La politique


La société
et l'état

Synthèse

La politique
La société et l'état




Espace professeur
La politique, la société et l'état

 

Fascisme et totalitarisme


Mouvement fondé en 1919 par Mussolini (Fasci Italiani di combattimento = Faisceaux italiens de combat), le fascisme n’est pas seulement un mouvement politique, c’est aussi une philosophie de l’État dont le principal théoricien est Giovanni Gentile. Les fascistes prennent le pouvoir en Italie en 1922.

1. Les origines de la pensée politique fasciste

Le fascisme a deux sources :

  1. Les doctrines socialistes (critique du libéralisme politique et économique)
  2. La notion d’État chez Hegel (idéaliste allemand du XIXe siècle)

1.1 La critique du libéralisme

a. Le libéralisme politique (exemple, la théorie de Locke)

La thèse fondamentale du libéralisme est que l’individu est au fondement des relations sociales. En conséquence, la puissance de l’État est limitée par les droits individuels.

La critique socialiste du libéralisme politique repose sur le constat que l’individu isolé n’existe pas et que la société est première par rapport à l’individu. Il s’ensuit que l’individualisme radical est nécessairement utopique.

b. Le libéralisme économique (exemples Adam Smith et Ricardo)

La thèse fondamentale du libéralisme économique est que l’organisation de la production et des échanges est une affaire individuelle et que le libre échange et la libre concurrence doivent déboucher sur un ordre social équilibré et juste.

La critique socialiste du libéralisme économique repose sur le constat que le libéralisme conduit toujours à des sociétés inégalitaires. Le libéralisme en effet ne tient pas compte du fait que la liberté et l'égalité formelles ne suffisent pas si l'égalité des chances n'estpas instaurée et maintenue. Les initiatives individuelles doivent donc être contrôlées pour assurer le bien-être commun.

Les fascistes, comme les socialistes, refusent en théorie l’individualisme politique et économique. C’est en cela que le fascisme se présente comme une doctrine «sociale». Mais contrairement aux socialistes, les fascistes refusent le principe de la lutte des classes et, en niant la réalité des conflits d’intérêts, ils assimilent l’individu à la collectivité.

Cependant, dans la pratique, le contrôle économique et politique instauré sous les régimes fascistes contribueront à renforcer les grands monopoles économiques et à favoriser une élite politique.

1.2 La notion hégélienne d’État

Elle remonte à la philosophie politique de Kant (XVIIIe siècle). Kant pensait qu’à cause de la faiblesse des hommes, il y aurait toujours un écart entre les exigences morales et leur application. Il faut donc « aider » les individus à être moraux et libres (il n’y a de vraie liberté, selon Kant, que dans la moralité). D’où la célèbre formule de Kant : « L’homme est un animal qui a besoin d’un maître ». Ce maître, c’est l’État. Ainsi, pour Kant, il n’y a de liberté individuelle que grâce à l’État.

Hegel reprend cette idée que l’État est nécessaire parce que ce n’est que dans et par l’État que l’individu est vraiment libre. Mais il va plus loin que Kant en développant une véritable métaphysique de l’État. L’État serait selon lui la réalisation de la liberté dans l’Histoire. Donc l’État n’est plus comme pour Kant un simple moyen d’être libre. Il est la liberté. L’État devient une fin en soi. Ainsi, pour Hegel, l’État est le seul être volontaire et libre. L’individu ne se réalise que dans la mesure où il participe à la volonté et à la liberté de l’État. Conséquences :

  1. L’État hégélien n’est pas un simple pouvoir institutionnel, c’est une réalité spirituelle
  2. La volonté individuelle n’existe pas. C’est une abstraction qui ne se réalise que dans les collectivités (la famille, l’état).

Remarquons cependant que Hegel distinguait l’État comme réalité spirituelle des états historiques qui n’en étaient que des manifestations imparfaites. Il permet de ce fait une certaine critique politique. Les fascistes reprennent cette conception de l’état à ceci près qu’ils abolissent la distinction État spirituel /état historique. L’État fasciste est l’État spirituel. Idéal et réalité étant confondus, toute critique est rendue impossible, d’où le totalitarisme et le nationalisme exacerbé caractéristiques du fascisme.

2. La doctrine fasciste de l’État

2.1 La conception fasciste de l’État

L’état libéral était le garant des droits individuels. Pour les fascistes, au contraire, l’individu n’a ni volonté, ni liberté, ni pouvoir, et par conséquent, il n’a aucun droit. Seul l’État est une personne spirituelle douée de volonté, de liberté et de puissance. La devise fasciste est

« Tout dans l’État, rien contre l’État » (Mussolini).

NB : La différence entre le fascisme et le nazisme est que, pour Mussolini, l’État était une communauté culturelle, alors que pour Hitler, c’est aussi une communauté raciale.

2.2 Conséquences socio-politiques

La conception fasciste de l'état a pour conséquence le refus de tout ce qui est susceptible de diviser ce tout qu’est l’État: le totalitarisme (ou Etat-total)

a- Sur le plan politique:

b- Sur le plan social:

L’endoctrinement est la conséquence directe de la définition fasciste de la liberté. L’intériorisation de la règle de l’État se fait par « l’éducation », entendre l'endoctrinement, des individus. Mussolini voulait changer la société en modelant un nouveau type d’être humain.

3. Les contradictions du fascisme

3.1 Contradictions théoriques

Doctrine de l’ordre

Mais au nom de l’État, tout est permis (absence d'état de droit, retour à la violence)

Identification de l’individu à l’État

Mais on est prêt à sacrifier tous les individus pour la sauvegarde de l’État

Critique de l’individualisme

Mais culte de la personnalité du Chef (le guide, le Duce) qui « incarne » cette réalité spirituelle qu’est l’État

Toute puissance de l’État

Mais retour au pouvoir personnel, non étatique

3.2 Contradictions pratiques

Sous prétexte de vouloir instaurer un nouvel ordre social et une nouvelle justice sociale, le fascisme a conduit aux pires atrocités. La délibération étant proscrite du fonctionnement normal du processus politique de prise de décision, toute décision doit être imposée par la contrainte, c’est-à-dire soit la propagande et l'endoctrinement, soit la violence pure et simple, qui deviennent des moyens normaux d’action politique.

Conclusion : Le fascisme est une aberration intellectuelle (doctrine contradictoire) et un scandale pratique (régime politique insoutenable).



Maryvonne Longeart
LOG | Accueil | Programmes | Banque de textes


Cours du LOG