L'importance de
la loi

Le savoir et la maîtrise technique rendent-ils inutiles la justice et le droit ?

Pourquoi, malgré toute sa puissance, l'homme doit-il faire une place aux lois ?

Quelle est la force de l'être humain?
Quelle est sa faiblesse ?

En quoi le fait de se situer au-dessus
des lois est une "bravade"?

Mise en situation

Peut-on vivre sans foi ni loi?

Sophocle
Antigone, v. 332 à 361, trad. Paul Mazon, Les Belles Lettres, 1962

Il est bien des merveilles dans le monde, il n'en est pas de plus grande que l'homme.

Il est l'être qui sait traverser la mer grise, à l'heure où soufflent le vent du Sud et ses orages, et qui va son chemin au milieu des abîmes que lui ouvrent les flots soulevés.

Il est l'être qui tourmente la déesse auguste entre toutes, la Terre, la Terre éternelle et infatigable, avec ses charrues qui vont chaque année la sillonnant sans répit, celui qui la fait labourer par les produits de ses cavales.

Les oiseaux étourdis, il les enserre et il les prend, tout comme le gibier des champs et les poissons peuplant les mers, dans les mailles de ses filets, l'homme à l'esprit ingénieux.

Par ses engins, il se rend maître de l'animal sauvage qui va courant les monts, et, le moment venu, il mettra sous le joug et le cheval à l'épaisse crinière et l'infatigable taureau des montagnes.

Parole, pensée vite comme le vent, aspirations d'où naissent les cités, tout cela il se l'est enseigné à lui-même, aussi bien qu'il a su, en se faisant un gîte, se dérober aux traits du gel et de la pluie, cruels à ceux qui n'ont d'autre toit que le ciel.

Bien armé contre tout, il ne se voit désarmé contre rien de ce que peut lui offrir l'avenir. Contre la mort seule, il n'aura jamais de charme permettant de lui échapper, bien qu'il ait déjà su contre les maladies les plus opiniâtres imaginer plus d'un remède.

Mais ainsi maître d'un savoir dont les ingénieuses ressources dépassent toute espérance, il peut prendre ensuite la route du mal comme du bien.

Qu'il fasse donc dans ce savoir une part aux lois de sa ville et à la justice des dieux, à laquelle il a juré foi !

Il montera alors très haut dans sa cité, tandis qu'il s'exclut de cette cité le jour où il laisse le crime le contaminer par bravade.


Maryvonne Longeart
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La justice

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