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merleau_ponty.jpgExplications de texte - Merleau-Ponty - Le naturel et le culturel en l'homme

Expliquer le texte suivant :

Il n’est pas plus naturel ou pas moins conventionnel de crier dans la colère ou d’embrasser dans l’amour que d’appeler “table” une table. Les sentiments et les conduites passionnelles sont inventés comme les mots. Même ceux qui, comme la paternité, paraissent inscrits dans le corps humain, sont en réalité des institutions.
Il est impossible de superposer chez l’homme une première couche de comportements que l’on appellerait “naturels” et un monde culturel ou spirituel fabriqué. Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme, comme on voudra dire, en ce sens qu’il n’est pas un mot, pas une conduite qui ne doive quelque chose à l’être simplement biologique, et qui en même temps ne se dérobe à la simplicité de la vie animale, ne détourne de leur sens les conduites vitales, par une sorte d’échappement et par un génie de l’équivoque qui pourraient servir à définir l’homme.

Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

 

Quelques pistes de réflexion

  • Identifiez les principaux concepts clés du texte. Quelle est la question implicite à laquelle le texte répond?
  • Quelle est la thèse de l'auteur? (C'est-à-dire la réponse qu'il donne à la question implicite)
  • Merleau-Ponty prend des exemples précis. Analysez-les.
  • En quoi l'être humain échappe-t-il à son animalité?
  • Comment comprenez-vous cette expression "génie de l'équivoque"?

1. Les concepts clés

Lire attentivement le texte en repérant les concepts clés
 

Concept clé

Définition


Naturel

Associé dans le texte à

  • inscrit dans le corps humain
  • l’être biologique
  • vie animale
  • conduites vitale

On s’appuie d’abord directement sur le texte :

Est naturel pour Merleau-Ponty tout ce qui en nous, relève de l’être biologique, ce qui s’inscrit dans notre corps et détermine les conduites vitales qui caractérisent notre vie animale.

Pour formuler une définition :

Le naturel en nous serait donc l’ensemble des caractéristiques innées et des comportements instinctifs que nous devons à notre appartenance à une espèce animale particulière, l’Homo sapiens sapiens. Caractéristiques qui nous sont transmises par l’hérédité biologique.

Conventionnel
Culturel

Associé dans le texte à

  • inventé
  • institutions
  • culturel
  • spirituel
On s’appuie d’abord directement sur le texte :

Est conventionnel pour Merleau-Ponty tout ce qui, en nous, est inventé, relève d’une institution et détermine les conduites culturelles qui caractérisent notre vie spirituelle.

Pour formuler une définition :

Il faut d’abord définir le terme d’institution : Les institutions sont l’ensemble des manières de penser, de sentir et de se comporter (coutumes) qui émanent de la société et s’imposent plus ou moins aux individus. Une chose d’institution  est “l’ouvrage des hommes pour la distinguer de celles que la nature a établies.” (Condillac)

Puis celui de culture :

La culture est l’ensemble des traditions, des valeurs, des techniques et des institutions qui caractérisent un groupe humain et sont transmises par éducation.

Enfin celui de convention :

Le conventionnel en nous serait donc l’ensemble des caractéristiques culturelles, institutionnelles, que nous devons à notre appartenance à une société particulière. Caractéristiques qui nous sont transmises par l’héritage social.

 

Ce repérage aide à dégager les éléments de l'introduction.

2. Introduction 


  • Quel est le thème du texte ? Quelles sont les notions du programmes concernées par le texte et quel est le questionnement explicitement ou implicitement auquel le texte invite?
  • Quelle est la thèse de l’auteur ? Quelle est la position de l'auteur face à ce questionnement?
  • Quel est l’enjeu du texte ? En quoi une telle prise de position nous engage-t-elle? Qu'est-ce que cela change pour nous ? Que risquons-nous dans cette discussion?
  • Quelle est la structure du texte ? Comment s'organise la démarche de l'auteur? (Progression, articulations logiques...)

Thème

Nature/Culture
 

Thèse

Il est impossible de dissocier, dans l'être humain, le naturel du culturel : "Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme."
Remarquons que l’auteur présente sa thèse sans vraiment la défendre. Ce texte est plus une invitation à réfléchir qu’une argumentation.
 

