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L'inconscient peut-il servir d'excuse ?



Analyse du sujet

Est inconscient (adjectif) au sens large, ce qui est privé de conscience ou ce qui n'entre pas dans le champ de la conscience.
Ex.: La matière est inconsciente. Un sentiment peut être inconscient. Le fonctionnement de certains organes est inconscient.

Au sens moral, l'inconscience est un manque de jugement. Une déficience de la capacité de distinguer le bien et le mal ou d'évaluer les conséquences d'un acte.
Ex.: Des parents inconscients, l'inconscience d'un criminel

L'inconscient (substantif) au sens psychanalytique (Freud) est ce qui est refoulé hors du champ de la conscience. L'inconscient est une instance du psychisme humain (le ça), lieu des pulsions, dominé par le principe de plaisir.
Le sujet ne contrôle pas son inconscient, et pourtant certains de ses actes sont l'effet de mobiles inconscients. De tels actes sont-ils toujours imputables au sujet ?

Ainsi, le terme d'inconscient renvoie d'une part à tout ce qui n'est pas conscient (le non-conscient en général) et d'autre part à une réalité psychique possédant une structure et un mode de fonctionnement propre et que la psychanalyse étudie. En général, le substantif "l'inconscient" renvoie au deuxième sens, alors que "l'inconscience " et le "non-conscient" renvoient au premier.

L'inconscient, au sens psychanalytique, peut-il servir d'excuse ?

Ici, c'est la possibilité au sens de la légitimité dont il est question : avons-nous le droit, est-il légitime de prendre prétexte de l'inconscient pour excuser nos actes et diluer notre responsabilité?

Une excuse est quelque chose qui disculpe. La notion d'excuse est donc étroitement liée à celle de responsabilité. La responsabilité de celui qui est excusé est levée ou atténuée. Se demander si l'inconscient peut servir d'excuse revient donc à se demander si la référence à l'inconscient du sujet peut supprimer ou atténuer sa responsabilité.


Notons la nuance entre "être une excuse" (l'inconscient excuserait effectivement certains actes) et "servir d'excuse" ("ête utilisé comme...", ce qui suggère une certaine mauvaise foi).


Problématique

Un acte se distingue d'un simple mouvement (actions machinales, actions accidentelles, tics, réflexes) comme quelque chose à la fois de conscient et de volontaire. Mes actes me sont imputables et j'en suis responsable parce que j'en suis conscient et que je les contrôle. Par conséquent, on ne fait vraiment que ce que l'on a conscience de faire par choix. On ne fait pas vraiment ce que l'on fait sans le savoir ou sous la contrainte.

La découverte de l'inconscient a eu pour conséquence de remettre en question la maîtrise du sujet sur lui-même, ses actes, ses sentiments et ses pensées. " Le moi n'est pas maître en sa maison " dit Freud.
Si l'inconscient est une force obscure qui me dépasse et qui détermine mon comportement, suis-je encore responsable de mes actes ? L'inconscient ne peut-il pas être invoqué pour me disculper ?
L'hypothèse de l'inconscient semblent m'enlever toute responsabilité en m'enlevant toute liberté, donc toute moralité. Ainsi le reconnaît le Code pénal : "Il n'y a ni crime ni délit lorsque le prévenu était en état de démence au temps de l'action [...] ou lorsqu'il a été contraint par une force à laquelle il n'a pu résister".

Pour Sartre , au contraire, l'inconscient sert parfois d'excuse, de l'ordre de la mauvaise foi, mais n'est jamais une excuse recevable.

"On ne fait pas toujours ce que l'on veut, mais on est toujours responsable de ce que l'on fait" affirme Sartre. "Le propre de la réalité humaine, c'est qu'elle est sans excuse."

Mais, peut-on réduire l'inconscient à la mauvaise foi ? L'inconscient n'est pas une simple stratégie d'automystification.

Quoiqu'il en soit, il ne faut pas cependant confondre explication et justification . L'inconscient explique sans pour autant justifier certains comportements. Ne suis-je pas responsable de conquérir un maximum de conscience? Selon l'expression de Freud, "là où le ça était, je dois advenir". La conquête de la conscience sur l'inconscient devient un devoir vis-à-vis de soi-même.
Nous ne sommes peut-être pas toujours pleinement responsables, mais nous sommes toujours responsables de tendre à le devenir. Être conscient (ou le devenir de plus en plus) est un devoir, comme l'indique le fait que l'inconscience (au premier sens de "inconscient"), loin d'être une excuse peut être une circonstance aggravante. L'inconscient ne peut pas servir d'excuse, c'est-à-dire servir de prétexte pour me dispenser d'une façon générale de faire face à mes responsabilités.

Ainsi, la référence à l'inconscient explique pourquoi certains comportements, en échappant au contrôle du sujet, cessent de lui être imputables. Le sujet, destitué en tant qu'acteur, est alors excusé. Mais est-ce l'inconscient, en tant que tel et d'une façon générale, qui l'excuse, ou la relation complexe et invalidante que conscience et inconscient entretiennent ponctuellement?

Lectures pour approfondir

Freud, Une difficulté de la psychanalyse

 



Maryvonne Longeart

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