L'acte manqué
Accident ou symptôme d'un désir refoulé?
Quelques thèmes de réflexion
Les oublis sont des actes manqués,
comme les lapsus, les faux-pas,
les maladresses.
Selon Freud, ce ne sont pas
des "accidents".
Rien, dans la vie psychique
n'arrive par hasard.
Quelle est alors la cause
des actes manqués?
Les actes manqués sont-ils
si "manqués"
que cela ? Pourquoi ?
Si l'oubli est le symptôme d'un
non-vouloir
inconscient, peut-on reprocher cet oubli au sujet ?
Mise en situation
Prenez l'exemple d'un acte manqué
vous concernant. Qu'avez-vous accompli par cet acte manqué ?
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Psychopathologie de la vie quotidienne, ch. 7 "Oubli d'impressions et de projets". Trad. S. Jankélévitch, Payot, 1975, p. 163.
Il est deux situations dans la vie où le profane lui-même
se rend compte que l'oubli de projets n'est nullement un phénomène
élémentaire irréductible, mais autorise à conclure
à l'existence de motifs inavoués. Je veux parler de l'amour
et du service militaire. Un amoureux qui se présente à un rendez-vous
avec un certain retard aura beau s'excuser auprès de son amie en disant
qu'il avait malheureusement oublié ce rendez-vous. Elle ne tardera
pas à lui répondre : "Il y a un an, tu n'aurais pas oublié.
C'est que tu ne m'aimes plus." Et si, ayant recours à l'explication
psychologique mentionnée plus haut, il cherche à excuser son
oubli par des affaires urgentes, l'amie, devenue aussi perspicace en psychanalyse
qu'un médecin spécialiste, lui répondra :
" Il est bizarre que tu n'aies jamais été troublé
par tes affaires. " Certes, l'amie n'excluera pas toute possibilité
d'oubli; elle pensera seulement, et non sans raison, que l'oubli non intentionnel
est un indice presque aussi sûr d'un certain non-vouloir qu'un prétexte
conscient.
[...]
C'est encore par un conflit entre un devoir conventionnel et
un jugement intérieur non avoué que s'expliquent les cas où
l'on oublie d'accomplir des actions qu'on avait promis d'accomplir au profit
d'un autre. Le bienfaiteur est alors généralement le seul à
voir dans l'oubli qu'il invoque une excuse suffisante, alors que le solliciteur
pense sans doute, et non sans raison : " Il n'avait aucun intérêt
à faire ce qu'il m'avait promis, autrement, il n'aurait pas oublié
". Il est des hommes qu'on considère généralement
comme ayant l'oubli facile et qu'on excuse de la manière qu'on excuse
les myopes, lorsqu'ils ne saluent pas dans la rue (1). Ces personnes oublient
toutes les petites promesses qu'elles ont faites, ne s'acquittent d'aucune
des commissions dont on les a chargées, se montrent peu sûres
dans les petites choses et prétendent qu'on ne doit pas leur en vouloir
de ces petits manquements qui s'expliqueraient, non par leur caractère,
mais par une certaine particularité organique. [...] Mais je crois
pouvoir dire par analogie qu'il s'agit d'un degré très prononcé
de mépris à l'égard d'autrui, mépris inavoué
et inconscient, certes, et qui utilise le facteur constitutionnel pour s'exprimer
et se manifester.
(1) Les femmes, qui ont une intuition plus profonde des processus psychiques inconscients, sont généralement portées à se considérer comme offensées lorsqu'on ne les recnnaît pas dans la rue, c'est-à-dire lorsqu'on ne les salue pas. Elle ne pense jamais en premier lieu que le coupable peut n'être que myope où qu'il ne les a pas apperçues, parce qu'il était plongé dans ses réflexons. Elles se disent qu'on les auraient certainement aperçues, si on les estimait davantage.
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Maryvonne Longeart
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