Enjeu

Peut-on parler de "nature humaine" sans faire référence à la dimension culturelle de l'être humain ?
 

Structure
du texte

  1. Énoncé de la thèse dans des cas particuliers (émotions, langage, paternité).
  2. Explication et généralisation,
  3. Conclusion : une définition de l’homme

 

3. Eléments pour une explication détaillée

Il serait assez maladroit de procéder à une étude linéaire du texte dans la mesure où la même thèse est présentée deux fois, une fois au travers de cas particuliers (première partie) et une fois dans sa généralité (deuxième partie).Il vaut mieux dégager les éléments de la thèse de l’auteur et les expliquer en s’appuyant en même temps sur les exemples appropriés qui les illustrent.

3.1 Première partie : Dans l’homme, tout est fabriqué

Thèse : Ce qui semble naturel est en réalité conventionnel.

Analyse des exemples : l’expression des sentiments, la paternité

Dire que l’expression des sentiments ou la paternité sont culturels est paradoxal au sens propre du terme: contraire à l’opinion commune (para = contre; doxa = opinion)

A-  Rappeler la thèse classique :

a) Le rire, les pleurs, les cris sont des comportements instinctifs, innés

 Argument :

  • Ces expressions sont comprises de tous, quel que soit le contexte culturel. Elles semblent être un invariant de l’espèce. Ex. la photo de la jeune femme éplorée après un attentat en Algérie, photo qui a été reprise par tous les médias et que l’on a appelée “La Madone”.
    Ces attitudes n’ont pas besoin d’être apprises : l’enfant crie, pleure et rit spontanément.

Référence : Konrad Lorenz. Il y a des attitudes élémentaires instinctives. Ex. le “réflexe du mignon”, ou l’interprétation spontanée de certaines expressions  (le chameau “dédaigneux”, l’aigle “cruel”)

b) La paternité est une relation biologique

Arguments :

  • L’espèce humaine se reproduit sexuellement. La procréation comme comportement est une manifestation de l’instinct sexuel. (C’est “inscrit dans le corps” dirait Merleau-Ponty)
  • La paternité est déterminée par le fait que l’enfant hérite des gènes de ses parents par hérédité biologique. (On fait des tests génétiques pour déterminer la paternité.)

Référence : Levi-Strauss: Le critère du naturel = l’universalité, c’est-à-dire le fait que le trait se retrouve invariablement chez tous les membres de l’espèce, dans tous les groupes. D’après ce critère, on aurait bien à faire dans chaque cas à des phénomènes naturels.

B- Examiner la thèse de Merleau-Ponty :

a) Le rire, les pleurs, les cris sont des comportements conventionnels.

Arguments :

  • Ces expressions sont influencées par des traditions ou des idéologies.
    Ex. le rôle des pleureuses dans certaines cérémonies traditionnelles. Les “youyous” des femmes pour exprimer la joie en Afrique du Nord. Le fait que ”un garçon ne doit pas pleurer” dans notre culture. Les gestes conventionnels qui accompagnent l’expression de la colère, de la douleur ou du mépris (montrer le poing, lever les bras au ciel, cracher à la figure, siffler...) 
  • Ces attitudes sont apprises par mimétisme.
    Ex. L’enfant apprend le vrai sourire (par opposition au sourire réflexe dont il dispose dès la naissance) par imitation de l’adulte.

b) La paternité est une institution.

Arguments :

  • Être père est indépendant de la paternité biologique. Le père n’est pas toujours le père biologique (le géniteur) : on peut adopter un enfant.
  • La paternité est un rôle social auquel sont associés des droits et des devoirs. Dans les sociétés matrilinéaires dans lesquelles l’identité de l’enfant est transmise exclusivement par la mère car le rôle biologique du père dans la procréation est ignoré, le rôle social du père est joué par l’oncle maternel.
  • Le rôle du père varie d’une société à une autre selon que cette société est patriarcale ou matriarcale (selon que l’autorité revient à la mère ou au père). Ce rôle est appris par éducation.

Références :

Elena Belotti Du côté des petites filles. L'éducation nous apprend à jouer "correctement" nos rôles respectifs de futurs pères ou mères.

Levi-Strauss : Le critère du culturel = la relativité, c’est-à-dire le fait que le trait varie d’une société à une autre. D’après ce critère, on aurait bien à faire dans chaque cas à des phénomènes culturels.

