Ai-je besoin d’autrui pour être objectif ?
Analyse des termes du sujet
Quand Robinson, seul sur son île déserte, construit l'Evasion, le bateau sur lequel il espère s' échapper, il se concentre sur la construction et néglige le problème de la mise à flot. Absorbé par sa tâche, Robinson est incapable de s' extraire de son point de vue singulier pour voir l'ensemble de la situation; personne n'est là pour l'arracher à sa subjectivité et lui fournir sur le bateau une autre perspective que la sienne. Une fois achevée, la barque est trop lourde pour être tirée jusqu'à l'eau.
C'est à cela que sert autrui, en conclut Robinson: fournir sur le monde un autre point de vue que le sien, rendre possible l'objectivité nécessaire à la connaissance et à la maîtrise du monde.
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Autrui, c'est
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Être objectif, c'est
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Si j'ai besoin d'autrui (sous toutes ses formes) pour être objectif (à tous les sens du terme), c'est qu'autrui est une condition nécessaire (mais peut-être pas suffisante) de l'objectivité. |
Problématique
Le « bon sens », cette faculté de discerner le vrai du faux, le bien du mal, et dont, à en croire Descartes, nous serions tous également doué, peut-il se développer sans le commerce avec nos semblables? L’autocritique, la vigilance, la discipline personnelle, l’exercice de nos facultés naturelles : est-ce tout ce dont nous avons besoin pour dépasser notre point de vue strictement singulier et atteindre l’universalité, tant du point de vue éthique (jugement moral) que du point de vue épistémique (jugement de connaissance)?
L'intersubjectivité, condition de la subjectivité ?
L’être humain est un être social. Nous avons besoin du contact d’autrui pour survivre et nous développer comme subjectivité. La subjectivité est d'emblée intersubjectivité (Mounier, Sartre).
Or la subjectivité n'est-elle pas la première condition de l’objectivité? La distinction sujet/objet, en effet, n’a de sens que pour des sujets.
L'intersubjectivité, condition de l'objectivité?
Mais l’objectivité, suppose le dépassement de ma subjectivité, de mes préjugés personnels et culturels, de mon point de vue singulier; c’est aussi la reconnaissance des autres cultures: c’est la création d’une communauté éthique de reconnaissance mutuelle. Seule la confrontation des points de vue permet de créer une perspective commune, une véritable communauté. L’intersubjectivité permet de créer un terrain commun, un même monde. (Merleau-Ponty)
De même, l’objectivité épistémique est atteinte quand le sujet construit un objet qui correspond à la réalité conformément aux principes méthodologiques d’une discipline scientifique. Or, le savant n’est jamais isolé. Seule la communauté scientifique permet le développement de procédures d’observation, d’expérimentation et de raisonnement nécessaires à la construction d'une vérité l’objective.
Enfin, autrui, ce "médiateur entre moi et moi-même" (Sartre), n'est-il pas nécessaire à la connaissance de soi? Puis-je me connaître moi-même sans l'aide d'autrui?
Cependant, Autrui comme pouvoir, ne peut-il pas aussi être un obstacle au développement et à l’évolution des idées?
Il faut parfois se battre contre les idées reçues, le conformisme, pour faire avancer l’objectivité tant éthique qu’épistémologique.
L’unanimité n'est pas un critère d'objectivité et l’argument d’autorité est parfois un obstacle à l’objectivité.
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Maryvonne Longeart
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