Peut-on affirmer à la fois que l'homme est libre et qu'il est soumis à des lois ?
Analyse du sujet
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- Si être libre, c'est ne pas être contraint, faire ce que l'on veut, alors la liberté est-elle compatible avec le fait d'être soumis à des lois ?
Liberté et soumission semblent incompatibles par définition.
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- Mais qu'est-ce qu'être soumis à des lois, et quelles lois ?
Au sens physique, loi = loi de la nature, régularité des phénomènes naturels.
Déterminisme, nécessité
Au sens juridique et moral, loi = règle de vie, norme sociale conventionnelle .
Autorité, obligation
- N'y a-t-il pas une différence entre respecter une loi et y être soumis ? Le respect de la loi n'est pas simple obéissance passive. Il suppose la reconnaissance du bien fondé de cette loi. Celui qui respecte la loi l'accepte, il ne s'y soumet pas.
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- Si être libre, c'est jouir de droits garantis par une loi que l'on a contribué à établir (donc être autonome), alors le respect de la loi pourrait bien être non seulement compatible avec la liberté, mais une de ses conditions de possibilité.
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Problématique
- Déterminisme et liberté peuvent-ils coexister ?
Est-ce contradictoire de dire que l'être humain subit le déterminisme naturel tout en jouissant de la capacité de décider de ses actes (volonté libre, libre-arbitre)?
- Les lois, au sens juridique et moral du terme, sont-elles pour la liberté un obstacle ou une condition de possibilité? Est-ce contradictoire de dire que, en tant que personne, l'homme est assujetti à l'autorité politique tout en restant libre, c'est-à-dire autonome ?
- La liberté est-elle une illusion ?
Est-ce que cela a un sens de se battre pour la liberté ?
Liberté, libertés
Exemple d'introduction
Si être libre, c'est ne subir aucune contrainte, la liberté n'est-elle pas incompatible avec le fait d'être soumis à des lois? En effet, la notion de loi ne renvoie-t-elle pas à l'ensemble des contraintes auxquelles nous ne pouvons échapper, que ces contraintes soient d'ordre naturel ou social?
Que ce soit par nécessité, dans le cas des lois naturelles, ou pas obligation, dans le cas des lois sociales, il semble que l'être humain, en tant qu'être naturel et en tant que personne, membre de la société, soit soumis à des influences extérieures indépassables qui exercent sur ses actes un contrôle permanent et omniprésent.
Pourtant, nous affirmons notre liberté, nous la revendiquons, nous nous battons pour la conserver. Est-ce pure irrationalité? Y a-t-il un déterminisme naturel universel qui rende illusoire toute affirmation de la liberté des actions humaines dans le monde ? Y a-t-il un conditionnement social qui rende vaine toute revendication de la liberté individuelle dans la société?
Mais s'il n'y avait pas de loi, ne serions-nous pas soumis au "droit du plus fort", donc à la pure violence ?
La loi implique-t-elle par définition contrainte et soumission, ou est-il possible de respecter la loi de son plein gré? L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite ne serait-elle pas, comme l'affirmait Rousseau, la vraie liberté? |
Développement
1. La liberté humaine est-elle compatible avec le déterminisme naturel ?
- Les lois de la nature sont nécessaires, donc, en principe, on ne peut pas y échapper.
" Cette liberté humaine que tous se vantent de posséder consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent. " (Spinoza)
contingent/nécessaire/possible
- Cependant, contrairement à la théorie de Laplace, il n'y a pas de déterminisme universel.
= Je ne peux pas connaître l'état de l'univers au temps t. Par conséquent, je ne peux pas prédire l'état de l'univers au temps t + 1, ni retrouver rétrospectivement l'état de l'univers au temps t - 1. Le déterminisme naturel est donc compatible avec l'affirmation de la liberté humaine.
- Je suis soumis aux lois de la nature, ex. la loi de la chute des corps ; mais la connaissance de ces lois me permet de les utiliser à mes propres fins, ex. pour voler. Le fait qu'il y ait des lois naturelles permet à l'être humain de connaître son environnement et donc d'agir sur lui : "savoir pour prévoir afin de pouvoir" disait Auguste Comte.
Volonté libre et déterminisme naturel peuvent donc coexister et collaborer.
2. Les lois juridiques et morales sont-elles pour la liberté individuelle un obstacle ou une condition de possibilité ?
- Les lois sociales ont un caractère d'obligation et non de nécessité. On peut donc les enfreindre. Je peux, dans une certaine mesure, ne pas m'y soumettre.
obligation/contrainte
- On peut aller plus loin : non seulement la liberté sociale est compatible avec l'existence de lois, mais "il n'y a pas de liberté là où il n'y a pas de loi, ou là où quelqu'un est au-dessus des lois." (Rousseau).
Sans loi en effet, régnerait le droit du plus fort, donc la violence.
" La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent ; et si un citoyen pouvait faire tout ce qu'elles interdisent, il n'y aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tout de même ce pouvoir. " (Montesquieu)
Être libre, c'est jouir de droits garantis par la loi. = L'état de droit.
- Cependant, pour qui sont faites les lois ? "L'esprit universel des lois de tous les pays est de favoriser toujours le fort contre le faible, et celui qui a contre celui qui n'a rien : cet inconvénient est inévitable et il est sans exception." (Rousseau). Si les lois sont injustes, elles ne peuvent garantir l'égalité devant la loi, et sans égalité, la liberté ne peut pas exister. Mais cet inconvénient est-il vraiment inévitable?
- Rousseau lui-même ne le croit pas. Les lois sociales sont établies par les êtres humains. Si les conditions politiques le permettent, tout citoyen peut participer à l'élaboration de ces lois (
régime démocratique). Dans un tel contexte, chacun devient co-législateur et les lois cessent d'être imposées de l'extérieur. Le citoyen d'un tel état jouit alors de la liberté d'autonomie : "L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté." (Rousseau, Du Contrat social, ch. VIII).
Conclusion
Non seulement on peut affirmer à la fois que l'homme est libre et qu'il est soumis à des lois, mais la liberté ne se conçoit que dans le cadre de lois, qu'elles soient naturelles ou sociales. D'une part, sans la régularité d'une nature ordonnée et connaissable, la liberté humaine resterait sans effet ; d'autre part, sans la normativité d'une société réglée et maîtrisable, elle resterait sans garantie.
Lectures pour approfondir
Rousseau, Du contrat social, L. I