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Ça peut se dire,
Ça ne peut pas se faire

Peut-on mimer le fait de ne rien faire ?

Quelques thèmes de réflexion

D'où vient l'absurdité de la situation décrite par Devos ?

On peut dire quelque chose impossible à faire. Pourquoi ? Qu'est-ce que cela nous apprend sur le langage ?
(Ne cherchez pas une réponse toute faite; réfléchissez sur les possibilités qu'offre le langage en vous appuyant sur votre expérience d'être parlant.)

Mise en situation

Essayez de mimer le fait de ne pas vous coiffer et demandez-vous comment ce mime se distingue du mime de ne pas marcher, ou ne pas se pencher, ou ne pas pleurer ...

Que peut-on en conclure sur la négation ?

 


Le mime Baptiste Deburau

Raymond Devos A plus d'un titre, Ed. Olivier Orban, 1989, pp. 118-120

ÇA PEUT SE DIRE,
ÇA NE PEUT PAS SE FAIRE

On dit qu'un mime sait tout faire.
C'est faux !
Un mime ne peut pas tout faire.
Exemple :
Un jour
je devais mimer un personnage
qui n'avait rien à faire
Eh bien je n'ai rien pu faire !
Parce que ne rien faire,
ça peut se dire.
Ça ne peut pas se faire !
En outre, je ne pouvais pas le dire
que je ne pouvais rien faire,
parce que le personnage qui n'avait rien à faire
en plus, n'avait rien à dire !
Le directeur de la salle me l'avait bien spécifié.
Il m'avait dit:
“ Pensez bien à ce que vous avez à faire ! ”
C'est-à-dire, en fait: “ Ne pensez à rien ! ”
Et il avait ajouté:
“ Surtout, ne le dites pas ! ”
Et moi, je lui avais donné ma parole de mime
que je ne dirais rien.
Je suis entré sur scène
et je me suis mis à ne rien faire
sans rien dire !
Ca n'a l'air de rien...
mais il faut le faire... !
Il ne suffit pas de le dire... Et paradoxalement, plus je ne faisais rien,
plus les gens, dans la salle, disaient:
“ Qu'est-ce qu'il fait ? ”
Parce que le public... lui, il n'est pas fou !
Il voyait bien que je faisais quelque chose ...
mais comme c'était rien,
il se demandait ce que j'étais venu faire.
Les critiques, eux, par contre,
voyaient bien que je ne faisais rien,
et que je le faisais bien !
Seulement, ils s'attendaient à plus.
Et moi qui déjà ne faisais rien,
je ne pouvais pas faire moins.
Alors, au bout d'un moment, dans la salle,
les gens qui ne voyaient rien
ont commencé à trouver à redire :
“ Il pourrait au moins faire un geste,
avoir un bon mouvement ! ”
Ce que voyant...
j'ai fait le seul geste que pouvait se permettre quelqu'un qui n'a rien à faire...
sans que l'on puisse dire: “ Il en fait trop !”
J'ai fait... (Geste d'impuissance.) Les gens:
“ Qu'est-ce qu'il a dit ? ”
Alors là, j'ai rompu le silence.
J'ai dit : “ Mais je n'ai rien dit ! ”
Qu'est-ce que j'avais dit là !
Le directeur : “ Rideau !
Non seulement, je paye un mime à ne rien faire
et il ne le fait pas !
Mais en plus, il ne tient pas sa parole, il parle ! ”
Et il a ajouté:
“ Tenez ! Vous n'êtes même pas bon à rien!”
Le lendemain, dans la presse,
qu'en ont dit les critiques ?
Eh bien, comme je n'avais rien fait,
ils n'ont rien dit...
mais... en bien !


Maryvonne Longeart

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