La vérité

Synthèse
La vérité




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Vérité et réalité


La réalité, critère de vérité

La réalité est une catégorie ontologique (qui concerne l'être); la vérité est une catégorie logique et gnoséologique (qui concerne le langage et la connaissance). Les choses sont réelles ou non; ce que l'on en dit est vrai ou faux.

Le lien entre la réalité et la vérité est que ce que l’on dit de la réalité est vrai ou faux en fonction de ce qui existe ou n’existe pas. Autrement dit, la réalité est un critère de vérité. On tiendra pour vraie la pensée ou la proposition dans laquelle les choses et leurs relations sont représentées telles qu'elles sont dans la réalité. D'où la définition de Saint Thomas d'Aquin: "veritas est adæquatio intellectus et rei", la vérité est l'adéquation de la pensée et des choses . C'est ce que l'on appelle la théorie de la vérité-correspondance.

Mais qu'est-ce que cette correspondance?

Le réalisme naïf

Pour le réalisme naïf, la réalité est donnée et la proposition est une représentation ou une copie de la réalité. Cette représentation est vraie si elle est fidèle à son modèle.

Cette conception de la vérité-correspondance soulève deux difficultés.

La première, soulignée par Kant, est que l'un des termes de cette relation semble inaccessible: pour que la réalité nous soit "donnée", il faut qu'elle nous apparaisse. Mais si elle nous apparaît, alors nous avons affaire non pas à la réalité directement, mais à une représentation de la réalité. Il s'ensuit que nous ne pouvons jamais comparer nos représentations de la réalité à la réalité elle-même, mais seulement à d'autres représentations de la réalité. La réalité, dit Kant, est comme un témoin supposé très fiable auquel on ferait appel devant un tribunal, sans que personne n'ai jamais vu le témoin en question, et sans que ledit témoin puisse venir en personne à la barre pour donner son témoignage.

La seconde a été formulée par Frege, philosophe et logicien du début du XXe siècle. On ne peut comparer que ce qui est comparable, dit Frege. Ainsi, prenons deux billets de banque. Il est possible de les superposer et de les examiner pour établir si oui ou non ils se "correspondent". Mais si nous voulons comparer une pièce d'or et un billet, comment allons-nous nous y prendre? De la même façon, quand bien même nous aurions accès à la réalité telle qu'elle est, comment pourrions-nous comparer deux choses aussi hétérogènes que nos représentations et la réalité?

Le réaliste naïf peut répondre que la réalité est donnée telle qu'elle apparaît à chacun et que par conséquent, chacun peut établir pour soit la comparaison. «L’homme est la mesure de toute chose. Telles les choses m’apparaissent telles elles sont, telles les choses t’apparaissent, telles elles sont», selon la formule du sophiste Protagoras. Autrement dit, "à chacun sa vérité", ce qui revient à dire que la distinction entre le vrai et le faux n'a pas de sens. Ainsi, le réalisme naïf conduit au relativisme subjectif et au scepticisme

Le réalisme critique

Le réalisme critique considère au contraire que la réalité n'est pas donnée: vérité et réalité se construisent dialectiquement.

Mais alors, ce qui est tenu pour réel à un moment donné du temps dépend en partie des croyances collectives du moment:

Est vrai ce qui correspond au réel
+
Ce qui est réel dépend de ce qui est tenu pour vrai
=
Cercle vicieux ?

Il s'agit plutôt d'une spirale: La correspondance entre vérité et réalité n'est pas de l'ordre d'une relation copie/modèle, mais produit/facteurs. Vérité et réalité sont les deux facteurs de la connaissance qui est le produit de leur composition. Cependant, cette image est trop statique: le produit n'est pas seulement la résultante de la composition des facteurs, il influent en retour sur les facteurs eux-mêmes, qui, en se modifiant, modifient à nouveau leur produit. La démarche expérimentale est un bon exemple de cette dynamique : l'état de la connaissance (le produit) permet de mettre en place les conditions de la vérification expérimentale (les deux facteurs: vérité et réalité) de l'état de la connaissance (le nouveau produit).

Théorie et expérience

Dans cette perspective,

  1. la vérité n'est pas indépendante de la vérification, c'est-à-dire de la démarche qui sert à l'établir en réalité;
  2. la réalité n'est pas indépendante de la réalisation, c'est-à-dire de la démarche qui vise à la construire en vérité.

Il n'y a donc pas de vérité absolue ni de réalité première. La vérité est une approximation, par « rectifications » successives, d'une réalité qui se construit progressivement.

Cette conception dialectique de la correspondance vérité/réalité aboutit à un relativisme objectif :

Une théorie qui est tenue pour vraie est une théorie qui nous conduit à attendre les conséquences dont nous pouvons constater la production effective.

Ainsi comprise, la théorie de la vérité-correspondance rejoint la théorie pragmatiste de la vérité.

La théorie pragmatiste de la vérité



Maryvonne Longeart
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