La grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connaît misérable

Toute notre dignité de sujet consiste-t-elle en la pensée?

Quelques thèmes de réflexion

"L'homme sans pensée : ce serait une pierre ou une brute."
"Une pierre", "une brute" (c'est-à-dire un animal): en quoi, contrairement à l'homme, ce ne sont que des objets?

En quoi la pensée est-elle ce qui fait la différence entre être un simple objet, chose parmi les choses" et être un sujet?

Mise en situation

Se connaître misérable. Cette réflexivité semble aller de soi pour Pascal. Mais est-ce si facile de se connaître soi-même?

"Je n'ai vu monstre et miracle au monde plus exprès que moi-même: on s'aprivoise à toute étrangeté par l'usage et le temps; mais plus je me hante et me connais, plus ma diformité m'étonne, moins je m'entends en moi." Montaigne

Comme Montaigne, avez-vous déjà eu cette impression d'être un étranger pour vous-même? Mais cette expérience ne présuppose-t-elle pas la possibilité de "se connaître étranger" comme on "se connaît misérable"?

Pascal
Pensées, (1660), Gallimard. Pléiade. 1976. pp.1156-1157

 

La grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable.

C'est donc être misérable que de se connaître misérable; mais c'est être grand que de connaître qu'on est misérable.

Pensée fait la grandeur de l'homme.

Je puis bien concevoir un homme sans mains, pieds, tête (car ce n'est que l'expérience qui nous apprend que la tête est plus nécessaire que les pieds). Mais je ne puis concevoir l'homme sans pensée: ce serait une pierre ou une brute.

L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser: une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il nous faut relever et non de l'espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser: voilà le principe de la morale.

 


Maryvonne Longeart
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