Le bonheur

Synthèse
Le bonheur




Espace professeur

 

Quête du bonheur et moralité

 

La quête du bonheur

Le bonheur est un état de satisfaction complète et durable qu'on définit souvent par rapport au désir comme l'état de l'individu dont les désirs sont comblés. Le désir produit un sentiment de manque, d'imperfection, que la satisfaction du désir supprime. Le bonheur résiderait dans la conscience de cet état de contentement, lié à la satisfaction des désirs, dans lequel je ne manquerais plus de rien.

Du point de vue de la quête du bonheur, deux questions se posent:

  1. Quelles sont les fins susceptibles d'apporter le bonheur?
  2. Quels sont les moyens qui permettent de les atteindre?

    Mais la portée morale de cette quête dépend d'une troisième question:
  3. Le bonheur est-il le bien suprême? Peut-on vouloir le bonheur inconditionnellement?

En effet, si la morale est conçue comme une doctrine indiquant les fins que l'on doit poursuivre et les moyens d'y parvenir,

La morale: les principales problématiques

alors la fin dernière est celle qui est recherchée en elle-même et pour elle-même, celle par rapport à laquelle les autres fins ne sont que des moyens. Une telle fin existe-t-elle, et si oui, le bonheur peut-il être cette fin inconditionnée?

Posons la proposition

|a| : Je veux X

et supposons la légitimité (discutable) du principe

|b| : Qui veut la fin, veut les moyens

Alors, si pour atteindre |a| il est nécessaire d'atteindre Y, il paraît légitime de poser

|c| : Si je veux X, alors je dois vouloir Y

Mais pourquoi dois-je vouloir X au départ? Si c'est en vertu d'une autre proposition,

|c'| : Si je veux Z, alors je dois vouloir X

alors la question se pose à nouveau: pourquoi vouloir Z? Il est impossible d'échapper à une régression à l'infini à moins de poser une fin inconditionnellement valable.

De deux choses l'une: ou la morale comme doctrine des fins doit se contenter d'une étude relative et circonstanciée des relations moyens-fins en vue de l'efficacité de l'action; ou elle doit poser l'existence d'une fin inconditionnée. Mais comment fonder rationnellement l'existence d'une telle fin?

L'eudémonisme antique

La richesse, la santé, la gloire... peuvent être des buts que l'on se propose d'atteindre, mais pourquoi voulons-nous les atteindre? Parce que nous croyons — à tort ou à raison — qu'elles peuvent nous aider à atteindre le bonheur. Le bonheur est le Bien suprême. Il est la fin inconditionnée de l'existence humaine. Telle est du moins la thèse d'Aristote et, plus généralement, de ce que l'on appelle l'eudémonisme antique. (Eudémonisme = morale du bonheur)

L'eudémonisme objectif d'Aristote

Chaque activité tend vers un bien qui est sa fin: la médecine vise la santé; l'art de la navigation vise la destination. Aristote appelle "vertu" l'excellence dans l'accomplissement de sa fonction. De même que la vertu de l'oeil, sa fonction propre, est de voir, la vertu de l'homme, sa fonction propre, est de vivre selon la raison. C'est par la vertu que l'on atteint le bonheur qui est cet état de pleine satisfaction du sage à qui il ne manque rien parce que sa vie est conforme à sa nature raisonnable et en harmonie avec l'ordre raisonnable du monde dans lequel il s'intègre. De là découlent des préceptes moraux qui règle la volonté dans ses choix, en particulier le précepte du "juste milieu". La vertu, en tant que disposition du sujet à bien accomplir sa fonction, est toujours pour Aristote le milieu entre un excès et un défaut. Le courage, par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité.

C'est une conception rationnaliste de la morale: pas de morale hors de la raison; et une conception objective du bonheur: le bonheur se définit comme la possession de certains biens définis non pas en fonction des inclinations subjectives, mais en fonction d'une certaine conception de la nature humaine et du monde.

Or, l'homme est un animal politique. Le bonheur humain n'est donc pas seulement une question de vertu individuelle, elle est aussi une question de vertu politique. Et la vertu politique par excellence, c'est la justice. Mais attention, justice pour Aristote ne veut pas dire nécessairement égalité. La justice distributive qui concerne la répartition des biens et des honneurs dans la cité repose sur les mérites de chacun. L'inégalité naturelle des individus à pour conséquence que la vertu des uns n'est pas la vertu des autres et donc le bonheur des uns n'est pas le bonheur des autres : la vertu de l'esclave est d'obéir; la vertu du maître est de commander; le premier torouvera le bonheur dans l'obéissance; le second dans l'autorité.

La quête du bonheur se fonde rationnellement pour Aristote sur une conception de l'homme et de sa vertu propre (modulable selon les différences individuelles). Mais que vaut rationnellement cette conception de l'homme?

Epicurisme et stoïcisme

L'épicurisme et le stoïcisme développent des formes plus subjectives de l'eudémonisme. Le bonheur n'étant possible que dans la mesure où il est possible d'atteindre la satisfaction de tous ses désirs, il ne convient pas de désirer des biens objectifs qu'il n'est pas en notre pouvoir d'obtenir. C'est donc par le biais de la maîtrise des désirs que le bonheur sera atteint:



Maryvonne Longeart
LOG | Accueil | Programmes | Banque de textes


Cours du LOG