La liberté

Synthèse
La liberté




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Liberté, libertés


1. La question linguistique

L’adjectif « libre » peut s’appliquer à presque n’importe quoi : la chute des corps, la roue de bicyclette, l’union...

Dans tous les cas le point commun est l’absence (relative) de contrainte: on qualifie de libre un objet matériel ou un processus lorsqu'il est soustrait à un ensemble de conditions déterminées auxquelles il serait ordinairement soumis.

L’adjectif « libre » s' applique en particulier au comportement humain. « Libre » dans ce cas se dit des actions par opposition aux simples mouvements. Une action est l'exercice d'un pouvoir volontaire, intentionnel, qui relève d’un projet, d’un dessein de l'agent qui l'accomplit et dont il est considéré responsable. Agir (actif) en ce sens s'oppose à subir (passif) et l'action a une raison d’être plutôt qu’une cause.

Ex. : Je vais à l’université pour obtenir un diplôme; mais il m'arrive de m’endormir en cours parce que je suis fatiguée. Je me jette à terre pour éviter un projectile; mais je tombe par terre parce que j'ai trébuché.

Cette distinction de principe entre action et mouvement n’est pas toujours facile à faire en pratique.

En théorie/ En pratique

2. La question métaphysique

Comment et dans quelle mesure l’être humain est-il libre et donc responsable de ses actes?

Cette question renvoie à deux problèmes :

  1. Quel est le rapport entre un individu et ses raisons d’agir ? Avons-nous le pouvoir de choisir nos motifs d'action? C’est le problème du mobile et de l’autonomie morale. De ce point de vue, il faut distinguer

    a) vouloir faire quelque chose et pouvoir le faire en droit et en fait: c’est la liberté d’action (premier degré de liberté);
    En fait/En droit et Formel/Matériel

    b) vouloir vouloir quelque chose et être capable ainsi de changer ses motifs: c’est jouir du libre arbitre (être libre au deuxième degré, il s’agit de la liberté proprement morale).

  2. Quelle doit être la nature de la réalité pour que l’être humain puisse se dire libre ? Avons-nous le pouvoir de faire advenir des événements dans le monde par l'exercice de notre volonté? C’est le problème de la nécessité et du déterminisme. Si tout phénomène dépend nécessairement de ses antécédents dans une série causale, dans quelle mesure sommes-nous libres?

Pour comprendre le monde, il faut supposer un ordre déterminé. Cette détermination peut être pensée comme l'effet d'une volonté surnaturelle (fatalisme et prédétermination) ou comme l'effet d'une causalité naturelle (déterminisme). Mais dans les deux cas, comment situer par rapport à ces forces, la volonté humaine et son efficience?

On peut, comme Aristote et les épicuriens, supposer que l'ordre naturel n'est pas vraiment nécessaire, il serait contingent.

Contingent/Nécessaire/Possible

On peut au contraire admettre, avec les stoïciens (Epictète, Marc Aurèle), la nécessité de l'ordre naturel et voir dans la volonté libre le pouvoir de vouloir que ce qui nous arrive selon cet ordre nous arrive.

Ou encore, on peut, comme Spinoza, dire que nous sommes libres en tant que nous avons une véritable connaissance des choses, car alors, connaissant la cause par laquelle nous voulons, nous sommes la cause de notre volonté.

On voit qu'en tout état de cause, pour penser notre liberté dans le monde, on ne peut faire l'économie de son rapport à l'ordre naturel, puisque nos actions s'inscrivent toujours dans cet ordre. Ainsi posé, le problème de la liberté est bien métaphysique, puisque c'est toujours une conception de l'homme et de la nature qui est en jeu.

3. La question socio-politique

Mais la liberté n’est pas seulement la caractéristique d’une action individuelle et de l'agent qui l'accomplit, c’est aussi la caractéristique d’un ensemble de relations interpersonnelles.

La liberté socio-politique se caractérise d’une façon générale comme l’absence de dépendance par rapport à autrui.

Cette absence de dépendance peut prendre plusieurs formes :

  1. L'indépendance de condition. Historiquement, la notion de liberté dans notre culture est étroitement associée à la pratique de l’esclavage. L’homme libre est d’abord et avant tout celui qui ne dépend pas statutairement d’un autre homme qui serait son maître et qui de droit disposerait de sa vie.
    Selon Rousseau, la liberté d’indépendance serait celle dont jouirait l’être humain à l’état de nature, un état hypothétique dans lequel, étant isolé, l'individu serait apte à choisir ses activités et les moyens de subvenir à ses propres besoins sans avoir à s’en remettre à autrui (forme d’autarcie).
  2. L’autonomie face à la loi. L’autonomie, comme autodétermination politique est une relation de soi à autrui caractérisée par l’auto-gouvernement. L’autonomie consiste dans le fait de se donner à soi-même (auto) ses propres lois (nomos). « L'obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté » dit Rousseau.
    Ainsi, dans une société, c’est la dépendance par rapport à la loi commune supposée égale pour tous qui assure l’indépendance par rapport à autrui.
    Dans cette perspective, la liberté n’est pas seulement une propriété inaliénable de l’individu, c’est une oeuvre collective à réaliser dans la société. Le problème de la liberté est alors celui des conditions de la libération.

La dimension politique du problème de la liberté a été négligée par toute une tradition philosophique qui a fait de la liberté une relation entre une personne et elle-même et non une relation des personnes entre-elles.

Cette tradition philosophique qui privilégie la liberté intérieure s'enracine dans une réflexion sur l’idée chrétienne de conversion. La conversion, pour les chrétiens, est un acte libre, strictement individuel et privé, intérieur à la conscience, par lequel le sujet choisit d'accepter le salut. Cette conception de l'individu qui choisit volontairement, librement, entre le bien et le mal  aboutit à la philosophie kantienne de la volonté dans laquelle la liberté est d’abord définie comme l’autonomie intérieure de la personne qui choisit de prendre le respect de la loi morale comme seul motif d’action.

Cependant, comme le fait remarquer Hannah Arendt dans son essai "Qu'est-ce que la liberté?", quelle que soit l’importance de la liberté intérieure, cette liberté est seconde par rapport à la liberté politique pour deux raisons :

  1. La liberté ne prend une dimension proprement morale que dans le rapport à autrui.
  2. La liberté intérieure est inaliénable mais vaine si elle ne peut pas s’exercer concrètement parce que les structures sociales et politiques ne le permettent pas.

Ainsi, Rousseau, dans Du Contrat social, présente la liberté morale comme indissociable de la liberté civile, les deux étant comme le recto et le verso d’une même feuille: gagnant la liberté civile grâce au contrat social, l'homme gagne du même coup la liberté morale:

"On pourrait sur ce qui précède ajouter à l'acquis de l'état civil la liberté morale, qui seule rend l'homme vraiment maître de lui ; car l'impulsion du seul appétit est esclavage, et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. " Du Contrat social, L. 1, ch. VIII

Du point de vue socio-politique, la liberté doit s’entendre au pluriel: non pas la liberté mais les libertés: autant de droits à conquérir. La difficulté est d’assurer, à l’intérieur d’un système social et politique donné, le plus grand nombre possible de libertés (liberté de pensée, d’association, d’expression... en tant que droits garantis par la loi) au plus grand nombre possible d’individus.

Mais suffit-il d'avoir des droits pour être libre? Que vaut cette liberté formelle si l'égalité des chances fait défaut?

Formel/Matériel



Maryvonne Longeart
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