'Electre, de Jean Giraudoux, le mendiant, l'homme du trimard qui heurte du pied sur la route les hérissons écrasés, médite sur cette faute originelle du hérisson qui le pousse à la traversée des routes. Si cette question a un sens philosophique, car elle pose le problème du destin et de la mort, elle a en revanche beaucoup moins de sens biologique.
Une route c'est un produit de la technique humaine, un des éléments du milieu humain, mais cela n'a aucune valeur biologique pour un hérisson. Les hérissons, en tant que tels, ne traversent pas les routes. Ils explorent à leur façon de hérisson leur milieu de hérisson, en fonction de leurs impulsions alimentaires et sexuelles. En revanche, ce sont les routes de l'homme qui traversent le milieu du hérisson, son terrain de chasse et le théâtre de ses amours, comme elles traversent le milieu du lapin, du lion ou de la libellule.
Or, la méthode expérimentale — comme l'indique l'étymologie du mot méthode — c'est aussi une sorte de route que l'homme biologiste trace dans le monde du hérisson, de la grenouille, de la drosophile, de la paramécie et du streptocoque. Il est donc à la fois inévitable et artificiel d'utiliser pour l'intelligence de l'expérience qu'est pour l'organisme sa vie propre des concepts, des outils intellectuels, forgés par ce vivant savant qu'est le biologiste. On n'en conclura pas que l'expérimentation en biologie est inutile ou impossible, mais, retenant la formule de Claude Bernard : la vie c'est la création, on dira que la connaissance de la vie doit s'accomplir par conversions imprévisibles, s'efforçant de saisir un devenir dont le sens ne se révèle jamais si nettement à notre entendement que lorsqu'il le déconcerte.

 


Maryvonne Longeart

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Le vivant

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