Peut-on vivre en marge de la société ?
Analyse du sujet
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Problématique
Attention à ne pas faire une interprétation trop étroite du sujet. L'analyse des termes du sujet révèle un ensemble de problèmes irréductibles les uns aux autres:
On peut donc reformuler le sujet de la façon suivante:
Exemple d'introduction
Une société est tout milieu dans lequel est intégré un individu dont les rapports avec ses semblables sont réglés par des conventions plus ou moins fixes et contraignantes. L'être humain, dit-on, est un animal social. Il vivrait donc normalement en société. C'est pourquoi on serait tenté de répondre par la négative à la question : " Peut-on vivre en marge de la société? " , " on " étant pris ici en son sens étymologique de " homme ". Il est intéressant de se demander cependant dans quelle mesure l'être humain peut se passer de la société. En est-il capable de fait ? Y est-il autorisé de droit ? Mais qu'est-ce que vivre en marge de la société ? " Vivre " peut signifier survivre, subsister, entretenir son existence au sens biologique du terme (par opposition à " mourir ") et ne s'appliquer alors qu'à l'existence physique d'un individu. Mais " vivre " peut s'appliquer aussi à l'aspect moral d'une personne, comme dans les expressions " vivre sa vie " " ce n'est pas une vie ", " savoir vivre ". Il s'agit alors de jouir de l'existence et de s'épanouir au sens culturel du terme. Peut-on survivre sans la société ? Peut-on s'épanouir sans elle ? De même, vivre " en marge de " peut signifier vivre physiquement au bord, à la limite ou en dehors de la société. Il s'agit alors de la position du lieu dans lequel on vit par rapport au lieu géographique occupé par la société globale. Mais cette expression peut aussi désigner une manière de vivre et s'appliquer non pas à un lieu physique mais à des normes culturelles qui seraient étrangères, voire contraires, à celles de la société globale. La marginalité se définit donc soit comme un isolement physique, soit comme un isolement culturel. Dans un cas comme dans l'autre, cet isolement peut-il être radical, absolu? Nous nous demanderons dans un premier temps dans quelle mesure il est possible pour l'être humain de survivre en dehors du tout groupement humain. Puis nous étudierons la possibilité de créer de nouvelles modalités d'existence, de nouvelles normes, à l'intérieur même d'une société, fondant ainsi une société dans la société. Enfin nous nous interrogerons sur le phénomène de l'exclusion par lequel paradoxalement des individus qui vivent physiquement dans une société et qui adoptent fondamentalement les valeurs de cette société, se trouvent néanmoins rejetés par elle.
Pistes pour le développement
1. Dans quelle mesure l'être humain peut-il vivre physiquement en dehors de la société?
= Possibilité de l'isolement physique
Hypothèse de l'état de nature
Problème de la condition de l'être humain avant la création
de la société.
Pour Rousseau, l'homme à l'état de nature n'aurait pas de
semblable et vivrait heureux dans l'isolement. Cependant, cet état
ne permettrait pas vraiment à l'être humain de développer
son potentiel. L'homme à l'état de nature serait heureux,
mais frustre.
Théories du contrat social: Rousseau
Mais l'état de nature est-il autre chose qu'une abstraction?. L'homme à l'état de nature n'existe pas et n'a jamais existé. La vie sociale ne fait-elle pas partie de la condition humaine?
Dépendance de l'enfant humain
Problème de la survie physique de l'enfant en bas âge et du développement psychomoteur de l'enfant coupé
de tout contact humain :
N'ayant pas d'instinct, l'être humain n'est pas garanti de se développer
humainement.
Rousseau remarquait déjà que seul l'être
humain, parmi les animaux, avait cette possibilité de devenir "
imbécile ", c'est-à-dire non seulement de ne pas se développer
normalement, mais de régresser. C'est le problème des enfants
sauvages ou séquestrés, qui, en l'absence de contact sociaux,
perdent la capacité de développer leur potentiel humain.
"L'homme en tant qu'homme avant l'éducation n'est qu'une simple
éventualité, c'est-à-dire moins même qu'une espérance." (Jean-Marc Itard. Mémoire et rapport sur Victor de l'Aveyron)
Indépendance relative de l'adulte
Choix de l'ermite de s'isoler du monde ou survie de Robinson sur son île déserte.
Mais cette survie dans l'isolement n'est possible que grâce aux acquis de l'éducation et de la société.
Transition : Si l'isolement physique radical n'est pas possible, peut-on au moins se dissocier culturellement de la société globale à laquelle on appartient?
2. Dans quelle mesure l'être humain peut-il vivre sans se conformer aux normes de la société?
= Marginalité culturelle
2.1 On peut, dans une certaine mesure, créer des sociétés
parallèles
On peut rejeter les normes de la société dans laquelle on
vit. = Monastères, sectes, sociétés secrètes etc.
Dans ce cas, on ne vit "en marge" de la société
que parce qu'on vit à l'intérieur d'une autre société.
De plus, ces "sociétés dans la société" partagent cependant une même culture de base avec la société
par rapport à laquelle elles se démarquent.
Cette marginalité culturelle est donc toute relative.
2.2 La société tolère mal les marginaux
On n'a pas le droit de ne pas respecter les règles de la société dans laquelle on vit sans devenir hors-la-loi. C'est le rôle régulateur de la justice institutionnelle de s'assurer que le droit chemin est suivi par tous. En ce sens, on ne peut pas (au sens de "on n'est pas autorisé à") être en marge, déviants.
D'une façon générale, même s'ils n'enfreignent pas les lois, les marginaux non-conformistes sont considérés comme hors-normes et donc indésirables. Comme le dit Brassens:
" Non, les braves gens n'aiment pas que
l'on prenne une autre route qu'eux. "
Y a-t-il un droit à la différence?
Transition : Paradoxalement, la société qui n'autorise pas la déviance de ses membres peut quelquefois elle-même les exclure.
3. Dans quelle mesure la société
peut-elle marginaliser des individus?
= Inverser la question du sujet.
3.1 L'ethnocentrisme
Toute société a tendance à rejeter les autres sociétés: "ce sont des barbares!".
Ce rejet peut aller jusqu'à l'ethnocide ou au génocide.
3.2 L'exclusion
= Problème des parias, des exclus. (Ex. : les chômeurs)
L'exclusion pose un double problème de survie et de droit:
Une société peut-elle survivre à cette marginalisation de ses propres membres? Autrement dit, la société peut-elle vivre en marge d'elle-même, c'est-à-dire peut-elle se couper d'une partie des individus qui la composent?
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Maryvonne Longeart
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