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L'eugénisme : quelle norme pour le vivant ?


Qu'est-ce que l'eugénisme?

D'une façon générale, l'eugénisme est le contrôle de la reproduction humaine afin d'améliorer les qualités des individus ou de l'espèce. Mais on peut caractériser l'eugénisme de différentes façons:

  1. L'eugénisme peut être considéré comme d'une doctrine idéologique ou comme une pratique, l'application technique d'un savoir.
  2. L'eugénisme peut êre considéré comme une politique d'Etat ou une pratique privée. Dans le premier cas, elle concerne l'ensemble d'une population; dans le deuxième, elle fait l'objet d'un choix individuel.

Ces façons différentes de considérer l’eugénisme induisent des différences au niveau des problématiques.

Notons d’abord que la conception qui restreint l’eugénisme à une doctrine idéologique associée à une politique d'Etat inclut dans l’eugénisme les pratiques de sélection et d’extermination des nazis, mais exclut les pratiques thérapeutiques. Une conception élargie, au contraire, inclut les deux. En conséquences, la portée de l’interrogation ne sera pas la même dans les deux cas.

Si l'on considère que l'on ne peut parler d’eugénisme que s’il s’agit d’une politique d’Etat ciblant des populations, le problème de l’eugénisme est d’abord un problème politique. Une politique eugéniste est imposée à l’individu via une législation. L’individu en subit les conséquences sans avoir à s’interroger personnellement sur les questions doctrinaires. La loi (légalité) statue pour lui sur ce qui est permis ou non. L’individu peut remettre en cause la légitimité de la loi, mais on est alors dans un processus de contestation politique.

Si l'eugénisme inclut des pratiques individuelles, il est alors aussi une question de morale personnelle. De ce point de vue, par exemple, la décision personnelle de subir un avortement thérapeutique après dépistage d’une maladie génétique du fœtus est considérée comme une pratique eugéniste et la somme de ces pratiques eugénistes individuelles peut être assimilée à une politique eugéniste globale.

En limitant l’eugénisme à une doctrine liée à une pratique de sélection d’Etat visant des populations (ex. : la politique des nazis), on considère a priori que les pratiques individuelles sont éthiquement neutres et doivent faire l’objet d’une évaluation au cas par cas pour décider si elles sont ou non répréhensibles. Elargir d'emblée l'eugénisme aux pratiques individuelles, tend au contraire à considérer a priori que les pratiques individuelles sont éthiquement répréhensibles et il faudra décider au cas par cas si elles ne le sont pas. Les démarches impliquées par les deux conceptions de l'eugénisme sont donc diamétralement opposées. Dans les pratiques individuelles, l’une donne a priori la présomption de moralité, l’autre, la présomption d’immoralité. Mais quoi qu'il en soit, l'eugénisme pose le problème des critères selon lesquels se fait le choix de ce qui est décrété désirable.

Normalisation, normativité et normalité

Pourquoi se donner un droit de regard sur ce qui « mérite » de naître peut-il être dangereux ?

Un tel droit autorise des pratiques de sélection, donc de réduction de la diversité par normalisation, pratiques qui, dans leurs formes extrêmes aboutissent à l’ethnocide ou au génocide. Sur quels critères ce genre de sélection peut-elle s’opérer ? Privilégier une forme de vie plutôt qu’une autre semble aller à l’encontre du principe normatif : la vie humaine à une valeur en soi.

On voit que a notion de norme est ambiguë:

  1. La norme au sens technique sert de règle à un processus de normalisation statistique qui conduit à l’uniformisation.
  2. La norme au sens éthique (et juridique), sert de règle à un système normatif. La normativité conduit à, ou s'appuie sur, la valorisation de certains caractères.

Normes techniques et normes éthiques se rejoignent dans la notion de « normalité » qui consiste à valoriser (normativité) certaines formes de vie qui seront encouragées (normalisation). D’où la revendication du « droit à être normal » qui peut s’interpréter de deux façons :

  1. Du point de vue de la norme technique (normalisation), c’est le droit d’être comme les autres (dans la norme).
  2. Du point de vue de la norme éthique (normativité), c’est le droit d’avoir le même droit à la vie que les autres (être valorisé pour ce que l’on est, indépendamment des autres).

Pourquoi est-il difficile de définir la normalité ?

Qu’est-ce que la normalité ? Il n’y a pas vraiment de réponse définitive à cette question. Est considéré comme « normal » soit ce qui est statistiquement « moyen », dans les standards (jugement de réalité , normalisation), soit ce qui est considéré « conforme » à un « étalon », un modèle idéal (jugement de valeur, normativité). Mais en l’occurrence, quel est le modèle de la vie et surtout, qui en décide ?

À l’échelle des individus, définir la normalité reviendrait à exiger que l’individu se conforme à une norme technique de normalisation : être et faire comme tout le monde. Et ceux qui dérogeraient à cette norme seraient dévalorisés. Le cas des sourds est à cet égard exemplaire. Longtemps considérés comme des simples d’esprit, ils revendiquent maintenant le droit à la différence et demandent que la surdité soit reconnue non pas comme un handicap mais comme une richesse, un avantage, voire, une culture à part entière. De même, pendant longtemps, les gauchers ont été considérés comme des handicapés quand ils n’étaient pas rejetés comme des possédés du démon.

À l’échelle des sociétés, définir la normalité reviendrait à poser une norme, tant biologique que culturelle, de normativité : faire de son type biologique et de son mode de vie le modèle par excellence de la vie humaine. C’est ce que font le racisme et l’ethnocentrisme.

Ainsi, si l’on s’autorise à décréter la normalité, on risque d’aboutir à la discrimination (du point de vue de la normativité), et à l’uniformisation des individus (du point de vue de la normalisation).

La normalisation, par essence, fixe la norme. Mais la vie est essentiellement innovante: "la vie, c'est la création" disait Claude Bernard. Peut-on prescrire a priori qu’une forme vitale vaut mieux qu’une autre? La valorisation de la vie, d'un point de vue normatif, impose des limites à toute tentative de normalisation technique de la vie.

La normalisation entraîne l’uniformité. Or, l'uniformié n’a pas de valeur biologique et est une aberration morale:

Biologiquement, la diversité est un atout, tant du point de vue de la survie d’une espèce que de l’équilibre d’un écosystème. De plus, la reproduction sexuée garantit l’unicité et donc le caractère singulier et irremplaçable des individus dans l’espèce. Deux individus strictement identiques seraient interchangeables, comme deux amibes ou deux clones sont interchangeables.

universel/général/particulier/singulier

Moralement, la normalisation est une atteinte à la dignité humaine. Elle entraîne la perte de l'identité personnelle.

identité/égalité/différence

Un individu, dans sa singularité, est irremplaçable. Il a une valeur en lui-même et non par comparaison avec les autres. C’est en ce sens que Kant dit que la personne n’a pas à proprement parler de prix, elle est inappréciable. C’est-à-dire qu’elle est au-dessus de tout prix, absolument « hors de prix » : elle n’a pas de prix, elle a une dignité.

L'eugénisme idéologique d'Etat: un crime contre l'humanité

C'est pourquoi l'eugénisme comme doctrine idéologique et pratique d'Etat est un crime contre l'humanité qui va à l'encontre de l'article premier de la Déclaration Universelle des droits de l'homme:

Article premier

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

L'Eugénisme thérapeuthique: une question ouverte de bioéthique

 

Le mythe de l'enfant parfait



Maryvonne Longeart
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