3.2  Deuxième partie : Dans l’homme, tout est naturel

Thèse : Ce qui semble conventionnel est en réalité naturel.

Analyse de l’exemple : Le langage

Dire que le langage est naturel est paradoxal au sens propre du terme : contraire à l’opinion commune (para = contre; doxa = opinion)

A-  Rappeler la thèse classique : Le langage est conventionnel.

Arguments :

  • La pluralité des langues
  • Le caractère arbitraire du choix des mots et des règles de grammaire.

Références : Ferdinand de Saussure : “le signe linguistique est l’union indissociable et arbitraire d’un signifiant et d’un signifié.” Peirce : Les signes du langage sont des symboles, c’est à dire qu’ils renvoient à leur objet par pure convention.

B- Examiner la thèse de Merleau-Ponty : Le langage comme tout phénomène humain est naturel.

  • La capacité linguistique est innée. Ex. : La différence entre l’utilisation du langage des sourds-muets par un singe (Koko) et par un être humain. L’être humain utilise spontanément la communication linguistique. Koko ne l’utilise jamais spontanément et jamais pour communiquer avec ses congénères, même s’ils ont aussi appris ce langage.
  • La parole, l’énonciation (utilisation singulière de la langue par un locuteur) s’accompagne toujours d’une expression corporelle, d’un ton qui ne sont pas de pures conventions.

3.3  Troisième partie : Dans l’homme, tout est à la fois naturel et culturel

Merleau-Ponty ne dit pas simplement qu’il y a deux ingrédients : la nature et la culture; il dit qu’ils ne sont  pas superposés à la manière de deux étages d'un bâtiment.

A- Examen de la thèse de la superposition

  • Le naturel et le culturel seraient deux éléments séparables qui s’ajouteraient l’un à l’autre.
  • Le naturel, donné à la naissance, viendrait en premier et formerait le premier étage de la structure.
  • Le culturel, fourni par l’éducation, viendrait après coup et formerait l'étage supérieur.

Schéma :

Culture

Nature

Analogie avec des couches de peintures : deux couches superposées de couleurs différentes. Si on gratte la couche superficielle (= culture) on trouve la couleur originale (= nature).

B- Examen de la thèse de Merleau-Ponty

  • Le naturel et le culturel sont deux éléments inséparables qui se mélangent.
  •   Le naturel et le culturel sont toujours donnés ensembles.

Schéma :

Nature + Culture

Analogie avec la peinture : deux couleurs différentes mélangées donnent une troisième couleur.

=> Notre nature est culturelle, notre culture est naturelle

Conséquences sur la définition de la condition humaine :

Terme à expliquer

Définition

échappement

On s’appuie d’abord directement sur le texte :

La condition humaine est échappement en ce sens que l’homme se dérobe à la simplicité de la vie animale et détourne de leur sens les conduite vitales.

Pour formuler une définition :

L’échappement caractéristique de la nature humaine correspond à une complexification des relations de l’être humain à son milieu et un changement de finalité de ses conduites : l’homme donne un sens, c’est-à-dire une finalité à sa vie, et ce faisant, il échappe au déterminisme naturel.

génie de l’équivoque

On s’appuie d’abord directement sur le texte :

L’homme a un génie de l’équivoque dans la mesure où il détourne de leur sens ses conduites vitales.

Pour formuler une définition :

l’homme se définirait par son génie (particularité essentielle donc naturelle mais aussi don lié à un art, une forme de créativité) de l'équivoque (est équivoque, ce qui a plusieurs significations imbriquées) qui consiste dans sa capacité à conférer un sens à sa propre existence. Toute conduite humaine aurait donc un double sens : une cause naturelle et une finalité culturelle.

Exemple : la dualité  sexualité / amour.

Cette imbrication du naturel et du culturel fait de nous des “animaux dénaturés” (titre d’un roman de Vercors qui porte sur la recherche d’une définition de l’humanité, suite à la découverte imaginaire d’une nouvelle peuplade qui aurait été le maillon manquant entre nous et les primates supérieurs.)

 

 

 


Date de création : 13/10/2012 @ 16:45
Dernière modification : 13/10/2012 @ 16:45
Catégorie : Explications de texte
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