Le langage réalise en brisant le silence ce que le silence voulait et n'obtenait pas.  Merleau-Ponty
 
 
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Heureuse polysémie


Ce qui est fascinant avec le langage humain et qui ne cesse de nous étonner, c'est que grâce à sa double articulation (le niveau des monèmes ou morphèmes et celui des phonèmes), il permet de réaliser une importante économie de moyens dans les différentes formes d'expression qu'il met en oeuvre. Comme le signale André Martinet, « Quelques milliers d'unités, comme "tête", "mal", "ai", "la", largement combinables, nous permettent de communiquer plus de choses que ne pourraient le faire des millions de cris inarticulés.» Mais plus remarquables encore sont les phonèmes qui, en nombre très réduit (quelques dizaines), permettent de produire une infinité de sens par un jeu subtil de combinaisons. Phonèmes et monèmes sont donc à l'origine de l'inépuisable réservoir de sens que constitue une langue.

Mais, comme si cela ne suffisait pas, une autre particularité du langage vient encore enrichir la palette d'expressions possibles: il s'agit de la polysémie. A première vue, il s'agirait là d'un défaut, qui semble obscurcir la signification des mots que nous utilisons. Le fait qu'une même suite de sons puisse avoir plusieurs sens constitue un piège qui peut être un obstacle réel à la communication en engendrant des quiproquos multiples. C'est sans doute une des raisons qui a poussé les logiciens du cercle de Vienne à rêver d'une langue débarrassée de toutes les ambiguïtés liées à la polysémie, dont les métaphysiciens ont largement joué.

Toutefois, on peut récuser une telle position. En effet, si on éliminait la polysémie, il s'en suivrait un appauvrissement considérable du langage, qui se verrait aussitôt dépossédé des finesses rendues possibles par la différentiation contextuelle. Et puis, il faudrait faire le deuil des jeux de mot et des mots d'esprit. Qui serait prêt à payer un tel prix pour gagner une bien illusoire clarté?


Pierre Hidalgo

Date de création : 02/04/2006 @ 10:44
Catégorie : - Anciens éditoriaux
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